A l’heure où le taux de chômage national dépasse les 15%, plus de 47.000 postes d’emploi sont à pourvoir et certaines entreprises ont du mal à recruter.


La problématique de l’emploi en Tunisie n’est pas uniquement liée à la création de postes. Selon le quatrième rapport national sur l’emploi, publié en septembre dernier par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (Iace), l’analyse du marché actuel de l’emploi fait ressortir l’existence d’un dysfonctionnement entre les besoins des entreprises et l’accès au marché de l’emploi pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Si les chefs d’entreprise se plaignent du manque de profils adéquats, les demandeurs d’emploi se plaignent du chômage et de l’inexistence de postes vacants. Autre constat : pour l’évolution du nombre des diplômés, on note une baisse très importante. En 2017, une baisse de 1.644 a été enregistrée par rapport à 2016. Cette tendance baissière s’explique principalement par l’accroissement du nombre de bacheliers qui choisissent de poursuivre leurs études dans les universités privées.

Des entreprises à la recherche de compétences
L’étude fait apparaître qu’au niveau de tous les secteurs étudiés, les compétences techniques et numériques sont les plus demandées par les chefs d’entreprise (77,5% contre 4,6% pour la qualité de la formation universitaire et 3% seulement pour la qualité de la formation professionnelle). La plupart des employeurs sont intéressés par les compétences (46,8%) et l’expérience (44%) des candidats plutôt que le diplôme universitaire (5,7%), l’âge (1%) ou le genre (2,6%).
En ce qui concerne l’adéquation entre les besoins et l’offre du marché de l’emploi, le rapport indique que la moyenne nationale de ce score s’élève à 0,43 et montre que la plupart des gouvernorats ont eu la moyenne pour le score de l’adéquation offre-demande, mais ceci n’empêche que 10 gouvernorats n’atteignent pas la moyenne nationale, à savoir Gabès, Kairouan, Siliana, Nabeul, Tozeur, Kébili, Tataouine, Gafsa et Bizerte. Le Kef arrive en bas du tableau avec un score égal à 0.
Pour ce qui est des postes occupés, les entreprises interrogées du secteur privé emploient 763.120 postes sur huit secteurs différents, à savoir : l’industrie, les services, le commerce, la construction, l’hébergement et la restauration, le transport et l’entreposage, l’agriculture et la pêche, les informations et les communications.
Presque 80% des employés travaillent dans les secteurs de l’industrie et des services qui sont en tête de liste en matière de postes occupés en 2018 avec respectivement 481.405 et 115.505 postes. Idem en matière de recrutement dans ces deux secteurs : 16.936 recrues dans le secteur industriel contre 5.602 dans les services en 2018.
Une analyse régionale des postes occupés nous permettra de relever les disparités au niveau des gouvernorats. La plupart des postes occupés sont concentrés dans le Grand-Tunis 43,5% suivi du Nord-est (18%), le Nord-ouest (6%), le centre-est (28%). Les pourcentages les plus faibles sont occupés par le Centre-ouest (1,3%), le Sud-ouest (1%) et le Sud-Est (2,2%).

Vers la stagnation des recrutements
En ce qui concerne les perspectives de l’emploi dans les douze prochains mois, 4% des chefs d’entreprise interrogés pensent que l’emploi va baisser, 24,3% que l’emploi s’améliorera alors que 71,7% prévoient la stagnation de l’emploi et indiquent qu’ils ne comptent pas recruter durant les 12 prochains mois.
Interrogés sur les difficultés de recrutement, les chefs d’entreprise estiment que les postes les plus difficiles à pourvoir sont les professions intellectuelles et scientifiques ainsi que les directeurs, cadres de direction et gérants.

Près de 8.000 emplois risquent de disparaître
Toujours selon les résultats présentés, le nombre de postes vacants s’élève à 47.026 concentrés dans les deux secteurs industrie (31.885) et services (5.860). Les deux régions qui dégagent le plus de nombre de postes vacants sont le Grand-Tunis (32,5%) et le Centre-Est (31,8%). La région du Centre-Ouest ne dégage que 0,2% du nombre total de postes vacants, soit seulement 100 postes vacants dans trois gouvernorats : Sidi Bouzid, Kairouan, et Kasserine. Les professions élémentaires sont les professions les plus recherchées dans les entreprises : manœuvres des mines, manœuvres du BTP et de l’industrie manufacturière, manœuvres du transport et vendeurs. Concernant les postes susceptibles de disparaître, le rapport a révélé que le nombre total de ces postes s’élève à 7.819 répartis comme suit : l’industrie (6.630), les services (583) le commerce (247), l’agriculture, la sylviculture et la pêche (86), l’information et la communication (75), l’hébergement et la restauration (98), la construction (86) et les transports et l’entreposage (14). Bien que le nombre le plus élevé des postes susceptibles de disparaître soit réservé au secteur de l’industrie, ce secteur a aussi le nombre le plus élevé en termes de postes vacants. Ce qui peut être un peu rassurant par rapport à la situation actuelle de l’emploi dans ce secteur.
Interrogés sur la manière leur permettant de décrocher leur premier poste d’emploi, plus d’un tiers des sondés ont confié qu’ils doivent leurs premiers postes aux parents et amis (36,40%). Le reste évoque des candidatures spontanées (28,10%), les bureaux d’emploi (20,20%), les cabinets de recrutement (11,20%) et les institutions de formation (4%). Notons que selon cette étude, plus de 80% des diplômés interrogés confirment que la saturation du marché dans leurs domaines de compétences est la raison principale du chômage.
Par ailleurs, plus de 65% des diplômés interrogés confirment que les conditions de travail et la qualité de l’emploi offerte par les entreprises sont les critères les plus importants lors du choix du travail. Plusieurs postulants déclarent avoir refusé une ou plusieurs offre(s) d’emploi, représentant ainsi 40,64%. Ce refus peut être expliqué par plusieurs raisons. Mais la rémunération reste toujours la raison principale (44,7%).

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