A cause d’une absence d’accompagnement et se sentant incompris, les élèves surdoués ont du mal à entrer dans le moule éducatif.

‘’Nous avons organisé cette conférence pour attester que nous avons la responsabilité d’encadrer les enfants surdoués alors que nous sommes aujourd’hui dans une situation où nous ne pouvons pas donner à nos élèves normaux les meilleurs outils de l’enseignement. Alors que dire des surdoués ?’’, confesse Hatem Ben Salem, ministre de l’Education, lors de l’ouverture de la Conférence nationale sur l’accompagnement des enfants surdoués qui s’est tenu hier à Tunis.

Selon lui, les deux problématiques sont intimement liées : d’un côté, il existe partout en Tunisie des élèves qui méritent une attention particulière comme ce jeune de 14 ans qui va passer son bac à un moment où nous faisons face à un problème d’indentification, de formation des maîtres d’école, de réforme du système éducatif…

Une mentalité anti-réussite
‘’Nous n’avons d’autre perspective que de nous y atteler et le ministère de l’Education s’engage à mettre sur pied un plan national pour encadrer ces enfants avec pour objectif de leur donner la chance d’exprimer leur talent et leur créativité. Malheureusement, nous sommes un peuple contre la réussite ! C’est une mentalité anti-réussite que nous devons combattre tous les jours au sein du département. Quand on me dit que nous nous trouvons face à un surdoué à qui on conseille de sauter une classe, je n’hésite pas du tout. Ces d’élèves doivent bénéficier d’un plan national spécial, avec des cursus spéciaux et des équipements en adéquation. Voués à la réussite, ils se retrouvent exclus et ils nous éveillent au fait que nous ne savons pas affronter certaines spécificités de nos élèves. La preuve, c’est la première fois que nous nous réunissons sur le thème des élèves surdoués’’, poursuit le ministre de l’Education.

Il promet pourtant que son département va s’atteler à créer un cadre et un mécanisme d’identification de ces élèves pour leur donner l’opportunité d’aller loin. Quant à ceux qui ont déjà été identifiés, une structure a été créée au sein du ministère pour s’en occuper.
‘’L’Etat qui ne parvient pas à assurer l’égalité des chances ne peut pas parier sur son avenir. Le système éducatif doit redevenir une locomotive de réussite, comme en 2009 quand, sur les 16 recrues acceptées au sein de Polytechnique en France, 14 étaient Tunisiens ! Où en sommes-nous aujourd’hui ? Il n’y a pas d’autre solution pour les Tunisiens que de se hisser aux premières loges de la science et de la technologie’’, conclut le ministre.

Dilemme de 3 mères d’enfants surdoués
Auparavant, Abdelbasset Ben Hassen, de l’Institut arabe des droits de l’homme , Mohamed-Ali Boughdiri, de l’Ugtt et Youssef Marouani de l’Association tunisienne d’encadrement éducationnel des surdoués ont exprimé leur soutien aux intentions du ministère de l’Education de se mobiliser pour assurer un environnement adapté aux enfants surdoués dont 3 des mères ont été invitées à s’exprimer sur le quotidien d’un enfant précoce dans une famille.

Néziha Allouche, Maryam Abbassi et Feirouz Hsan ont ainsi retracé avec une grande émotion leur vie de tous les jours avec leurs enfants qui ne ressemblent pas aux autres. Une vie partagée entre deux feux : le feu sacré du génie de ces enfants qui ingurgitent toutes les connaissances avec une facilité déconcertante et qui fait chaud au cœur de ces mères fières de leurs innombrables aptitudes ; et le feu de l’incapacité de leurs enfants à s’adapter au système conçu pour des enfants au QI normal. Turbulents, incontrôlables, dépassant leur âge réel de 4 années et dont les QI sont au-delà des 140, ils se retrouvent devant les difficultés de sortie des rangs et surtout devant l’ennui, comme si on leur faisait perdre leur temps.

Ce que ces mères veulent, c’est que le ministère fasse le nécessaire pour leur garantir la place qui leur revient de droit dans les mêmes proportions que ce qui se pratique dans le monde développé. En gros, si nous ne voulons pas que ces surdoués tombent dans la dépression, il faut savoir composer avec leur perfectionnisme, leur ultra-sensibilité, leur intelligence et leurs difficultés.

Plusieurs interventions de haute tenue ont également émaillé cette conférence, notamment sur le paradigme des surdoués par Dr Naoufel Kaddour, professeur et chef de service de psycho-pédiatrie à l’hôpital Fattouma Bourguiba de Monastir ; les indicateurs de découverte des enfants surdoués par Dr Safa Laatiri, spécialiste psychologique de l’éducation ; la réalité des surdoués en Tunisie par Dr Zeineb Abbas, professeur agrégée de psychopédiatrie à l’hôpital Razi.

L’Association tunisienne d’encadrement éducationnel des surdoués a également présenté sa conception des éléments d’un plan national scientifique cohérent et progressif pour le patronage des surdoués et trois ateliers ont été organisés : cadre légal de l’enseignement des surdoués, adéquation du parcours éducationnel aux surdoués, les parties prenantes et leurs rôles dans l’accompagnement des surdoués.

Sarrah O. BAKRY

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