La cimenterie, une industrie lourde jouissant d’une forte employabilité, a été durant des décennies l’un des fleurons de l’économie nationale. Etant un des piliers du secteur du bâtiment et de la construction, l’industrie du ciment a constitué pour longtemps un gage du droit au logement.
En effet, le parc national des logements n’a cessé d’évoluer depuis l’indépendance, à une vitesse accélérée, notamment durant les deux dernières décennies, passant d’à peu près un million de logements recensés en 1975 à 3.290 mille en 2014. Néanmoins, l’industrie du ciment est confrontée à plusieurs défis, principalement énergétiques. Partant du fait que le coût de l’énergie constitue plus de 50% du coût total de la production, on peut conclure que la cimenterie est une industrie énergivore. La levée de la subvention sur les sources d’énergie décidée en 2014 engendrant la libéralisation des prix du ciment a induit un accroissement considérable des prix de ce matériau de construction, qui a été fort ressenti par les citoyens.

Les industriels se prennent en charge
À vrai dire, dans un contexte économique exsangue couplé à un déficit énergétique colossal et croissant, les cimentiers se sont trouvés face à un dilemme : la spirale des majorations des prix induite par l’augmentation tarifaire de l’énergie d’un côté et l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens de l’autre. Certes, l’exploration de nouveaux marchés africains a ouvert de nouvelles brèches pour les industriels, notamment pour la commercialisation du clinker, mais la consommation excessive de l’énergie leur pose un problème structurel, dans la mesure où la Tunisie souffre d’un déficit énergétique structurel et qu’elle vient d’entamer sa transition énergétique. S’y ajoutent les défis environnementaux relatifs à la cimenterie qui est considérée comme étant une industrie assez polluante, notamment si on tient compte de l’engagement de la Tunisie en tant que signataire de l’accord de Paris sur le climat Cop 21 de réduire la quantité émise des gaz à effet de serre à l’horizon 2030, qui doit baisser d’environ 37% par rapport aux émissions actuelles par l’industrie du ciment.

Conscients des dangers menaçant la pérennité du secteur, les industriels ne sont pas restés de marbre et ont lancé une initiative qui trace la feuille de route pour le développement durable dans la cimenterie. Neuf cimentiers de la chambre nationale des producteurs de ciment ont signé, récemment, une charte de développement durable, en présence du ministre de l’Industrie et des PME, Slim Feriani, qui n’a pas manqué, à cet effet, de saluer l’engagement des industriels pour les efforts qu’ils déploient dans l’amélioration de la performance des outils de production en optant pour des équipements de haute technologie et économes en énergie.

Le recours incontournable aux combustibles alternatifs
L’industrie du ciment est en sous-capacité. Dotée d’une capacité annuelle totale de 12,5 millions de tonnes, la cimenterie nationale ne produit que 9 millions de tonnes, dont 7,5 millions de tonnes sont destinées à la demande nationale, le reste pour l’export. Les dépenses annuelles d’énergie dans le secteur réparties entre combustibles et électricité dépassent les 420 millions de dinars par an. Partant de cet état des lieux, les cimentiers proposent à travers la présente de mettre les combustibles alternatifs au cœur d’une stratégie pour une cimenterie durable. À cet égard, il est notoire que le recours aux combustibles alternatifs n’est devenu possible qu’après son entérinement par un décret promulgué au mois de novembre 2018. Cette décision a donné de nouvelles perspectives aux cimentiers qui, de par cette charte, proposent un plan pour la valorisation des déchets, première et excellente alternative aux combustibles conventionnels, d’autant plus que le Plan quinquennal prévoit un taux de valorisation des déchets aux alentours de 50% à l’horizon 2020.

Actuellement, la masse des déchets est estimée à 4 millions de tonnes, dont la majorité va en décharge sans traitement ou valorisation. Cette quantité en continuelle hausse atteindrait 7 millions de tonnes en 2030. À vrai dire, ces chiffres représentent une véritable aubaine non seulement pour les industriels du ciment dont les dépenses en matière de combustibles dépassent les 42% du total de leurs dépenses énergétiques, mais aussi pour le marché du travail. Selon les estimations fournies par les cimentiers, l’investissement dans la valorisation des déchets contribue à l’atténuation des déficits énergétique et commercial avec plus de 200 millions de devises économisées annuellement, outre les opportunités d’emplois dans l’industrie de gestion des déchets. Mais pour un véritable décollage dans cette industrie, il est indispensable de lancer une opération pilote d’envergure, soutiennent les industriels.

Marwa Saidi

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