Bulla Reggia, cette ville romaine, pourrait jouer un rôle important dans la création d’un pôle touristique attractif dans le Nord-Ouest tunisien.

Bulla Reggia est un site archéologique situé au Nord-Ouest de la Tunisie à environ 9 km de Jendouba et a été fondé à la fin du Ve siècle avant J.C. Il comprend d’incroyables monuments dont des citernes, des thermes, des demeures à étages souterrains, un théâtre, un marché, une basilique… Néanmoins, ce site est peu connu des Tunisiens et des étrangers.

On a eu l’occasion de visiter ce monument la semaine dernière et on y a enregistré beaucoup de défaillances. D’abord, il est dans un piètre état. Dès l’entrée, les arcades qui s’ouvrent sur la voie principale sont totalement déformées en raison des portes métalliques qui y ont été installées. Les herbes jonchent l’espace, les parterres en mosaïque sont abandonnés et ne sont pas protégés.

Pis encore, l’information est quasi absente, excepté le support qui se trouve à l’entrée et qui porte une carte et une courte définition sur Bulla Reggia. En fait, les supports de renseignements devant chaque monument sont vides, ce qui complique la tâche du visiteur et l’empêche de s’informer.

Pendant notre visite, on n’a trouvé qu’une seule guide touristique. Elle était occupée par un autre groupe de visiteurs et quand on a essayé de nous intégrer dans ce groupe, elle a catégoriquement refusé en disant : «Je ne peux pas vous accepter avec ce groupe qui m’a réservée depuis hier par téléphone. Vous devez valider votre paiement pour confirmer votre réservation à l’avance!». Face à cette situation, on a pris notre courage à deux mains et à l’aide d’un smartphone, on a essayé de déchiffrer tout seuls ce lieu «abstrait».

Les supports de renseignements sont vides

Devant ces conditions défavorables, des questions doivent être posées afin de trouver des réponses et pourquoi pas des solutions :
– Quel est le rôle de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle ? Pourquoi cette politique de réticence envers ce monument historique qui couvre 174 ha dont près de 70 km seulement ont été explorés ?

– Pourquoi ne pas protéger les espaces fragiles, comme les parterres en mosaïque, par la mise en place de barrières en corde afin d’empêcher le franchissement, en indiquant de manière discrète au visiteur qu’il ne doit pas s’approcher les œuvres sans gâcher la visibilité?

– Pourquoi ne pas exploiter les revenus des droits d’entrée afin de multiplier le nombre de gardiens et de guides touristiques qualifiés et même d’installer des audio-guides qui offrent une visite commentée autonome ?

– Pourquoi ne pas penser à planter des arbres où les visiteurs peuvent s’abriter du soleil et installer des stands à l’entrée de ce monument pour vendre des cartes postales, des œuvres d’art, des livres historiques qui retracent les caractéristiques de la région de Jendouba et montrent ses trésors naturels et archéologiques ?

– Pourquoi ne pas programmer un pôle touristique où la pierre angulaire serait aux alentours de ce monument historique et qui aurait un rayonnement régional qui s’étend jusqu’à Ain Draham et Tabarka au nord, Gardimaou au sud-ouest et Bousalem à l’est.
Ainsi, le gouvernorat de Jendouba ne serait plus isolé et deviendrait une région attrayante, capable de créer des milliers d’emplois. Si le ministre du Tourisme a réussi à polariser plus de 9 millions de touristes en 2019, avec ce projet, on serait capable d’accueillir le double, voire le triple de ce chiffre.

– L’Association de développement et de réforme sociale de Jendouba (Adrsj) doit, elle aussi, redoubler d’effort pour développer, promouvoir ce site et restaurer les monuments délabrés et qui menacent ruine.
Une stratégie de gestion doit avoir lieu qui prend en considération la maintenance, le choix de guides qualifiés, l’information numérique, l’exploitation des réseaux sociaux pour attirer le grand public, surtout que le théâtre Bulla Reggia polarise un festival international qui porte son nom.
Pour conclure, toutes les conditions sont favorables pour réussir et réaliser le rêve tant attendu dans le Nord-Ouest, et à partir de ce site, cette région pourrait être désenclavée et devenir attrayante à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

 

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