Yosra Frawes dirige l’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) depuis avril 2018. Egalement militante depuis sa prime jeunesse dans la défense des droits de l’homme, cette avocate dirige depuis quelques années la section tunisienne de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh) avec la même passion que son engagement pour le féminisme. Entretien.

Le 30 novembre dernier, suite à l’appel de l’Association des femmes démocrates, les Tunisiennes sont sorties manifester dans la rue contre la violence. Qu’est-ce qui a déclenché cette mobilisation ?
Pour nous en tant que femmes démocrates, il y a eu deux facteurs essentiels qui ont provoqué cet appel. Le premier concerne des politiques qui annoncent des menaces et des régressions juridiques ainsi que la manifestation de réticences à l’égard de la promotion des droits des femmes. Le second est en rapport avec la montée d’un discours très violent à leur égard, un ciblage des femmes là où elles se trouvent, journalistes, artistes, actrices, militantes féministes, responsables occupant des postes importants sur la scène publique. A la suite de la diffusion ces derniers temps de la vidéo de Clay BBJ, où s’exposait une incitation claire à la haine envers les femmes et au viol, nous avons constaté l’ouverture de la boîte de Pandore, où s’est exprimé tout ce qu’il y a de plus misogyne à l’encontre des femmes. Une vidéo reçue par des millions de jeunes qui l’ont consommée sans modération et l’ont accompagnée dans beaucoup de cas de commentaires hostiles au statut des femmes. Face à un laxisme clair au niveau du traitement judiciaire des dossiers de la violence et à la banalisation générale de cette question cruciale, nous avons voulu bouger pour dénoncer ce recul des valeurs de l’égalité et de la non-violence en particulier à l’égard des femmes dans l’espace public. Voilà pourquoi nous avons tenu à faire une intervention dans la ville. Une manière de dire haut et fort que nous ne pouvons plus accepter ce silence assourdissant des acteurs publics d’autant qu’ils ont des engagements juridiques nationaux et internationaux pour combattre les violences faites aux femmes.

Dans la manifestation du 30 novembre, nous avons enregistré la présence de jeunes militantes LGBTQ++. Que peuvent ramener au féminisme d’aujourd’hui ces communautés faisant partie de minorités sexuelles et leurs associations ?
Beaucoup de choses en réalité. Surtout des luttes solidaires. Ce qui relie les féministes dans le monde entier aux minorités sexuelles, bien que je n’adhère pas à ce terme, plutôt aux luttes des personnes LGBTQ++, c’est que nous sommes toutes victimes de discriminations. Qu’elles soient justifiées par le patriarcat ou par le sexisme. Ce sentiment d’injustice devient double lorsqu’on a une orientation ou une expression sexuelle différente. On se rejoint car tout d’abord nous avons le même référentiel universel des droits humains. Ensuite nous prônons une seule revendication : balayer les inégalités et les injustices juridiques. Enfin, parce que ces rencontres nous renforcent dans nos luttes indissociables à notre avis. A l’Atfd, nous avons pris conscience de la convergence des luttes féministes et LGBTQ++ depuis l’année 2004 quand nous avons commencé à nous intéresser à tous les textes liberticides dans l’arsenal juridique tunisien. Nous avons organisé les tout premiers débats sur le contrôle des corps des femmes et de la sexualité des femmes dans les textes de loi. C’est dans ce cadre-là que nous avons créé la commission de droits sexuels et corporels, à travers laquelle nous avons découvert que de jeunes féministes se réclamaient également en tant que personnes LGBTQ++. Nous avons beaucoup appris d’elles, notamment sur les différentes formes de discrimination et les violences qu’elles subissaient. Dans les procédures officielles, la feuille de signalement dans un hôtel ou sur la carte d’identité, nous sommes toujours dans la binarité, homme/femme. Alors qu’il y a d’autres sexes. D’autre part, tout individu voulant changer de sexe en Tunisie est condamné à se rendre à l’étranger pour subir une opération et après galérer la vie entière pour qu’on reconnaisse sa nouvelle identité de genre. Je pense que c’est grâce à cette prise de conscience des féministes de l’importance d’unir nos combats que le mouvement LGBTQ++ a pris plus de visibilité, particulièrement après la Révolution.

Une loi organique contre la violence faite aux femmes a été adoptée en juillet 2017 par l’ARP. N’est-elle donc pas suffisante pour les protéger ?
La loi 58 de 2017 représente un signal fort donné aux Tunisiennes et annonce qu’en principe, l’Etat va avoir une tolérance zéro à l’encontre de la violence à l’égard des femmes. Une loi est toujours indispensable pour combattre un tel fléau puisqu’elle reflète une volonté politique de mettre un terme à ces violences. Mais une loi, quelle que soit son importance, n’est jamais suffisante pour s’opposer à un fléau intimement lié à la construction sociale, aux mentalités, à l’architecture patriarcale contrôlant le corps des femmes et qui accepte cette violence comme moyen d’éducation à l’égard des filles et des femmes. Une loi doit être accompagnée par des politiques publiques ciblant notamment l’élimination des discriminations à l’égard des femmes, surtout dans le Code du statut personnel où elles ne sont toujours pas considérées comme chefs au sein de leur famille et où elles sont dénigrées quant à leurs ressources puisque héritant moins que leurs frères et leurs époux. La loi 58 porte une démarche intégrale de lutte contre les violences incluant les volets de la prévention, de la protection des victimes, de leur prise en charge et enfin de la criminalisation et de la sanction des agresseurs. Par conséquent, plusieurs mesures auraient dû être engagées depuis l’adoption de la loi en 2017, dont notamment la mise en place d’un observatoire assurant le suivi de l’application sur terrain de la loi. Des budgets et des ressources nécessaires pour appliquer ce texte législatif n’ont encore pas été mis en place, particulièrement pour accueillir les femmes victimes dans des centres d’hébergement et leur procurer une aide afin de pouvoir accéder à la justice. Nous remarquons l’absence de volonté politique pour mettre en œuvre la loi. Il ne suffit pas d’adopter une loi pour que le problème soit traité et résolu.

Après la promulgation de la loi 52, n’y a-t-il eu aucune disposition qui ait été mise en œuvre par l’Etat ?
Des mesures ont été prises notamment par le ministère de l’Intérieur. 128 unités spécialisées de la garde nationale ou dans le secteur de la police ont été inaugurées pour recevoir les plaintes des femmes victimes de violences. Le ministère de l’Education a pris dernièrement des dispositions pour assurer une éducation sexuelle au sein des établissements scolaires. Ces actions sont prévues par la loi mais elles restent insuffisantes.

Vous êtes intervenue dernièrement dans cette affaire d’opinion publique concernant des accusations de harcèlement d’étudiantes par un professeur à l’Ecole normale supérieure. Quelles sont vos premières observations concernant le traitement de ce dossier ?
Nous croyons que les discriminations dans la société et dans le milieu éducatif nécessitent une intervention réelle de la part des institutions chargées de l’éducation. Il s’agit là du maillon faible de l’application de la loi contre la violence faite aux femmes. Nous avons essayé d’entrer en contact avec le directeur de l’institut, le ministre de l’Enseignement supérieur et le recteur de Tunis. Les retours qui nous ont été adressés se résument dans cet argument : « Cette affaire n’aurait pas dû prendre cette ampleur ». Elle devait être traitée, selon les responsables, dans les couloirs de l’Ecole. Pour eux, la pression de la société civile n’est pas justifiable. On constate que lorsqu’une infraction grave est commise partout dans le monde, on informe en premier le procureur général de la République. Pourtant quand il s’agit de violences à l’égard des femmes, les institutions publiques restent dans les anciens réflexes, étouffant les affaires et les maintenant dans le cadre le plus restreint et le plus privé possible. Cette conception des choses ne peut pas changer tant qu’on n’a pas changé les programmes scolaires, formé les enseignants et les médecins. Tout ce travail de formation, nous le réalisons en tant que société civile depuis des années pour sensibiliser aux causes de la violence à l’égard des femmes. Mais on ne trouve pas de répondant de la part des autorités. Les actions du gouvernement sont partielles, uniquement d’ordre juridique et démunies de ressources. Elles ne sont pas portées par des politiques, ni par un travail intégral, notamment de prévention et d’éducation qui commencent nécessairement à l’école publique.

Cela fait trente ans que l’Atfd existe. Des dizaines d’organisations féministes sont nées après la Révolution. En quoi se distingue votre travail des autres associations se réclamant du féminisme ?
Déjà survivre trente ans à la dictature a laissé des traces chez beaucoup d’entre nous ! On a appris à s’adapter, à adopter des messages et des stratégies de contournement, à s’unir à d’autres ONG et à s’ouvrir à des alliances fortes. Nous sommes aussi des féministes ayant un esprit de mouvement. Le fonctionnement de l’Atfd est assez particulier. Il est vrai que c’est une association dotée d’une structure formelle mais en même temps, il s’agit d’une ONG démocratique soutenue par une organisation horizontale. Nous sommes également un mouvement pluriel politiquement où plusieurs tendances convergent parfois dans la douleur. Notre autonomie est intacte par rapport aux partis, aux mouvements syndicaux et aux organisations internationales. C’est un exercice très difficile que celui de garder l’équilibre dans une structure qui se veut à la fois mouvement et association, qui fonctionne non seulement avec un bureau directeur ou des bureaux dans les régions mais surtout avec des commissions, qui réfléchissent à la définition de nos stratégies et nos priorités. Au-delà de cette gouvernance qui est très particulière à l’Atfd, c’est surtout notre vision du féminisme qui nous distingue. L’Atfd s’inscrit comme un mouvement social et politique à la fois. Elle ne s’arrête pas au niveau de l’engagement pour l’égalité de genre, mais elle veut ancrer le combat pour les droits des femmes dans une mobilisation plus générale pour la démocratisation du pays. Nous avons accumulé des expériences pour faire converger les luttes féministes avec les luttes syndicales et contre un système autoritaire, qu’il soit religieux ou autres. D’ailleurs, nous revendiquons également la laïcité comme valeur, une particularité de l’Atfd, qui incarne une demande très timide parmi les autres associations féministes.

L’Atfd a la réputation d’être une association d’intellectuelles. Ce choix ne vous rend-il pas sectaires en vous éloignant du terrain et des régions intérieures du pays ?
Je crois que c’est là à la fois une vraie et fausse réputation ! C’est vrai en référence à l’historique de l’ATFD, qui a démarré avec de jeunes étudiantes et intellectuelles actives dans les partis politiques de gauche et dans des structures syndicales. Elles ont créé au Club Tahar Hadad à la fin des années 70 un Club d’étude de la condition des femmes, qui a donné naissance au mouvement féministe autonome en Tunisie. Sa démarche : réfléchir d’abord, produire ensuite de la littérature pour agir. Et non pas entrer en action sans le socle de références claires et d’études en amont. Mais c’est faux aussi dans la mesure où nous ne sommes pas seulement des intellectuelles qui partent uniquement de leurs idées et se maintiennent sur leur piédestal. Nous sommes en contact direct avec les femmes victimes de violence que nous accueillons dans nos centres. Nous sommes des féministes immergées dans l’espace syndical, qui nous permet d’avoir un contact direct avec les travailleuses et les travailleurs. Nous nous trouvons dans tous les mouvements de lutte, notamment économique et politique. Ce qui nous permet d’assurer un accès aux problématiques de la société. Il me semble que ce faux débat qui oppose « élite » et « peuple » n’a pas de raison d’être en Tunisie, où on enregistre un taux très haut de diplômés de l’enseignement supérieur. C’est une manière d’isoler les luttes féministes en leur donnant ce faux label d’élitisme.

Beaucoup de voix de femmes en situation de contestation et de colère s’expriment aujourd’hui sur la scène virtuelle et publique, tels les groupes EnaZeda, le Me too tunisien, et FalGatna. Est-ce un signe de bonne santé des femmes tunisiennes ?
Tout à fait. C’est un signe d’abord d’ouverture sur ce qui se passe dans le monde. Partout on remarque qu’actuellement de jeunes féministes s’expriment autrement à la faveur de nouvelles formes et d’autres méthodes caractérisées par la créativité et la bonne utilisation des réseaux sociaux. Les Tunisiennes s’inscrivent dans ce renouvellement du mouvement féministe international. J’ai la nette impression que cela dénote aussi de transmission de nos messages au gré de ces trente dernières années. La relève est assurée. Plus encore, des jeunes sont parfois dans la critique et dans l’accusation du mouvement féministe historique : chaque fois qu’il y a une remise en question d’un mouvement, des résultats et des apports intéressants peuvent émerger. Voilà qui dément un parti pris, qui a beaucoup résonné ces dernières années prétendant que le féminisme en Tunisie s’essouffle.

Nous avons actuellement un Parlement où la présence des femmes a beaucoup reculé par rapport à 2011 et 2014. Qu’est-ce qui a provoqué cette régression ?
Ce recul est dû d’abord à ce que la politique est devenue pour les femmes depuis 2014 un espace« non safe », ou un espace peu sécurisant. Durant cinq ans, alors que la devise du gouvernement et du parlement prétendait défendre les droits des femmes, on a toléré beaucoup de violences à l’égard des femmes politiques et publiques. Pendant les campagnes municipales et législatives, on a accepté d’écarter les femmes des têtes de liste. Dans les interviews réalisées avec des candidates à la présidentielles, les questions qui leur ont été posées évoquaient surtout leur rôle traditionnel et leur relation à leurs maris et enfants sans aucun type de régulation de la Haica. On a vu également la corruption se propager dans tous les organes de l’Etat, et ce, de l’avis des autorités elles-mêmes. Généralement, c’est connu dans le monde entier, quand la corruption étend ses tentacules à la politique, les femmes n’y adhèrent plus. Exactement comme durant les périodes de dictature, où les femmes se retirent dans la plupart du temps de la scène politique. A part celles qui s’inscrivent dans la propagande du régime. En fait qu’est-ce que la politique pour les femmes et les hommes ? C’est l’art de transformer les rêves et les revendications de la population en réalité. A ce niveau, rien n’a été fait entre 2015 et 2019. On a vu qu’exercer la politique dans ce pays ne correspondait pas à résoudre les problèmes des électeurs mais à servir ses propres intérêts et à fructifier ceux de son parti et de sa famille. Ce climat de suspicion qui s’est installé dans l’univers de la politique n’a pas encouragé les femmes ni en tant qu’électrices, ou en tant que candidates à s’engager dans cette filière. Actuellement à propos de la composition du nouveau gouvernement, circulent quelques noms de femmes proposées dans le cadre de leurs partis politiques pour occuper certains postes. Mais des femmes autonomes, intellectuelles et compétentes ne sont jamais à l’ordre du jour. On cherche tout d’abord des hommes puis en second lieu des femmes qui leur ressemblent et qui n’ont pas forcément le souci de porter la cause des femmes dans leur exercice du pouvoir.

Justement avez-vous été consultés en tant que Femmes Démocrates pour proposer des noms de compétences féminines à Habib Jemli, le chef de gouvernement désigné ?
Pas du tout. Ni consultées par le président de la République sur les orientations de sa politique, ni par Habib Jemli. On a constaté que le Président n’écoute que ceux qui l’ont appuyé pendant sa campagne ou cautionné ses messages. Celles qui ont clamé une critique de ses idées ne sont pas les bienvenues chez le chef de l’Etat. Du côté du gouvernement, on reprend quelque part le système de Ben Ali, ceux qui sont classés dans l’opposition sont éloignés des consultations.

L’Association des Femmes Démocrates a initié le combat pour l’égalité dans l’héritage. Pensez-vous que le projet de Béji Caïed Essebsi à ce sujet présenté à l’ARP ait toujours des chances de passer y compris dans un Parlement dominé par les conservateurs ?
On a essayé de faire du forcing entre février dernier et juillet-août pour que le projet soit au moins examiné par l’ancienne ARP. Parce que nous avions anticipé sur la situation postélectorale. On voyait bien que ceux qui allaient remporter le scrutin de l’automne 2019 faisaient partie des pourfendeurs de l’égalité dans l’héritage. Actuellement on ne souhaite même pas qu’un tel projet soit discuté à l’ARP. Parce que l’initiative législative de BCE est en deçà de nos attentes, faisant de l’égalité successorale une exception. Il est vrai que le projet représente un pas en avant en désacralisant cette question tabou, mais en même temps ce n’est pas suffisant. Donc discuter dans cette ambiance politique plutôt défavorable à l’avancée des droits des femmes, dans une ambiance passionnelle, fera avorter toutes les démarches pour que ce dossier soit abordé d’une manière constructive et sereine, et qui va au-delà des paramètres idéologiques et identitaires. Nous voulons plutôt le remettre dans le cadre des droits humains où toute inégalité est inacceptable. L’égalité dans l’héritage ne peut qu’être bénéfique à la Tunisie sur le plan économique :cette avancée peut aider les femmes dans le secteur agricole à obtenir les ressources financière et par conséquent les encourager à fructifier leur bien. C’est une manière de lutter contre l’injustice économique et sociale à l’égard des femmes injustifiée de nos jours avec notamment l’évolution de la société tunisienne.

A part cette question de l’inégalité successorale que reste-t-il à faire en matière des droits des femmes tunisiennes ?
Il y a le grand chantier du Code du statut Personnel sur le plan législatif, un code qui incarne tout le patriarcat, à commencer par la dot. En passant par le titre de chef de famille jusqu’a la tutelle et à la garde des enfants où subsistent des conditions inégalitaires entre hommes et femmes. En dehors du CSP, d’autres textes juridiques restent anachroniques comme le Code de la nationalité ou encore le Code du travail qui jusque-là ne reconnaît pas le harcèlement sexuel. D’autres textes découlent de la compréhension des rapports sociaux hommes/femmes dans la famille qui reflètent cette hiérarchie dans la vie publique. Ainsi c’est toujours le père qui reçoit la prime, aussi minime soit-elle, attribuée aux enfants dans son salaire et pas la mère, qui elle pourtant donne la vie. Car il est proclamé dans le CSP chef de famille, donc il lui revient selon la loi nafka (dépense pour la famille). Cet arsenal juridique examiné par la Commission des droits individuels et de l’égalité (Colibe) nécessite un toilettage proposé par les membres de la Colibe durant l’année 2018 pour éliminer toutes les formes de discrimination. Il y a aussi un dossier très important lié aux politiques publiques et donc aux orientations générales de l’Etat tunisien. Nous remarquons le déficit de stratégies publiques consacrant l’égalité notamment dans le domaine économique et social. On le voit bien : le gouvernement ne manifeste aucune volonté pour l’application de l’article 18 du projet de loi organique du budget de l’Etat concernant le budget sensible au genre. Une disposition qui, à force d’être occultée, risque à la longue de tomber en désuétude. Pour l’année 2020, aucun financement n’est alloué à la lutte contre les violences, à la prise en charge des victimes de violences, au contrôle de l’égalité de salaire au moins dans le secteur de l’agriculture. Bien évidemment il y a aussi beaucoup à faire parmi les droits corporels et sexuels des femmes, un des chantiers les plus oubliés. Les droits reproductifs connaissent une régression notamment avec l’affaiblissement d’une structure aussi importante que l’Onfp.

Vous présidez à la fois l’Atfd et la section tunisienne de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh). Quels sont pour vous les trois dossiers prioritaires concernant les droits de l’homme en Tunisie ?
Actuellement nous avons urgemment besoin de la mise en place d’une Cour constitutionnelle pour nous expliquer ce que veut-on dire exactement dans la loi fondamentale de 2014 par l’égalité, l’Etat civil, la liberté de conscience…Le deuxième dossier qui nous semble important est relatif à la justice transitionnelle et la place des femmes dans ce processus. Ce processus semble bloqué avec le retour des forces pro-dictature au Parlement. La justice transitionnelle a déjà connu plusieurs freins, menaces, contraintes et blocages politiques. Et nous craignons que la volonté politique continue à être absente pour consolider ce processus. Le risque existe toujours pour enterrer la JT à la faveur d’arrangements et de marchés entre les acteurs politiques. Troisième dossier, celui de l’espace de la société civile, qui est aussi menacé depuis des années. Les autorités ont commencé à menacer de revoir le décret-loi 88 de 2011 se rapportant aux associations. Comme nous avons pu freiner en tant que société civile cette tentative on a essayé des stratégies de contournement en adoptant la terrible loi contre le terrorisme qui permet une surveillance des associations. Les autorités sont allées encore plus loin en adoptant la loi 52 de 2019 qui oblige les ONG à s’inscrire dans le même registre que les entreprises à but lucratif et en prévoyant à ce propos des peines lourdes pour dissuader les gens à s’engager dans le domaine associatif. Cet espace est en train de se restreindre à la faveur de stratégies claires.

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