La hausse exagérée du prix des graines de pin d’Alep a suscité cette année une vague de colère sans précédent chez la plupart des consommateurs qui ont décidé de les boycotter. Le fait que les quantités de zgougou mises sur le marché proviennent des stocks de l’année écoulée et non de cette année a suscité, par ailleurs, le désappointement de ces derniers qui s’inquiètent des risques que cela pourrait présenter pour leur santé. Le président de l’ODC a bien voulu éclairer notre lanterne à ce sujet…


Le prix à la vente du kilo de graines de pin d’Alep n’a cessé d’augmenter d’une année à l’autre, finissant par entraîner une levée de boucliers chez les consommateurs. Qu’en pensez-vous ?
Le prix augmente d’une année à l’autre parce que ce sont les intermédiaires qui monopolisent la commercialisation des graines de pin d’Alep. Juste après la collecte, qui a eu lieu du mois de décembre jusqu’à février, ils achètent toutes les quantités collectées auprès des petits exploitants à un prix dérisoire, à huit dinars le kilo, les stockent et les revendent trois fois plus cher aux commerçants. Les efforts du ministère du Commerce destinés à réguler le prix à la vente du kilo des graines de pin d’Alep afin de freiner la hausse continue du prix de cette denrée ont du mal à contrecarrer le monopole et le contrôle des intermédiaires sur les circuits de commercialisation et de distribution. Finalement, s’il y a eu une légère baisse du prix du kilo des graines de pin d’Alep c’est grâce au boycott de cette denrée par les consommateurs. J’encourage la culture du boycott qui est un fait nouveau dans le comportement du consommateur tunisien et qui a commencé depuis 2013. C’est sa manière à lui de manifester son mécontentement contre la cherté de certains produits et denrées alimentaires. D’ailleurs, cela a eu un impact, dans la mesure où le prix du kilo a observé une baisse suite à la campagne de boycott organisée sur les réseaux sociaux.

Comment peut-on écarter les intrus et les intermédiaires du circuit de commercialisation et de distribution des graines de pin d’Alep ?
Je pense que le ministère de l’Agriculture devrait renforcer le contrôle de la vente des graines de pin d’Alep sur le marché en formant des producteurs et en mettant à leur disposition des espaces de vente contrôlés afin qu’ils puissent écouler et commercialiser leurs productions. C’est un moyen qui permettrait de barrer la route aux spéculateurs et aux intermédiaires.

La prise de conscience chez les consommateurs s’est traduite par une réticence vis-à-vis des quantités de graine d’Alep commercialisées en vrac ou dans des pots sous forme de pâte. En effet, le fait de savoir que cette production est celle de l’année écoulée et non de cette année a refroidi la frénésie d’achat chez nombre d’entre eux qui s’inquiètent des risques pour leur santé. Ont-ils raison de s’inquiéter ?
Qu’elle soit de l’année dernière ou de cette année, ce n’est pas le problème. Le problème se pose au niveau des conditions de stockage et de conservation. En effet, le stockage de graines de pin d’Alep dans une zone humide augmente le risque de moisissure et entraîne la prolifération de champignons qui peuvent présenter un risque cancérigène pour la santé humaine. C’est pour cette raison que les consommateurs doivent acheter les graines d’Alep chez des enseignes connues et homologuées, car elles font l’objet d’un contrôle régulier. Un mois avant la célébration du Mouled, les ministères du Commerce et de la Santé procèdent, en effet, à des opérations de contrôle dans ces espaces en prélevant des échantillons de pots de graines d’Alep moulues. Donc, les risques que présente la consommation de graines d’Alep moulues et mises en pot pour la santé sont minimes, car ces pots sont contrôlés. Pour les consommateurs qui ont des doutes, il leur suffit de contrôler la date de mise en pot et la date de péremption qui figurent sur ce dernier.

Comment expliquez-vous que le prix des fruits secs soit monté en flèche ces dernières années?
Il faut savoir que si 30% des fruits secs écoulés sur le marché proviennent de la production locale, 70% sont importés, ce qui représente une grande part du marché des fruits secs en Tunisie. La dévaluation du dinar explique en grande partie le fait que les prix de ces denrées ne cessent d’afficher une hausse continue d’une année à l’autre.

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