La Cour des comptes, devenue tribunal des comptes, ne cesse d’épingler et de condamner sans que cela ne semble redresser vraiment les pratiques des Tunisiens. Pourtant, nous n’en sommes pas aux premières élections depuis la révolution, et les procédures et formalités auxquelles s’engagent les listes de candidats sont désormais bien connues et maîtrisées. A moins que le laxisme montré à l’adresse des contrevenants n’ait eu pour conséquence que d’encourager à reporter sans cesse le règlement des dus et à traîner des pieds pour tenter de se faire oublier. Alors que  seules la rigueur et l’exactitude peuvent générer les pratiques saines et instaurer la tradition.
Or, c’est sur l’assimilation des pratiques démocratiques et sur le respect religieux des exigences procédurales les plus strictes que la démocratie pourra devenir une seconde nature et se pérenniser en se reproduisant à l’infini.
Mais, s’agissant des dernières municipales, vraiment démocratiques et pluralistes, il faut reconnaître que deux éléments majeurs ont beaucoup joué, c’est, d’une part, le nombre impressionnant de listes candidates et l’entrée conséquente de politiciens en herbe, et, d’autre part, la part exceptionnelle des candidatures indépendantes qui, forcément, sont moins bien soutenues financièrement que celles des partis ayant pignon sur rue et, mieux, celles des grands partis qui font la pluie et le beau temps et qui, associés au pouvoir et aux institutions républicaines, bénéficient d’un rayonnement qui leur permet de s’en sortir avec le meilleur savoir-faire et de meilleurs moyens.
138 listes candidates aux élections municipales n’ont donc pas procédé au dépôt des comptes financiers à la Cour des comptes. Et cette dernière a dû prononcer 106 arrêts provisoires.  C’est ce qui ressort du rapport général sur le financement de la campagne électorale des municipalités publié hier.
Le tribunal des comptes a relevé également des dépassements en matière de transparence dans les transactions financières de diverses natures et la régularité des formalités des  recettes  et des dépenses de la part des partis politiques et des coalitions.
La démocratie que nous ne faisons qu’accueillir est un vaste apprentissage destiné à asseoir la souveraineté républicaine qui accorde le pouvoir au peuple. Elle exige de ce fait une laborieuse mise en train où chaque élément est vital.
Si l’on risque, en instaurant la démocratie, de voir le loup s’installer dans la bergerie, on n’accordera jamais la souveraineté au peuple, mais aux forces de l’argent sale, de la magouille et des voies détournées. D’où l’importance essentielle d’un rôle soutenu et rigoureux de la part du tribunal des comptes.

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Un commentaire

  1. Farid Khiari

    26/04/2019 à 10:37

    Votre commentaire, bien venu sur ce sujet, reste toutefois un wishful thinking, comme disent les anglo-saxons, un voeu pieux. L’impunité a été assurée à ceux et celles qui ont détourné massivement l’argent public, ce qui explique grandement la situation de détresse matérielle dans laquelle vivent désormais des millions de nos compatriotes, sans parler d’une incompétence notoire des dirigeants qui se sont succédé jusqu’à maintenant au pouvoir. La cour des comptes peut écrire ce qu’elle veut, elle n’a aucun pouvoir décisionnaire, et de fait elle produit de la littérature; il en va de même de toutes les instances dites démocratique, comme notamment le tribunal administratif et j’en oublie. Je crois que vous ne savez toujours pas, sans vous offenser, la nature de la structure de pouvoir qui tient en mains notre pays.
    Farid Khiari, Me de conférences à l’Université de Sousse

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