Les avis sont mitigés entre les partisans de cette mini-révolution dans le transport routier urbain et d’autres qui tirent à boulets rouges sur ce qu’ils appellent une «fausse bonne idée» dans cette nouvelle activité non réglementée et non responsable écologiquement. Explications.


Un transport alternatif sur deux-roues sous un habitacle anti-pluie pour un coût de trajet de l’ordre de 30% en moins que celui du compteur du taxi ordinaire, même si on ne connaît pas la tarification exacte, ça vous tente ? Eh bien cela va devenir possible grâce à une accréditation du ministère du Transport qui appuie le lancement de ce projet plutôt innovant et potentiellement pour voyeur d’emplois même si cela reste à vérifier concrètement puisqu’on parle d’un démarrage avec un premier parc de cinquante scooters uniquement.
Une start-up tunisienne dénommée «Intigo» a assuré, depuis jeudi, l’exploitation et la mise en circulation des taxis scooters dans le Grand-Tunis. Ce projet ingénieux va permettre toutefois de décongestionner certaines artères de la capitale. Quelques professionnels sérieux et en situation régulière voient d’un bon œil l’aboutissement de ce projet en faveur du transport individuel.

Ils estiment que cela leur permettra de se concentrer sur les longs trajets qui leur rapportent plus d’argent. Un chauffeur de taxi nous donne son avis : «Effectivement, la quête de bons revenus journaliers me pousse à opter pour les longs trajets qui me procurent des revenus situés entre cinq et huit dinars pour que je puisse rentrer dans mes frais. Les courses qui me rapportent deux, trois ou quatre dinars ne m’intéressent plus du tout. C’est tant mieux que des professionnels prennent le relais pour satisfaire les clients qui font de petits trajets».
Le rapport entre le taximan et son client n’est pas au beau fixe depuis quelque temps en Tunisie.

Le nombre d’accrochages, de gestes malvenus et de crimes ont émaillé leur activité si bien qu’ils sont nombreux à avoir renoncé à ce travail pour lui préférer une profession de chauffeur salarié. Alors que les revenus journaliers des chauffeurs de taxi se situent entre soixante-dix et cent dinars au bas mot, voilà qu’une vidéo postée sur les réseaux sociaux montre la grogne d’une frange de professionnels du transport individuel.

Ils pourfendent la mise en place de ce projet à caractère commercial au point que Khabouchi, président de l’Utti, syndicat tunisien des professionnels des taxis non reconnu par le gouvernement, en appelle à la désobéissance civile des chauffeurs de taxi avec des menaces sérieuses proférées contre le ministère du Transport si jamais il venait à valider et soutenir la concrétisation de ce projet. Selon une source radiophonique, Bouguerra, concepteur du projet des motos-taxis, estime que l’offre de ces taxis scooters est complémentaire à celle des taxis individuels contrairement à l’avis de M. Khabouchi qui les perçoit comme des intrus au secteur, ne répondant pas aux normes réglementaires et de sécurité.

Il faut dire que l’ère du numérique et du digital est en train de chambouler la donne dans de nombreux corps de métier. Les taxis scooters fonctionnent essentiellement au moyen d’une application numérique mobile et ne sont pas intégrés dans le secteur du transport à proprement dire. Une guéguerre psychologique entre les deux services de transport a commencé avant l’heure. Qu’importe, les taxis scooters ont connu un premier démarrage cette semaine au Lac et à l’Aouina avant de circuler dans d’autres quartiers du Grand Tunis dans une activité qui ne nécessiterait pas une autorisation préalable (sic !). Un vrai dialogue de sourds a émaillé l’échange Bouguerra et Khabouchi où chaque partie a donné sa version pour légitimer sa position et ses agissements. «Il n’y aura pas de place pour le taxi scooter en Tunisie», a conclu Faouzi Khabouchi dans une allocution radio. Ambiances.

Grogne populaire

Les citoyens tunisiens ont été très nombreux à donner leur avis sur les réseaux sociaux. Une hilarité générale s’est emparée d’eux car ils pensent pertinemment que la pagaille va faire son grand retour après la tentative, il y a quelques années, de mettre en place un projet qui a été avorté et qui concerne la mise en circulation de tuk-tuk, voiturettes à remorque légères comme on en voit en Inde.

Mis à part un groupe de chauffeurs de taxi qui ne décolèrent pas à l’endroit du ministère du Transport qui a approuvé ce projet, ce qui revient indirectement à réduire leur part de marché, leurs compères ne semblent, par contre, pas être dérangés outre mesure par ce transport alternatif.
M. Adel Arfa, vice-président de la Chambre syndicale des taxis individuels relevant de l’Utica, syndicat patronal, remarque qu’il n’y a pas de réglementation qui puisse permettre l’exercice de cette activité. Elle est catégorisée comme une activité de location alors qu’elle constitue une activité de transport qui nécessite un cahier des charges, à l’instar de ce qui a été prévu pour l’implantation des «tuk-tuk».

En outre, M. Arfa ne se réclame ni en faveur ni en défaveur de la concrétisation de ce projet tant qu’il n’est pas précédé d’un cahier des charges qui réglemente cette activité de transport à part entière. L’imbroglio persiste mais il faut savoir que, selon une récente étude menée par l’Agence française de développement, 90% des véhicules de transport des individus sont non réguliers en Tunisie. Ceci comprend les taxis individuels, collectifs et les autres moyens de transport connexes. Le flou artistique règne en maître de céans dans le secteur du transport en Tunisie qui mettra de longues années avant de connaître une embellie et une réglementation très élaborée et complète.

Surtout lorsqu’on connaît la grande lenteur d’avancement d’un projet grandiose comme celui du RFR ou train interurbain ultra-rapide qui devrait être en principe la pierre angulaire de tous les projets de transport sur le Grand-Tunis.

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