L’idéal serait d’explorer de nouveaux marchés notamment en Afrique subsaharienne et même dans le monde arabe où les consommateurs apprécient particulièrement les produits en provenance de Tunisie. L’essentiel est de ne pas se limiter à un seul marché ou destination pour exporter.

L’année dernière, les industriels dans le secteur des boissons et des jus se sont indignés contre l’entrée en Tunisie de produits provenant d’Algérie sans payer de droit de douane, ce qui n’est pas le cas pour les produits tunisiens exportés vers ce pays voisin. L’affaire a été portée au plus haut niveau en vue de résoudre un problème qui, selon les professionnels, a eu un impact négatif important sur le chiffre d’affaires des industriels tunisiens. Ils ont appelé, par conséquent, d’imposer un droit de douane à ces jus importés d’Algérie pour les aligner, ne serait-ce qu’au niveau des prix, aux produits tunisiens. Il faut dire dans ce contexte, que les rapports entre la Tunisie et l’Algérie dans le domaine commercial datent de longue date et sont toujours considérés comme privilégiés. D’ailleurs, pour renforcer ces relations, on compte créer des zones franches près des frontières algériennes afin de permettre aux exportateurs des deux pays de travailler dans des conditions optimales.
En attendant, les deux pays ont conclu une convention commerciale permettant aux exportateurs de vendre leurs produits sans imposer des impôts. Une relation de confiance caractérise les relations entre les deux pays et l’objectif commun affiché est de stimuler les échanges commerciaux et d’améliorer le chiffre d’affaires des exportateurs des deux côtés. Cependant, ce malentendu commercial qui a eu lieu l’année dernière a bouleversé les données et certains industriels sont devenus plus vigilants face aux produits algériens dont la qualité est haut de gamme avec une conformité aux standards internationaux dans ce domaine. C’est aussi le cas, d’ailleurs, pour les jus tunisiens qui ont atteint un niveau appréciable en termes de qualité et d’emballage.

Explorer de nouveaux marchés
C’est dire que la concurrence est rude aussi bien sur le marché intérieur que sur le marché extérieur où les étals pullulent de jus vendus sous différentes marques des plus célèbres aux moins connues. Chaque industriel essaye d’agir sur le rapport qualité-prix pour attirer les clients potentiels qui optent souvent pour les produits abordables sans négliger la qualité. Une tournée dans les grandes surfaces de Tunis nous permet de constater la diversité des produits et des marques : nectar à la poire, jus de fraise ou de citron, sirop parfumé et autres. Le consommateur a l’embarras de choix et peut acheter le jus qui lui convient, compte tenu de son pouvoir d’achat et de son désir.
Avec l’arrivée du mois de Ramadan, ces produits trouvent leur compte puisque les consommateurs se ruent vers les étals pour acheter ce dont ils ont besoin. Les experts en alimentation recommandent toujours d’opter pour les jus frais avec le moins d’améliorants et ajouts artificiels, et ce, pour préserver la santé. Il serait indiqué de boire un jus d’orange ou de carotte après sa préparation de quelques minutes. Mais pour diverses raisons, dont celle qui a trait au temps, plusieurs consommateurs préfèrent, plutôt, les boissons et jus vendus dans les magasins.
L’idéal serait, bien sûr, d’explorer de nouveaux marchés, notamment en Afrique subsaharienne et même dans le monde arabe où les consommateurs apprécient particulièrement les produits en provenance de Tunisie. L’essentiel est de ne pas se limiter à un seul marché ou destination pour exporter.

L’innovation à l’ordre du jour
Les ingénieurs dans le secteur alimentaire font preuve d’innovation et de créativité en vue de présenter aux consommateurs un produit différent, onctueux et surtout naturel. Cependant, on constate que les jus vendus dans les grandes surfaces sous différentes marques se valent et se ressemblent. Les bouteilles contenant le produit sont certes différentes mais le goût est presque le même. Certains industriels ont investi dans le bio et le naturel pour ajouter un plus par rapport à leurs concurrents. Plusieurs fabricants ont concentré leurs efforts sur le marché local malgré son exiguïté. D’autres ont investi les pays voisins comme l’Algérie et la Libye et rares sont ceux qui sont allés plus loin pour cibler des pays européens ou africains et c’est bien dommage.
L’étape africaine sera, peut-être, atteinte au cours des prochaines années d’autant plus qu’il existe une volonté politique de toucher ce marché prometteur en présentant toutes les facilités aux exportateurs. Pour la prochaine période, de nouvelles unités de transformation pourraient être lancées dans les zones productrices de fruits notamment au Cap Bon, au Nord-Ouest, au Centre-Est et même au Sud. C’est que dans ces zones, on compte de nombreux arbres fruitiers comme les orangers et les citronniers dont les fruits pourraient être transformés en jus ou en nectar. De tels projets feront travailler des centaines de personnes diplômés dans des spécialités en rapport avec l’alimentation.
Pour ne pas reproduire l’incident qui a eu lieu avec le voisin algérien, il est nécessaire de conclure des conventions d’échange commerciaux en bonne et due forme en veillant à ce que toutes les clauses soient claires et transparentes. Ces conventions devraient être bien exploitées pour que les importations soient égales aux exportations et ne pas tomber dans l’erreur commise avec la Turquie qui a inondé le marché tunisien de divers produits alors que nos exportateurs n’ont réussi à exporter que des quantités limitées de marchandises.

Des perspectives obscures
Les industriels des boissons gazeuses et des jus veulent savoir si les pouvoirs publics veulent encourager ce secteur et le rendre performant dans les années à venir. Si c’est le cas, il est nécessaire de prendre les mesures qui s’imposent en évitant, en premier lieu, d’importer massivement des jus provenant de plusieurs pays étrangers et se contenter du produit tunisien qui n’a rien à envier aux autres. D’où la nécessité de fournir aux industriels un environnement stimulant et compétitif. Il est recommandé, de même, de traiter tous les produits provenant des pays étrangers avec les mêmes mesures et ne pas privilégier les produits étrangers au détriment des produits locaux.
Un effort devrait être consenti également à la compression du coût de production pour pouvoir afficher un prix réduit. Il s’agit notamment de maîtriser le prix de l’énergie en optant pour les énergies renouvelables, la diminution du gaspillage des matières premières et la lutte à la source des déchets. A noter qu’une grande partie des boissons ou jus est vendue dans des bouteilles en plastique non récupérables par le vendeur qui est obligé de payer une redevance afin de collecter les bouteilles vides en vue de les réutiliser. Autant de mesures à prendre pour réduire le coût de production qui a connu une évolution au cours des dernières années. Les industriels achètent le produit à transformer de l’agriculteur à prix approximatif en prévoyant une marge bénéficiaire pour les deux parties.
Cette marge augmente en fonction de la production proposée par l’agriculteur qui passe, lui aussi, par de nombreuses difficultés en rapport avec l’eau, la main-d’œuvre (manquante) et la sécurité. Pour que ce secteur puisse réaliser des performances, des contrats programmes devraient être établis entre l’agriculteur et l’industriel pour se mettre d’accord sur les quantités à produire et à transformer.

Repères
  • Les boissons fabriquées en Tunisie le sont, en général, à partir de fruits frais mais certaines unités utilisent les arômes pour proposer aux consommateurs un produit qui n’a pas beaucoup d’effets bénéfiques sur la santé.
  • De nouvelles unités de fabrication de jus sont prévues près des zones cultivant les arbres fruitiers notamment dans le Cap Bon et le nord-ouest, et ce, pour répondre à une demande de plus en plus grande.
  • Les unités industrielles spécialisées dans les boissons et le jus font travailler de nombreuses compétences ainsi que des ouvriers dont la plupart est formée sur le tas dans la mesure où il n’existe pas encore d’écoles spécialisées exclusivement dans l’industrie des boissons.
  • Les unités touristiques comme les hôtels, centres d’hébergement et restaurants touristiques sont parmi les grands consommateurs de jus et de boissons. Des contrats sont conclus avec les producteurs pour acheter de grandes quantités de ces produits.
  • La qualité des jus tunisiens (notamment le nectar) répond aux normes européennes, ce qui permet de les vendre à large échelle dans diverses destinations européennes et autres.
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