Habib Jemli, chef du gouvernement désigné, poursuit ses consultations avec le maximum de représentants du paysage politique, de la société civile et du monde des affaires. Ses interlocuteurs lui exposent leurs doléances en faisant valoir les intérêts de leurs corporations. Rares sont ceux qui lui tiennent un discours courageux, rationnel et réaliste.


Quelle qualification pourrait-on appliquer au prochain gouvernement : un gouvernement d’union nationale, un gouvernement de compétences indépendantes ou de compétences partisanes, etc.?
Chaque jour, les Tunisiens se réveillent, à la faveur du marathon des consultations menées près de dix jours maintenant par Habib Jemli, chef du gouvernement désigné, en vue de former la future équipe ministérielle, en découvrant une déclaration par-ici, une indiscrétion par-là et une révélation qui cherche confirmation montrant que rien n’est encore fait et donnant l’impression que les négociations traîneront encore dans la mesure où il n’y a aucun un début de consensus ou d’accord sur l’essentiel, à savoir les grandes lignes sur lesquelles sera fondé le programme commun dont l’élaboration a été confiée à une commission technique composée des membres représentant «les partis ayant du poids au Parlement», comme le précise le communiqué annonçant sa création, sans fournir aux médias les noms de ces membres, laissant aux journalistes la tâche d’imaginer et d’extrapoler sur leurs identités.

«Les mêmes causes produisent les mêmes effets»
Et en attendant que les contours du prochain gouvernement se précisent davantage et que les Tunisiens sachent si Qalb Tounès fera finalement partie du gouvernement, si Ettayar acceptera lui aussi les deux ministères qu’on lui propose (la Justice et la Réforme administrative comme le révèlent certains médias) et si Ennahdha finira, comme il l’a fait lors de l’installation du nouveau Parlement, par accepter la présence des lieutenants de Nabil Karoui au sein de la future équipe ministérielle, d’autres interlocuteurs de Habib Jemli, à l’instar de Tarak Chérif, président de la Conect (la deuxième centrale patronale au pays) préfèrent tenir un autre discours fait de courage, de réalisme et de propositions concrètes.

Ainsi, le président de la Conect, reçu lui aussi par Habib Jemli, considère-t-il que «l’Etat ne peut continuer à fonctionner en consacrant près de la moitié du budget à la masse salariale et ce au détriment du développement et de l’investissement».
Au-delà des personnes qui seront choisies pour occuper tel ou tel ministère, de l’appellation qu’on collera au futur gouvernement et des partis qui y participeront, Tarak Chérif pense que «l’hémorragie de l’endettement outre la masse salariale réduit la marge de manœuvre du gouvernement en matière de promotion du développement et de création d’emplois».

Il propose la mise en place d’une stratégie sur 10 ans au moins «pour encourager les fonctionnaires à quitter volontairement l’administration publique tout en leur accordant leurs droits entiers et en leur octroyant d’importants avantages financiers et sociaux».
Tarak Chérif souligne : «Les mêmes causes produisent les mêmes effets, la loi de finances initiales (celle de 2020) va nécessiter une loi de finances complémentaire et ainsi de suite. Ce qui signifie davantage de crédits, d’endettement et la sortie sur le marché financier international».

Mais comment sortir de ce cercle vicieux ?
Le président de la Conect appelle à décompresser l’administration publique et suggère à l’Etat de réduire sa tutelle sur les entreprises et les secteurs dans la mesure où, précise-t-il, «la situation actuelle des finances publiques ne permet pas à l’Etat de supporter les pertes annuelles continues des entreprises publiques (102 entreprises)». Il ajoute : «La privatisation ne signifie pas la cession totale des actifs de l’Etat qui peut en conserver la propriété et confier aux privés la gouvernance et la gestion de ces actifs, ce qui profitera à toutes les parties».

Les conditions des uns, les sollicitations des autres
Et en suivant les déclarations couronnant généralement les rencontres que tient quotidiennement Habib Jemli au palais Dhiafa avec ses différents interlocuteurs, qu’ils représentent des partis politiques, des instances nationales ou des corporations, on découvre que les revendications sont les mêmes et que chacun de ces «partenaires supposés participer à l’élaboration des stratégies nationales d’avenir» se contente d’exiger la satisfaction des désirs de sa profession ou du parti où il s’active.
Ainsi, Haikel Mekki, dirigeant au sein du mouvement Echaâb, déclare-t-il que son parti ne participera pas à la commission technique chargée d’élaborer le plan d’action du gouvernement.

Il dénonce ce qu’il appelle «la volonté d’élaborer un programme à la hâte entre toutes les parties, toutes sensibilités confondues», démarche qui ressemble, considère-t-il, à celle empruntée par feu Béji Caïd Essebsi dans l’élaboration du Document de Carthage.
Quant à Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc), il a axé ses demandes sur la réactivation du Haut conseil de lutte contre la corruption et de récupération des fonds spoliés présidé par le chef du gouvernement et qui ne s’est réuni depuis 2012 qu’à deux reprises.

Le président de l’Inlucc insiste, comme à son habitude, «sur la nécessité de manifester une volonté politique ferme pour lutter contre la corruption».
De son côté, le président de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT), Oussama Kheriji a exprimé les dispositions des ingénieurs à offrir leur expertise au chef du gouvernement désigné pour occuper ou diriger «les ministères techniques étant donné qu’ils sont les mieux placés pour comprendre les spécificités et les problématiques y afférentes».

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