Il semble qu’au sein de la nouvelle Assemblée des représentants du peuple (ARP) issue des législatives du 6 octobre dernier, les anciennes pratiques, les solutions de facilité et les instrumentalisations à caractère politicien et régionaliste dont les Tunisiens ont souffert durant les cinq dernières années vont revenir en force pour s’ériger en un style de gestion de l’action parlementaire.

Ainsi, les fameuses commissions d’enquête parlementaires qui n’ont abouti à aucun résultat concret, faute d’avoir mené leurs investigations, les commissions de suivi qui guetteront l’exécution par le gouvernement des mesures le plus souvent urgentes qu’il annonce au profit d’une région ayant subi un sinistre quelconque et les appels à auditionner le chef du gouvernement ou l’un de ses membres à propos d’un drame survenu quelque part à l’instar du tragique accident routier intervenu dans la région d’Amdoun (Béja) sans oublier les réunions spécifiques tenues avec les députés des régions sinistrées sont-elles de retour à l’hémicycle du Bardo.

Mardi, au Parlement, le président de l’ARP, Rached Ghannouchi, qui présidait sa première séance plénière consacrée à la discussion et à l’adoption de la loi de finances complémentaire pour l’exercice 2019, a reproduit consciemment ou inconsciemment l’image qu’on croyait révolue au sein de l’hémicycle, celle d’exploiter les événements dramatiques et de les instrumentaliser par les députés à des fins politiciennes et partisanes pour produire un discours populiste qui ne convainc plus personne et appeler à des solutions de replâtrage à l’instar des commissions d’enquête ou de suivi dont la composition elle-même ne fait que renforcer les divisions et les tensions dont les Tunisiens sont lassés.

Et au moment où les Tunisiens qui suivaient la séance plénière s’attendaient à une identification profonde et à une analyse objective des causes du drame d’Amdoun et espéraient trouver auprès de leurs représentants des solutions audacieuses rompant sérieusement et définitivement avec les anciennes jérémiades et accusations gratuites sur l’incompétence des uns et l’opportunisme ou la corruption des autres, on s’est retrouvé, à l’issue d’une séance plénière «particulière, voire très particulière», comme le soulignent plusieurs observateurs, face à des députés qui ont tourné le dos à l’essentiel de la mission qui leur est dévolue en optant pour les solutions faciles et en choisissant les polémiques improductives de l’avis même de leurs auteurs.

Faut-il rappeler à nos élus que les Tunisiens leur ont accordé leur confiance et espèrent d’eux un rendement, une contribution propre à participer à la transformation de leur vécu quotidien et à faire écouter leurs voix et à faire prévaloir leurs véritables ambitions à la liberté, à la dignité et à l’emploi.

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