Après neuf ans d’aboutissements juridiques et constitutionnels pour accompagner et consacrer la transition démocratique tunisienne, le saut qualitatif de l’économie tunisienne se fait toujours attendre


14 janvier 2011-14 janvier 2020. Neuf ans après une grande révolte populaire qui a changé l’histoire de la nation tunisienne sont passés. Le 14 janvier 2011, le président déchu et désormais défunt Zine El Abidine Ben Ali quitta le pays pour ne plus y revenir en guise d’aveu d’impuissance. Depuis ce jour-là, les Tunisiens devaient composer avec leurs forces et leur solidarité pour construire une nation plus juste. Ce qui est loin d’être un constat aujourd’hui. Si l’esprit d’entraide et de solidarité a toujours prévalu chez les citoyens, il n’en est rien au niveau du progrès économique et de la prospérité. De nombreux organes de l’économie tunisienne sont en panne ou carburent mal comme celui du transport.

Le système de santé est dépassé, celui de l’éducation attend des réformes également tandis que l’agriculture passe par toutes les crises. En attendant du côté du Parlement où tout se décide et s’oriente, c’est le grand malaise quotidien qui traduit une impuissance à assouvir les aspirations du peuple qui demande une meilleure qualité de vie à cause de la cherté et de la dégradation du pouvoir d’achat et de plus grandes libertés. Car la démocratie c’est avant tout «le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple» depuis Platon et Aristote, savants et philosophes de la Grèce antique.

Une révolution détournée de ses objectifs
De nombreuses voix et cris de colère des citoyens traduisent un véritable ras-le-bol d’une classe politique atone, sans relief et sans vision stratégique et claire. D’ailleurs la lenteur puis la désapprobation de la formation gouvernementale sont tournées en dérision par les Tunisiens. C’est que la révolution du jasmin née d’une révolte populaire depuis le 17 décembre 2010 connaît de nombreux échecs, notamment sur le plan social. Une révolution pour la dignité qui n’a apporté qu’un combat pour les droits humains et une avancée dans la législation sans changer le niveau de vie des Tunisiens qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

A croire que cette révolution n’a pas servi le peuple mais uniquement des politiciens ou des hommes d’affaires. Parce que les citoyens qui ont des professions libérales s’exilent en masse vers d’autres cieux. Avocats, médecins, ingénieurs, informaticiens, journalistes parmi les meilleurs en Tunisie ou qui respirent la jeunesse et la santé sont allés monnayer leur talent en devises étrangères pour ne pas subir le contrecoup de la crise politique, économique et sociale que vit le pays.  Les Tunisiens sont lassés par tant d’errements de la classe politique qui veut «diviser pour mieux régner». Des scènes de tiraillements au Parlement qui résonnent comme des scandales qui n’apportent que des désagréments sans faire avancer le débat. Les clashs magistraux entre Hatem Ben Salem et Samia Abbou ou celui plus récent entre Abir Moussi et Ghannouchi ou encore Jamila Ksissi ont suscité une sorte de honte populaire puisque ce sont bien des élus et des représentants du peuple dont il s’agit.

Le grand réveil de la Tunisie passe inéluctablement par un meilleur paysage politique, une plus grande stabilité dans la direction de ses structures et ses institutions. A défaut, le pays végétera dans un marasme économique qui ne lui permettra pas d’accéder à la prospérité et au progrès dont aspire tout un peuple qui a l’impression de marcher à reculons. La satisfaction du peuple est une condition sine qua non pour que le pays avance dans le bon sens et ne connaisse pas la perte de valeurs, la délinquance sociale et moult événements disgracieux qui  plongeront le pays dans de profonds abîmes.

Il y va de l’avenir de tout un peuple qui ne désespère pas de vivre l’essor et la prospérité. La foi inébranlable en un meilleur avenir est le gage de la force et de la solidarité des Tunisiens à toute épreuve. Ils veulent construire le socle et l’édifice de la nation de leurs propres mains pour peu qu’on les laisse agir librement et que l’on croie en leur potentiel. D’ailleurs si la jeunesse tunisienne a un grand rôle à jouer pour construire la République tunisienne de demain, les seniors se doivent de les accompagner et rester concernés par l’avenir de la nation tunisienne sans aucun renoncement. Ce qui reste à prouver vu le désastre que vit une jeunesse désespérée et désemparée.

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