Aux yeux de notre interlocuteur, la force de l’équipe de Tunisie réside dans un projet sportif qui a porté déjà ses fruits en atteignant la phase finale du Mondial de Russie. Reste maintenant à continuer le travail en remportant un deuxième sacre continental.


Vous êtes connu sur la scène régionale pour avoir entraîné en Arabie Saoudite et dirigé Al Hilal du Soudan, mais très peu connu en Tunisie. Si vous nous parliez un peu de votre parcours…
A la base, je suis enseignant d’éducation physique, spécialisé en football. Mais avant de faire des études, j’ai joué dans ma jeunesse au football dans des clubs évoluant en deuxième et troisième division du championnat tunisien. C’est qu’à cause de son travail, mon père se déplaçait d’une région à une autre et j’étais obligé à chaque fois de changer de club. Plus tard, j’avais fait le choix de faire des études universitaires au détriment d’une carrière professionnelle de footballeur. J’ai donc délaissé le football même si j’étais passionné de ce sport. Après le bac, j’ai fait l’Ineps, spécialité football. J’ai enseigné deux ans au lycée de Khaznadar. Puis, je suis parti en France où j’ai fait un Master sur le thème des représentations sociales chez les sportifs, le degré de sociabilité et la perception du football en tant que jeu chez les joueurs professionnels et amateurs, ainsi que les responsables du football. J’ai intégré par la suite le ministère de la Jeunesse et des sports. Après, j’ai reçu une offre émanant de la Fédération tunisienne de football. Sans hésitation, j’ai délaissé l’administration et l’enseignement pour retrouver le monde du football par le domaine de l’entraînement. C’était en 2010.

C’est à partir de là que vous vous êtes redirigé vers le métier d’entraîneur ?
Pas tout à fait puisqu’avant d’intégrer la FTF, j’ai entraîné dans les catégories jeunes à El Gawafel de Gafsa. Je l’ai fait bénévolement en parallèle avec mes études.

Revenons à votre parcours avec la FTF. Quelles étaient les principales étapes de votre première véritable expérience en tant qu’entraîneur professionnel ?
J’ai débuté en 2010 avec la FTF. Au départ, j’étais recruté en tant que formateur au Centre de Borj Cédria. Puis, le poste a été confié à quelqu’un d’autre. On m’a transféré dans l’encadrement technique des natifs de 1992-1993 qui comptaient entre autres Ferjani Sassi et Hamdi Nagguez. Après, j’ai travaillé aux côtés de Nizar Khanfir avec les natifs de 1994 qui étaient composés entre autre d’Adem Rejaïbi et Idriss Mhirsi.
En 2014, quand la FTF s’est séparée de Ruud Krol, j’ai accompagné Nizar Khanfir de la sélection olympique à l’équipe nationale première pour assurer l’intérim. Hatem Missaoui était également avec nous dans le staff.
Nous avons dirigé la sélection nationale A lors des matches disputés contre la Colombie, la Corée du Sud, le Japon et la Chine. A l’arrivée de Georges Leekens, il a décidé de nous garder dans son staff.

Quelle a été votre première expérience à l’étranger ?
Après la CAN 2015, j’ai reçu une offre du club saoudien El Fath. J’ai été recruté comme entraîneur adjoint. J’ai travaillé un an à El Fath avant de rejoindre un autre club saoudien, Al Raed.
Pour des raisons familiales, je suis retourné rejoindre ma famille, installée en Allemagne. J’ai été contacté par la suite par le club soudanais Al Hilal.

Votre véritable éclosion a eu lieu à Al Hilal du Soudan. Si vous nous racontiez cette expérience…
J’ai rejoint Al Hilal du Soudan en 2017. J’ai intégré le staff technique d’Al Hilal en tant qu’entraîneur adjoint mais aussi comme préparateur physique. J’ai trouvé sur place un entraîneur soudanais qui ne s’entendait pas avec la direction du club. Un mois après mon arrivée, je me suis trouvé premier responsable de l’équipe. Je me suis réuni avec le président du club. Il m’a confié les rênes de l’équipe avec la promesse de me confirmer dans mon poste en cas de bons résultats. J’ai dirigé Al Hilal du Soudan lors de six matches ponctués par autant de victoires. Nous avons allié la manière au résultat. Mais à ma grande surprise, le président du club est venu me voir pour me dire qu’il a engagé un autre entraîneur, ne s’attendant pas à ce que les résultats soient aussi probants. Il m’a proposé le poste d’entraîneur en chef. J’ai accepté le poste, vu que l’entraîneur de l’équipe première choisi était Lamine N’diaye qui a conduit le TP Mazembe au Mondial des clubs. Avec Lamine N’Diaye, nous avons fait du bon chemin ensemble durant la saison 2017/2018. Puis, Lamine N’Diaye s’est retiré. Je me suis retrouvé de nouveau aux commandes. J’ai remporté le Championnat soudanais. Puis, nous avons remporté la Supercoupe du Soudan contre Al Merrikh, disputée aux Emirats.

Après, j’ai entamé la saison suivante, 2018/2019, en tant que premier entraîneur de l’équipe senior avec tous les avantages qui vont avec. J’ai fait de bon résultats et nous étions classés premiers tout au long de la phase aller du championnat local. Nous avons attaqué par la suite l’épreuve continentale. Mais je n’ai pas pu me qualifier à la phase des groupes de la Ligue des champions. J’ai été au fait éliminé par le Club Africain. Je me suis donc rabattu sur la Coupe de la Confédération. Nous avons fait du chemin en C3, mais voilà que la direction du club a vu bon de changer d’entraîneur. Pour ce faire, l’ambiance s’est détériorée, notamment dans les gradins. J’ai compris de moi-même que je n’étais plus le bienvenu et j’ai décidé de me retirer. Quand j’ai quitté Al Hilal du Soudan, je l’ai laissé premier au classement du championnat soudanais et, dans notre parcours africain, j’ai battu des équipes qui ont leur poids dans le continent, notamment Asante Kotoko.

Le fait d’être un académicien et de ne pas avoir fait le parcours classique en faisant d’abord une carrière de footballeur professionnel, est-ce que cela a constitué un handicap pour vous ?
J’ai été footballeur avant de devenir un académicien même si je n’ai pas joué dans le haut niveau. La sensation d’être joueur sur le terrain, je la connais. La formation ne peut qu’être bénéfique pour tout entraîneur, qu’il ait joué le haut niveau ou pas. Un académicien a la faculté de comprendre la sociologie et la psychologie du joueur et cela ne peut que lui être un atout pour gérer une équipe.

Entraîner en Tunisie, est-ce que cela vous tente ?
Oui, pourquoi pas, à condition qu’on me propose un vrai projet sportif et qu’on mette les conditions logistiques nécessaires pour que ça réussisse.

Vous qui avez eu l’occasion de travailler au sein du staff technique national, que pensez-vous de la sélection actuelle ?
Cela fait un peu plus de deux ans que j’ai quitté l’équipe nationale et ce que je trouve bien, c’est que le noyau dur de la sélection a été préservé que ce soit au niveau des joueurs que sur le plan administratif. Ils sont en train de travailler sur un projet sportif qui a commencé à apporter ses fruits puisque nous nous sommes qualifiés à la phase finale de la Coupe du monde de Russie. Maintenant, les objectifs doivent être conséquents en atteignant au moins la finale de la prochaine CAN. Mais je peux vous assurer qu’avec le groupe actuel, l’équipe de Tunisie a largement les moyens de remporter un deuxième titre de championne d’Afrique à la CAN 2021. C’est largement dans nos cordes.

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