La Mouldia se célèbre aujourd’hui dans la ville, sur un circuit allant de Sidi Mahrez à Sidi Ben Arous.


Joueur de guembri à Tunis vers 1900
Joueur de guembri à Tunis vers 1900

Le gombri battra longtemps cette semaine. Les chkacheks l’accompagneront de leur rythme lancinant. Les étendards des différentes confréries défileront à leur cadence, éclaboussant de couleurs les rues de la cité ancienne.
De Sidi Mahrez à Sidi Ben Arous, ce samedi, 370 officiants viendront nous rappeler un temps notre africanité oubliée.

Ils viennent des confins du pays, de toutes ces villes dont la mémoire n’a pas occulté les terres profondes. De Nefta, de Tozeur, de Gabès, de Douz, de Tataouine, de Kébili, de Métlaoui, de Kairouan, de Sousse, de Sfax, toutes les confréries stambeli ont répondu à l’appel de Sidi Ali Lasmar, et de son servant, Ryadh Zawech. Toutes ont voulu participer à la grande célébration annuelle de la Mouldia, et de la procession qui sillonnera la ville samedi matin.

Car, curieusement, alors que longtemps négligé, le stambeli étant considéré comme un art mineur, ne voilà-t-il pas qu’il renaît, se développe, fait des adeptes, recommence à attirer les jeunes, les enfants de ces maalems, chkachkias, et aarifas dont on craignait qu’ils ne soient les derniers.

Voilà que les confréries se reconstituent, alors que, pendant longtemps, seules demeuraient celles de Sidi Saad, Sidi Frej et Sidi Ali Lasmar. Voilà qu’un intérêt certain se décèle dans le public, et qu’un début d’attention se fait jour chez les institutions officielles. Voilà que les festivals osent les inviter alors que le stambeli était longtemps considéré comme sulfureux.

Mais tout cela ne s’est pas fait, bien sûr, par le fait du hasard. Il y a eu, au tout début, le film de Nawfel Saheb Ettabaa qui a attiré l’attention sur la zaouia de Sidi Ali Lasmar qui, dernière des 14 confréries de Tunis, maintenait vaille que vaille la tradition, les célébrations, les rituels, les transmissions. Il y a eu l’action tenace, continue, obstinée de Ryadh Zawech, qui a su rendre ses lettres de noblesse à cette forme de musique traditionnelle souvent mal connue, riche d’une histoire séculaire, de mythes et de légendes. Il y a eu des expériences de métissage musical, qui, si elles n’appartenaient pas à la tradition et aux codes du stambeli, ont eu l’avantage de focaliser l’attention et de susciter l’intérêt.

Il y a eu, encore, Ryadh Zawech, qui a créé une association culturelle de la musique stambéli, ce qui lui permettait de préserver la zaouia, lui donnait une existence réelle, et lui offrait de nombreuses possibilités pour drainer aides et soutiens pour ses manifestations.

Il y a eu le regard de certains photographes talentueux, comme Augustin Le Gall, qui s’est pris de passion pour les couleurs, les mouvements, les ambiances de ce cérémonial envoûtant, et qui a su si bien les transcrire dans des expositions et des publications. Il y a eu une mode, qui a servi le développement du stambeli, et lui a offert un public qui n’était plus confidentiel.

Il y a eu enfin l’inscription dans un calendrier de célébrations et de festivités désormais bien structuré, fait de rendez- vous périodiques, fidélisant un public.

La Mouldia est l’un des principaux d’entre eux. Elle se célèbrera ce samedi 9 novembre dans la ville, sur un circuit allant de Sidi Mahrez à Sidi Ben Arous. Puis, le samedi suivant, de façon plus intimiste, dans la zaouia de Sid Ali Lasmar elle-même, à Bab Jedid.

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