Les agences de voyages tunisiennes devront ouvrir un déposit correspondant à une somme conséquente en devises au profit de l’agence saoudienne.

Les agences de voyages qui organisent le petit pèlerinage (Omra) devront bientôt changer les modalités d’organisation et s’aligner sur la modernisation des services et des prestations de leur homologue saoudienne. Jusqu’ici, les établissements agréés qui organisent des séjours du petit pèlerinage dans les Lieux saints suivaient la démarche classique. Pour pouvoir, chaque année, organiser le séjour et vendre leur produit sous forme de package incluant le billet d’avion, le séjour dans l’hôtel, le transport et le visa, les agences de voyages privées doivent auparavant établir un contrat avec leur homologue saoudienne afin de pouvoir ensuite planifier le nombre de voyages du petit pélerinage pour la saison. Validé par la suite par les autorités de tutelle (tunisienne et saoudienne) sous forme de code qui leur est attribué, les agences de voyages peuvent alors s’organiser pour programmer le nombre de sièges qu’elles prévoient de vendre pour chaque saison.

Au nombre de 300 et même plus, ces agences, qui ont constitué des regroupements d’intérêt économique, vendent, par an, plus de cent mille voyages Omra pour les Lieux saints. Les clients s’acquittent d’une partie des frais, en payant sur place leur billet de voyage ainsi que la commission de l’agence organisatrice et achèvent le reste des frais (frais de séjour à l’hôtel et de transport) dans le pays d’accueil à partir de l’allocation touristique dont une partie est prévue à cet effet.

Or, depuis l’année dernière, en plus du système de visa électronique, les autorités saoudiennes ont numérisé leurs prestations en mettant en place une plateforme électronique à partir de laquelle tout est effectué : réservation du séjour dans l’hôtel, acquittement de l’intégralité des frais de transport, d’hôtel, d’assistance, d’assurance, du visa… Les autorités saoudiennes ont adopté cette nouvelle démarche afin de moderniser et faciliter les modalités d’organisation des séjours touristiques en leur conférant davantage de transparence dans l’optique d’attirer le plus grand nombre de touristes en tablant sur 30 millions d’entrées à l’horizon 2030.

Cette nouvelle procédure d’organisation des séjours dans les Lieux saints devra systématiquement impliquer pour les agences tunisiennes l’ouverture d’un déposit correspondant à une somme conséquente en devises couvrant les frais de la saison de pèlerinage et qui devra être versée au profit de l’agence saoudienne, explique M. Jabeur Ben Atouch, président de la Ftav.

Restrictions de la Banque centrale

Or, si cette nouvelle mesure présente un précieux avantage pour les pèlerins dans la mesure où elle les dispensera de la procédure classique consistant à s’acquitter d’une partie des frais de séjour dans le pays d’accueil, celle-ci pose problème pour les agences de voyages soumises à un plafonnement imposé par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Celles-ci sont appelées, en effet, à mobiliser près de 200 millions de dinars en devises pour la saison annuelle du petit pèlerinage sous forme de déposit au profit de l’agence saoudienne. Or, la BCT n’autoriserait un plafond maximum que de 30 millions de dinars, ce qui devra conduire les agences de voyages à revoir à la baisse le nombre de leurs clients qui ne pourra augmenter que de 16 à 18% par rapport aux prévisions annuelles de la saison.

«La mise en place de cette plateforme électronique par notre partenaire saoudien destinée à moderniser et conférer de la transparence aux transactions financières relatives à la vente des séjours de la Omra va pousser les agences de voyages tunisiennes à changer de procédure. A titre d’exemple, une des étapes de la procédure de vente d’un séjour Omra consiste à établir et délivrer une facture proforma sur laquelle les frais sont notifiés. Avec la numérisation des ventes des séjours touristiques, cette facture est appelée à disparaître», poursuit M. Jaber Ben Atouch.

Une réunion devra avoir lieu entre l’Ontt, la Banque centrale et la Ftav afin de s’entendre sur ces nouvelles modalités de vente des séjours dans les Lieux saints. Une inquiétude plane déjà à l’horizon: les agences de voyages craignent, en effet, que les restrictions au niveau du plafonnement imposées par la Banque centrale ne se répercutent négativement sur la qualité des séjours proposés aux clients pèlerins, en les encourageant à opter pour les circuits parallèles. «L’une de nos propositions est de soustraire une partie de l’allocation touristique des pèlerins et de s’en servir pour élargir le plafonnement autorisé par la Banque centrale au profit des agences de voyage ce qui profitera aux personnes désirant faire une Omra», a ajouté le Président de la Ftav.

Pour l’heure, la vente des séjours du petit pélerinage a été suspendue temporairement dans les agences de voyage. «Nous devrons parvenir à un accord d’ici la fin du mois de décembre ce qui permettra à la saison de la Omra de démarrer officiellement», a conclu le Président de la Ftav.

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