Un nouveau projet en matière de sécurité routière sera prochainement lancé dans les périmètres de deux écoles situés dans des quartiers sensibles et à fort risque d’accidents routiers. Le grand lifting pour sécuriser les zones scolaires tant attendu pointe le bout du nez.

Baliser le chemin des enfants vers l’école ou de retour à la maison ne doit plus être une option mais une exigence. Il n’est pas admissible que les écoliers risquent leur vie et moult tracas quotidiennement à cause de routes difficilement accessibles, de trottoirs occupés dans un décor parfois indescriptible, chaotique et anarchique. L’environnement scolaire de référence en matière de sécurité routière à Tunis se rapproche de l’école d’El Menzah 9 (Ariana) qui n’ a jamais connu de  drame de mémoire d’homme de l’aveu des ONG qui militent pour des routes plus sûres. Ce sont bien les associations des parents d’élèves qui agissent pour mettre des barrières là où il faut, améliorer l’éclairage public qui fait la différence.

Pour autant, en matière de sécurité routière, la Tunisie ne désarme pas, bien au contraire. Depuis 2013, chaque année apporte son lot de concrétisations, d’actions et de mobilisation tous azimuts. Dans ce contexte, une réunion entre les membres du gouvernorat de Tunis et la société civile représentée par une organisation non gouvernementale très active, primée à l’échelle internationale en matière de sécurité routière, s’est déroulée dans la matinée du vendredi 10 janvier 2020 dans la salle des conférences sous la direction de M. Chedly Bouallègue, gouverneur de Tunis.

L’ordre du jour de la réunion du comité de direction est la présentation des différentes étapes de l’avancement du projet avec une introduction majeure de Mme Afef Ben Ghenia, présidente de l’Association des ambassadeurs de la sécurité routière qui a présenté les contours du projet et les objectifs à atteindre.

L’ASR sur tous les fronts

Mrs Ben Ghenia et Snoussi ont apporté une pierre à l’édifice du projet qui comprend de nombreux acteurs de la société civile, des ministères, du gouvernorat de Tunis, principale région concernée par ce projet axé sur le Grand-Tunis, grande zone à risque et danger routiers.

Avant la présentation de l’analyse élaborée par Mme Fatma Snoussi qui a présenté les différentes conclusions suite aux témoignages de citoyens tunisiens qui partagent un sentiment négatif sur le niveau de sécurité des chaussées et trottoirs, Mme Ben Ghenia a résumé les enjeux de ce projet en vue d’assurer un saut qualitatif dans ce domaine.

Elle reste mesurée mais en même temps déterminée à ce que de nouveaux acquis en la matière soient obtenus à l’échelle internationale et disposer de fonds financiers plus importants.

Actuellement, la Tunisie fait partie d’un contingent de six pays éligibles à un programme international de sécurité routière avec l’appui de bailleurs de fonds pour la concrétisation des projets aux côtés de l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Inde, le Viet Nam et la Roumanie.

Un appel ouvert aux ONG de ces pays pour présenter des projets novateurs destinés à la sécurité des enfants sur le chemin vers l’école et sur la route à condition de rendre une évaluation pertinente et stratégique pour savoir si le projet a réellement et concrètement abouti. Elle développe : « Il faut agir en consortium avec l’Etat et impliquer de nombreux ministères dans ce qui constitue une première à l’échelle nationale. «Depuis le 1er juin 2018, à l’issue d’une sélection très difficile, la candidature de la Tunisie a été retenue avec l’obtention d’un fonds mis à disposition pour une meilleure sécurité routière. On a eu beaucoup de chance d’être retenu parmi les 65 pays candidats au programme international».

La vision floue des décideurs est en train de prendre une nouvelle tournure grâce à une meilleure appréciation des causes et du nombre des accidents de la route notamment pour l’année 2017. De l’aveu de Ben Ghenia, il y a une volonté politique afin de faire bouger les choses dans un sens favorable.

Il y a des analyses et des statistiques qui ont permis de retenir dix zones à risques pour les enfants dans les quartiers défavorisés de la capitale à Jebel Jeloud, Hrairiya, Cité Ettahrir, Ezzouhour. L’excès de vitesse jusqu’à 70km à l’heure devant les écoles témoins comme celle de Hrairiya ont consterné les superviseurs du projet qui ont pu constater les infractions au moyen de radars. Enfin, elle insiste sur l’importance du comité de pilotage institué grâce à l’appui du gouverneur de Tunis sans lequel il ne pourrait y avoir de nouvelles avancées en matière de sécurité routière.

Dr Fatma Snoussi a fait une étude qualitative sur la perception des risques routiers aux alentours de l’école. Elle apporte ses conclusions suite aux focus groupes qu’elle a menées avec les parents d’élèves. Elle constate de prime abord une perception négative vis-à-vis de la sécurité routière en milieu scolaire. « Il n’y a point lieu de parler de  sécurité puisque les plaintes des parents fusent. Ils affirment devoir tenir leurs enfants jusqu’à les déposer devant l’école. Ils réclament des aménagements, des ralentisseurs de vitesse, une meilleure signalisation qui indique qu’il y a une école».

En l’occurrence, les deux projets concernent l’école tayarane( El Hrairia), et l’école 18 Janvier à Cité Ezzouhour dans le Grand-Tunis.

En outre, quatre thèmes ont été soumis aux dix participants issus des focus groupes au moyen d’enregistrements audio : la perception du risque routier, les causes des accidents, les différentes difficultés de la vie quotidienne et les solutions préconisées. Des témoignages sur les comportements antisociaux des conducteurs de voiture envers les enfants, les ruelles inondées par la friperie et l’étalage anarchique complètent le triste décor qui assombrit le chemin de l’école pour chaque élève tunisien.

Rapport de sécurité routière

Le rapport sur l’analyse des accidents de la circulation présente un diagnostic pour les enfants de la tranche d’âge 0-18 ans. Basée sur les statistiques de la municipalité de Tunis, l’analyse des accidents de la circulation collectés retrace les accidents survenus durant l’année 2017. L’achèvement de la carte des zones à haut risque et le rapport ont été approuvés  Le projet final a été envoyé aux autorités concernées pour information et avis. Ce rapport a également été envoyé au Global Traffic Safety Partnership (GRSP) et il a été traduit en anglais. Une étude de terrain pour observer la vitesse des véhicules qui constitue des menaces pour les enfants a été conduite. Les zones à haut risque ont été identifiées. 10 points ont été sélectionnés dans la commune de Tunis. En corollaire, une étude sociale rapide a été réalisée sur les comportements à risque  Les motifs permettent d’apprécier le champ de vitesse des véhicules dangereux. L’étude de surveillance et de contrôle de vitesse des véhicules a été réalisée sur une période de 3 jours en 10 points différents en coordination avec la police et les gardes forestiers en novembre 2013. Étudier le comportement des chauffeurs de la route qui menacent les enfants à proximité des établissements d’enseignement et formuler des scénarios futurs pour poursuivre le projet sont deux points essentiels pour mener à bien la mission collective.  L’objectif fixé en décembre 2019 est de tenir la séance de clôture et de préparer la prochaine étape. Vaste programme.

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