L’année 2019 a été marquée par les démissions au niveau de plus de 80 conseils municipaux et l’organisation d’élections partielles dans 12 municipalités. «La folie des grandeurs» s’est emparée de certains maires devant l’absence d’une autorité chargée de surveiller leurs actions.


Piètre bilan et consternante prestation que celle des municipalités pour l’année 2019 sur fond de démissions et de dissolutions de certains conseils, nécessitant du coup l’organisation d’élections partielles et des budgets supplémentaires. Pire, les garde-fous dont parlaient les artisans du code des collectivités locales susceptibles d’éviter le piétinement des prérogatives du pouvoir central au niveau de la décentralisation n’ont pu résister à la «folie des grandeurs» de certains maires qui avaient les coudées franches pour se mettre au service d’agendas partisans sous le regard complice du ministère de l’Environnement et des Collectivités locales.

Certains maires n’hésitaient pas à faire des déclarations propres à enflammer les esprits tordus comme celles en rapport avec le refus de marier les Tunisiennes avec des non musulmans, la constitution d’un fonds de la Zakat consacré au financement de certains projets inhérents aux activités de la municipalité, et ce, au moment où l’Assemblée des représentants du peuple a rejeté ce fonds. Paradoxal certes, mais qui mettra fin aux dérives de certains maires qui prennent des initiatives pouvant mettre en péril la sûreté nationale du pays en s’aventurant à aller à la rencontre d’ambassadeurs accrédités en Tunisie sous prétexte de concertations autour de projets au profit des citoyens.

Situations kafkaïennes
Le code des collectivités locales est à revoir non pas dans son intégralité mais au niveau de certains articles pour mettre fin à un processus de décentralisation qui s’avère clivant, ont déjà souligné plusieurs représentants de la société civile et des maires démissionnaires, dont celui de la ville de La Marsa, Slim Mehrzi, qui a refusé de travailler dans des situations kafkaïennes.
A la fin, on s’est retrouvé avec des citoyens déçus en l’absence d’un service public de meilleure qualité. Les déclarations panégyriques émanant de la majorité des présidents et conseillers municipaux n’étaient pas de nature à rassurer le citoyen mais marquaient un retour à un discours en totale dissonance avec la réalité, un discours qu’on croyait révolu.

En l’absence de contrôle et de suivi, certains présidents des conseils municipaux n’hésitent plus à se mettre dans des situations caricaturales. Il arrive même qu’on leur déroule le tapis, l’instant d’une inauguration d’un projet qui ne rapportera rien de bon pour le citoyen. Il suffit de regarder un peu du côté des sites officiels des municipalités pour se rendre compte que certains maires se moquent comme d’une guigne de la démocratie participative dont parlait le code des collectivités locales.

Echec cuisant des conseils
Le faible taux de participation aux élections municipales de 33,7% et le taux élevé de l’insatisfaction des citoyens à l’égard des Conseils municipaux, et qui est de l’ordre de 67% selon une étude présentée à Nabeul par Sigma Conseil en 2019, témoignent de l’échec cuisant de ces conseils pour des raisons inhérentes en grande partie à l’absence d’un haut conseil tourné vers le contrôle des municipalités. Des représentants de la société civile ont déjà fait part de la nécessité d’œuvrer au plus vite à la création de cette structure.

En plus des démissions au niveau de plus de 80 conseils municipaux et l’organisation d’élections partielles dans 12 municipalités, il y a lieu de mentionner que des conseils municipaux au nombre de six n’ont pu tenir de réunion depuis leur création pour la simple raison qu’ils ne disposent pas de local. Un bon nombre de présidents de communes refusent jusqu’à l’heure de se soumettre aux règlements en vigueur qui les obligent à démissionner de leurs fonctions.
La «démissionite» sévit toujours et l’Instance supérieure indépendante pour les élections sera appelée à organiser des élections partielles le 26 janvier 2020 pour le renouvellement de 5 conseils municipaux relevant des gouvernorats de La Manouba (2 conseils), Béja, Sousse et Kairouan.

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