Après avoir déversé leur «cargaison humaine», les agents de la Transtu ont décidé de faire rentrer les bus, les métros et le train TGM dans les dépôts. C’est en fin de matinée de ce vendredi 27 décembre que ce débrayage-surprise a eu lieu. Cette grève sauvage a pris au dépourvu des centaines de milliers d’ouvriers, de fonctionnaires et de simples citoyens les contraignant à subir un calvaire.


Durant toute la journée de ce vendredi noir, les habitants du Grand-Tunis ont dû déployer des efforts inimaginables pour rentrer chez eux. Pris au piège tendu par les grévistes, ils n’avaient aucune possibilité de trouver la parade puisque, déjà, le secteur du transport lui-même est sinistré au quotidien.
Bien sûr, tous les usagers n’avaient d’autre choix que de condamner ce comportement irresponsable de ces grévistes qui ont méprisé l’intérêt de centaines de milliers d’utilisateurs pour «défendre» leurs propres intérêts. Avait-on besoin de ce coup de force pour éveiller les responsables quant aux revendications ? Faut-il, toujours, que ce soit le citoyen qui paye les pots cassés ? Pourquoi la Direction de cet opérateur de transport n’a-t-elle pas pris, en temps voulu, les décisions qui s’imposaient, à savoir verser les primes de fin d’année dans les délais ?

Maintenant, ce qui a été fait porte un autre coup de massue à cette société chancelante. En plus de sa piteuse situation financière et ses pertes énormes, elle vient de subir d’autres pertes plus lourdes à cause de cette grève sauvage du vendredi qu’il faudra mettre au passif du dossier de mauvaise gestion de cette grande entreprise nationale.
On ne peut pas comprendre cette léthargie dans laquelle on a plongé cette puissante société (surtout à partir de 2011). Aucun responsable n’est parvenu à remettre sur pied la Transtu qui ploie, chaque jour, un peu plus, sous le poids de ses dettes et l’absence de stratégie de développement de ses activités. Actuellement, elle est, totalement, déconnectée de son environnement et coupée de ses usagers. Ces derniers subissent les retombées de la gestion approximative de l’entreprise. Depuis des décennies, ils ne constatent qu’une détérioration croissante des services malgré un «relookage» de circonstance qui n’a rien ajouté sur la voie de la résolution des problèmes chroniques dont souffre cet opérateur.

Alors qu’avant 2011, on pouvait parler de plus d’un millier de véhicules, aujourd’hui, on réussit mal à en aligner autant. Le matériel vieillissant ne répond plus aux normes et les nouvelles acquisitions arrivent, tout juste, à couvrir une infime partie des besoins. Par contre on s’étonne de ces dépenses qui ne vont pas dans le bon sens. On s’interroge sur la priorité de mesures portant sur la forme plutôt que le fond. Utiliser des enseignes lumineuses et des caméras à bord des bus est-elle une priorité face à une demande urgente d’amélioration des fréquences en réservant ces fonds à l’acquisition de nouveaux bus. Le changement de couleur des bus est-il nécessaire dans cette conjoncture ? Pis encore, la construction, dans la majorité des stations de métro, d’abris ou l’installation d’équipements (apparemment, pour un hypothétique système de billetterie automatique) est-il opportun. Il suffit de voir le sort subi par ces ouvrages : ils ont, tous, été vandalisés ou dégrafés. Pourquoi ces abris n’ont-ils pas été construits en dur puisqu’ils sont faits pour durer ? C’est une question qui trouble d’autant que rien n’est fait pour la mise en place, dans l’immédiat, d’un système moderne de paiement.

Au lieu de faire de telles dépenses inutiles, il vaudrait mieux s’intéresser à l’amélioration du parc existant. Tous ces luxes peuvent attendre.
Mais, malheureusement, la Transtu n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Tous ces investissements ne peuvent pas s’expliquer. Car on ne devrait investir, pour le moment, que dans ce qui doit rapporter. C’est-à-dire acheter plus de bus et apporter des réponses aux clients.
Car ce que nous avons vu, vendredi dernier, ressemble beaucoup plus à un calvaire. On ne dispose pas de statistiques immédiates sur les retombées financières de cette journée de grève. Mais pour les usagers pris en otage, la note était très élevée. La manne a profité au secteur privé (taxis individuels, taxis collectifs, clandestins, etc.). Un autre cadeau pour le privé aux dépens du public ! Il y a eu des dépenses supplémentaires énormes qui peuvent s’élever à des centaines de milliers de dinars. De plus, il ne faut pas oublier ces drames pour ceux qui n’avaient pas d’argent pour se payer un voyage en taxi ou qui n’avaient pas prévu un tel scénario. Des excuses ne suffisent pas.

Charger plus d'articles
Charger plus par Amor CHRAIET
Charger plus dans Société

Laisser un commentaire