Le tragique accident d’Amdoun survenu le 1er décembre dernier et qui a causé la mort de 29 jeunes âgés entre quinze et trente ans a mis à nu l’une des principales failles de l’activité touristique en Tunisie, à savoir le manque de structuration et d’organisation dû essentiellement au vide juridique dont souffre le secteur. L’absence de réglementation et de code qui devrait régir des activités à l’instar des excursions et des randonnées ouvre, aujourd’hui, la porte aux particuliers et aux intrus qui ne maîtrisent pas les ficelles du métier et qui sont plus attirés, pour certains, par l’appât du gain que par le souci de veiller à la sécurité de leurs clients. Jaber Ben Attouch, président de la Fédération tunisienne des agences de voyages nous apporte des éclairages sur cette question. Entretien

Ces dernières années, une tendance a émergé, à savoir l’organisation de randonnées et d’excursions dans des sites et des villes touristiques réputés pour la beauté de leur paysage. Des pages faisant la promotion de ces randonnées pullulent sur les réseaux sociaux. Peut-on savoir qui organise ce type d’activité ?
Les randonnées et les excursions qui sont organisées ne sont pas des activités touristiques au vrai sens du terme. Ce type d’activité s’est développé ces dernières années à partir de l’envie manifestée par un nombre de plus en plus élevé de personnes d’aller à la découverte de la nature, dans le cadre de ce qu’on appelle le tourisme durable. En fait, ce sont majoritairement des associations et des particuliers qui organisent ce type d’excursion.

Ces excursions sont-elles sécurisées ? On parle de bus loués qui sont en piteux état….
Les particuliers qui organisent des randonnées et des excursions louent juste généralement un bus auprès d’une agence de voyages. Etant donné que cette activité n’entre pas dans un cadre juridique précis et qu’elle n’est pas réglementée par un code du tourisme à titre d’exemple, elle est, par conséquent, mal structurée et n’offre pas de garantie de sécurité suffisante aux personnes qui partent en excursion ou en randonnée à titre d’exemple. Il y a un vide juridique et une absence de vision et de stratégie qui sont pourtant nécessaires pour mettre plus d’ordre dans un secteur d’activités touristiques qui a besoin d’être mieux organisé en étant régi par des procédures bien précises.

En cas d’accident, les randonneurs ou les excursionnistes sont-ils assurés et protégés par la loi ?
Il existe deux types de responsabilités, à savoir la responsabilité de l’agence de voyages qui a loué le bus et la responsabilité du particulier qui a organisé l’excursion. Dans le cas où l’accident surviendrait au cours du trajet, c’est alors la responsabilité de l’agence de voyages qui est engagée. Dans ce cas-là, les randonneurs sont couverts par l’assurance de l’établissement agréé. Par contre, si un accident survient à la sortie du bus, c’est alors la responsabilité du particulier qui a organisé l’excursion qui est engagée.

Quelles sont les mesures qui doivent être prises pour mieux structurer ce secteur ?
Le problème réside dans le vide juridique qui dessert le secteur des activités touristiques en Tunisie. Un code du tourisme doit être élaboré afin de servir de cadre de référence à la mise en œuvre des procédures qui doivent être appliquées par les particuliers et les établissements agréés qui organisent les randonnées et les excursions touristiques. A titre d’exemple si c’est une agence de voyages agréée qui planifie une excursion, elle doit suivre une procédure bien précise. Celle-ci doit informer et envoyer le programme de l’excursion à l’Office national du tourisme qui lui délivre un visa d’excursion. Les excursionnistes sont alors protégés et couverts par l’assurance professionnelle multirisque de l’agence de voyages

D’après vous que faut-il faire pour éviter que d’autres drames ne surviennent ?
Il faut déjà susciter une prise de conscience et sensibiliser les gens intéressés par les excursions et les randonnées à l’importance d’opter pour des agences de voyages agréées et habilitées à organiser ce type d’activité. Le ministère de tutelle doit identifier les points noirs afin de les interdire et les exclure des circuits touristiques.

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