Aussi bien l’enseignement primaire et secondaire que l’enseignement supérieur souffrent de grandes difficultés qui les empêchent d’évoluer et de rénover. Dans les deux secteurs, les «Réformes» peinent à démarrer tant les oppositions sont farouches. Depuis des années, un projet de réforme est prêt. Il concerne le ministère de l’Education et le ministère de l’Enseignement supérieur. Mais, pour l’heure, il est reporté sine die.


Notre système éducatif, d’enseignement et de formation passe par une phase décisive. Tout le monde en convient, notamment, durant cette décennie. Le diagnostic qu’on pourrait dresser ne pourrait être que sévère. Car le net recul au niveau du rendement, de la qualité et de l’efficacité n’est plus à démontrer.
Si l’on s’intéresse, particulièrement, à l’enseignement allant du primaire au secondaire on s’aperçoit, aisément, de sa chute, selon de nombreux indicateurs. De plus, on enregistre des contre-performances aussi bien au niveau de la gestion du ministère de l’Education qu’au plan de l’application des mesures et des programmes capables de remettre sur la voie ce secteur hautement stratégique. Bien sûr, il serait facile de jeter le discrédit sur tel ou tel responsable ou politique donnés. L’ «échec» est partagé. En effet, la conjoncture que vit notre pays, depuis 2011, n’a guère facilité les choses devant les responsables qui ont été nommés à la tête de ce département. D’ailleurs, certains d’entre eux ont, véritablement, été un frein devant l’amélioration des conditions de travail et des résultats de notre école.

Le potentiel dont nous disposons est on ne peut plus imposant. Il suffit de noter que nous avons plus de 2,5 millions d’écoliers, de collégiens et de lycéens dans les 6.000 établissements (publics ou privés). Le Ministère de l’Education compte, aussi, près de 400.000 agents dont plus de 150.000 enseignants. C’est ce qui rend la tâche de gestion très difficile quand, de plus, on lui ajoute les insurmontables problèmes de recrutement des «enseignants» suppléants. Notons, à cet égard, que plus de 90% du budget de l’éducation est consacré aux salaires.
L’impossibilité de mettre en œuvre la fameuse réforme qui a été élaborée par des commissions trilatérales ayant regroupé l’Ugtt, et l’Institut arabe des droits de l’homme demeure un handicap certain devant la modernisation de l’Ecole tunisienne et la rénovation des méthodes de travail.

On se demande, jusqu’à aujourd’hui, pourquoi de grands efforts ont été consentis depuis 2015 pour mobiliser des experts et des spécialistes et engager un profond débat autour d’un éventuel «aggiornamento» du système éducatif. Pourquoi ce branle-bas de combat qui n’a abouti à rien malgré les ressources matérielles pour organiser des réunions et des rencontres à travers les régions? Constater que cette débauche d’énergie et de potentialités est restée sans conséquences ne peut que décevoir les attentes et les espoirs de ceux qui veulent que l’on avance et qu’on entre dans le XXIe siècle.
La seule conséquence que nous pouvons voir, actuellement, c’est cet attentisme et cette hésitation politique qui remettent tout pour plus tard ou qui reportent tout à une date indéterminée. On se contente, pour l’heure, de demi-mesures. La dimension stratégique n’est pas du tout claire.

A cela, on peut ajouter d’autres facteurs qui sont venus se greffer sur ces obstacles et qui ont aggravé la bonne marche de l’institution éducative. Celle-ci n’avance plus que par à-coups affaiblie qu’elle est par d’insupportables ingérences venues de toutes parts.
De ce fait, on a remarqué que n’importe qui peut se permettre d’interférer dans les affaires du ministère tout en cherchant à imposer ses visions et ses programmes. En même temps, ces gens s’opposent, systématiquement, à toute possibilité de mettre en œuvre une politique officielle. Tout est devenu motif à mobilisation contre les nombreuses tentatives d’introduire des modifications ou des réaménagements des programmes ou des méthodes pédagogiques. Du coup, on a assisté tout au long de ces cinq dernières années, au moins, à des mouvements de contestation syndicale sans fin. Aussi, n’est-il pas étonnant d’enregistrer ces nombreuses grèves, sit-in, boycotts administratifs, etc. qui ont causé de graves préjudices au système dans son ensemble et aux élèves en particulier. En outre, l’épineux problème de l’intégration de milliers de suppléants pèse très lourd sur le fonctionnement du secteur dans son ensemble et sur le niveau de nos enfants. Ces «enseignants» sont devenus la pierre d’achoppement contre laquelle butent tous les efforts du ministère en vue de sortir de l’ornière. La qualité de l’enseignement de cette catégorie de personnels est remise en cause par de nombreux pédagogues. Les parents, eux-mêmes, n’adhèrent pas au recrutement massif de ces suppléants car il ne s’agit que de mesures palliatives qui n’apportent pas  ce «plus» dont les apprenants ont besoin. Et, justement, sur ce volet, tout le monde est d’accord sur l’aspect formation et recyclage du personnel.

Enseignement supérieur      
Quant à l’enseignement supérieur, la situation n’en est pas, pour autant, reluisante. Là, aussi, la réforme patine. Malgré la tenue des Assises nationales de mise en œuvre de la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, le processus reste grippé. Alors que les objectifs fixés étaient de permettre une formation de qualité à forte employabilité, le phénomène du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur reste, encore, un point noir dans le système d’enseignement supérieur. Notre université est devenue une usine à fabriquer des diplômés chômeurs, disent certains. Par ailleurs, des milliers d’autres diplômés ont choisi de chercher un emploi à l’étranger. C’est ce qui constitue un grave revers pour notre pays. Il ne suffit pas que l’Etat dépense des millions et des millions de dinars pour la formation de ces jeunes, il faut, de plus, qu’ils choisissent d’offrir leurs compétences «gratuitement» à des pays étrangers.

Ce qu’on appelle la «fuite des cerveaux» est conjuguée à un autre phénomène plus grave, à savoir l’inadéquation de la formation à l’emploi. Les milliers de diplômés (environ 60.000/an) qui sortent de nos universités ne sont pas habilités à occuper un emploi vu le profil professionnel qu’ils présentent. Le tissu industriel ne se prête pas aux «compétences» acquises par ces diplômés. C’est ce qui a poussé le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à lancer les Centres de carrière et de certification des compétences (4C). Dans ces Centres, on se propose de prendre en charge les étudiants afin de les préparer à leur future vie professionnelle en les mettant en contact direct avec leur environnement économique et industriel.
Toutefois, le secteur de l’Enseignement supérieur reste tributaire d’une véritable opération de modernisation. Là, aussi, le volet formation des enseignants représente une priorité. Notre université a besoin de formateurs de haut niveau qui soient à la page pour que nos institutions occupent les meilleures places dans les classements internationaux. C’est pourquoi on aimerait que les syndicats s’investissent davantage dans les efforts visant à rénover les méthodes de travail et à mettre en place les moyens capables de faire avancer nos universités.

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