L’exposition «Kharmohra» (une pierre qui réaliserait les vœux les plus intimes) soulève des questions qui touchent particulièrement les pays méditerranéens fragilisés par des attentats ayant ciblé des lieux de culture et de patrimoine, et qui menacent en sourdine l’ensemble des pratiques culturelles.


Depuis 2001, une nouvelle génération d’artistes a vu le jour en Afghanistan, après vingt ans de guerre et un gouvernement taliban hostile aux formes artistiques et aux pratiques culturelles. Toutefois, le contexte de paix retrouvée a vite basculé dans celui d’une nouvelle guerre entre le gouvernement afghan, les forces de la coalition internationale et les talibans. Des attentats en série ont fragilisé le pays, ciblant les villes et imposant une sécurisation des lieux publics de plus en plus sévère, jusqu’à l’attaque suicide survenue le 11 décembre 2014 dans la salle de spectacle de l’Institut français d’Afghanistan à Kaboul. Fragilisée par ces enjeux sécuritaires, la scène culturelle et artistique locale n’a pas disparu pour autant. Les artistes ne se sont pas tus, inventant de puissantes réponses formelles.

Parmi les artistes, plusieurs femmes qui ont voulu dénoncer leurs conditions de vie dans leur pays d’origine. Comme Kubra Khadem, qui s’est promenée en pleine rue dans Kaboul avec une armure symbolisant les courbes d’une femme, pour dénoncer les viols. Elle a été contrainte à l’exil. Performance filmée par Mina Rezaie, montage Zoe Crook, 3’14 © Photo Naim Karimi
Photographie d’une boîte contenant des pierres de kharmohra et autres talismans, détail de l’installation d’Abdul Wahab Mohmand «Le siège de la mort », production 2019. Collection de l’artiste. Photo © David Giancatarina

L’exposition «Kharmohra» (une pierre qui réaliserait les vœux les plus intimes) vise à interroger les effets de cette problématique sur la création artistique, en Afghanistan comme ailleurs. Elle soulève ainsi des questions qui touchent particulièrement les pays méditerranéens fragilisés par des attentats ayant ciblé des lieux de culture et de patrimoine, et qui menacent en sourdine l’ensemble des pratiques culturelles.
L’originalité de cette exposition consiste à donner à voir cette création contemporaine, loin des idées reçues et des attentes romantiques souvent portées en Occident à l’encontre de l’Afghanistan. Elle se focalise sur l’étrange et complexe dialogue qui se noue entre onze artistes choisis et la situation d’insécurité dans laquelle ils évoluent.

L’exposition se poursuit jusqu’au 1er mars 2020, présente une soixantaine d’œuvres (photographies, peintures, vidéos, installations, calligraphies) parmi les plus originales et les plus représentatives de cette jeune génération d’artistes. Elle rend compte de la variété des supports et des formes qu’ils explorent pour exprimer l’horreur des attentats et d’une mort omniprésente dans un espace urbain devenu hostile à ses habitants. Non sans humour, ils se font l’écho des aspirations de tout un pays en quête d’une paix et d’une sécurité toujours promises mais jamais atteintes.

S.T.

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