Les projets entrant dans le cadre du partenariat public-privé ont un impact positif sur l’employabilité, la recherche-développement et la commercialisation des produits. C’est une chance pour la Tunisie d’entrer de plain-pied dans ce processus pour stimuler l’économie avec de réelles chances de succès.


Le partenariat public-privé est un nouveau mode économique qui permet aux deux secteurs, public et privé, de s’unir pour contribuer à la croissance du pays. Inauguré en Europe depuis plus d’une décennie, ce type de partenariat a fait ses preuves et a donné des résultats satisfaisants. Encore faut-il bien gérer ce partenariat à la faveur d’une bonne gouvernance qui implique les responsables des deux secteurs. Des projets pourraient faire l’objet d’un partenariat entre les deux secteurs à savoir la prospection des mines, la digitalisation de certains services publics, le transport, la prise en charge des personnes âgées, les travaux d’assainissement et d’épuration, l’éclairage public, la réfection des routes, l’enlèvement des déchets et autres. Presque tous les secteurs à la charge du secteur public peuvent être légués partiellement aux privés. Mis en exécution par plusieurs pays européens, depuis des années déjà, le partenariat public-privé a donné des résultats probants et a permis de faire travailler de nombreux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur.

A la faveur des projets public-privé, il est possible, en effet, de contribuer à réduire le taux de chômage et de diminuer le risque d’échec des entreprises créées. L’Etat est ainsi disposé à fournir le terrain sur lequel sera installé le projet sous forme de concession de 30 à 40 ans — voire plus si les deux parties s’entendent sur la durée du projet — alors que l’entreprise privée sera chargée de lancer le projet de préférence à haute valeur ajoutée et innovant pour garantir sa rentabilité et sa pérennité. En fait, le projet en question doit être compétitif sur le plan international et orienté vers l’exportation et/ou le marché local. Un comité de pilotage constitué des membres de l’administration publique et privée est mis en place pour gérer les activités de l’entreprise créée dont le capital pourrait être partagé entre les deux parties à parts égales.

Des projets en attente
Malheureusement, les projets identifiés en Tunisie et qui sont de grande envergure n’ont pas été tous concrétisées pour diverses raisons. Lors du Forum international sur l’investissement qui a eu lieu dans notre pays, plusieurs bailleurs de fonds étrangers – européens et arabes – se sont engagés à fournir les financements nécessaires qui se chiffrent à des millions de dollars. Mais certains d’entre eux n’ont pas tenu leur promesse et n’ont pas fourni les fonds promis, ce qui n’a pas permis de concrétiser ces projets qui auraient pu créer plusieurs postes d’emploi pour les jeunes. En outre, le problème foncier se pose avec acuité en Tunisie et de nombreux projets n’ont pas pu être réalisés à cause justement des litiges fonciers. Certains propriétaires de terrain ont accepté, au début, de vendre le bien foncier à l’Etat sous forme d’expropriation. Par la suite, ils se sont désistés estimant que la somme proposée ne correspond pas vraiment à la valeur du terrain. D’où le recours à la justice pour trancher sur ce point et le processus prend ainsi beaucoup de temps sans parvenir à réaliser le projet.

Le financement constitue, par ailleurs, un souci pour plusieurs entreprises privées surendettées et qui veulent bien entrer en partenariat avec l’Etat. Elles n’ont pas pu convaincre les banques de la place d’octroyer des crédits pour la réalisation des projets, pourtant elles sont garanties par l’Etat qui participe en tant que partenaire à part entière dans la réalisation du projet qui est géré par le participant privé. Avec la défection des bailleurs de fonds étrangers, la situation est devenue encore plus grave. Les pouvoirs publics ne sont pas en mesure de financer les projets privés. Leur rôle consiste à fournir les terrains, à promulguer et à veiller à l’application de la réglementation et de la loi en vigueur, à fournir l’infrastructure de base et les équipements collectifs ainsi que les commodités d’usage. Quant à la production et la promotion des produits à large échelle et à l’international, elles sont du ressort du secteur privé. Cette démarche est appliquée notamment pour les projets relevant des secteurs concurrentiels qui sont ouverts aux entreprises privées.

Des orientations stratégiques
Quant aux secteurs stratégiques, ils demeurent de la responsabilité de l’Etat à l’instar de l’eau potable et de l’électricité même si certains travaux peuvent être confiés au secteur privé. D’ailleurs, l’expérience de l’essaimage a donné l’opportunité aux anciens travailleurs des entreprises publiques de continuer à collaborer avec celles-ci en produisant certains composants. Mais le partenariat public-privé est beaucoup plus important que l’essaimage et la sous-traitance qui a fait son temps. Le nouveau mode de l’économie implique à part égale les deux secteurs dans des projets viables sans que l’Etat ne participe réellement à la production des biens.

Avec l’économie solidaire, le partenariat public-privé constitue le fondement du nouveau modèle économique tant attendu par les jeunes diplômés car il devrait ouvrir de nouveaux horizons pour l’emploi. Les deux parties se réunissent avant le lancement du projet pour départager les tâches et les responsabilités. Tout ce qui est concurrentiel est confié au secteur privé qui sait mieux que toute autre partie gérer la production, la commercialisation et la recherche-développement. Pour ce qui est des terrains, de la réglementation, la mise en place de l’infrastructure et de l’amélioration du climat des affaires, c’est l’Etat qui agit en tant que gestionnaire. A noter que le partenariat public-privé ne doit pas impliquer nécessairement des hommes d’affaires tunisiens. Des investisseurs étrangers qui disposent des capitaux nécessaires peuvent participer, eux aussi, à ces projets qui ont des impacts positifs sur la croissance.

L’essentiel est de respecter les orientations stratégiques de la Tunisie et de lancer des projets dans les secteurs prioritaires définis par les autorités tunisiennes. Ainsi, plusieurs régions tunisiennes pourraient connaître une véritable mutation industrielle et une métamorphose économique à la faveur des projets de partenariat public-privé. Des unités de production sous forme de sociétés anonymes auront la possibilité d’investir les marchés africains, européens, asiatiques et américains grâce à des produits innovants fabriqués en Tunisie dans le cadre de cette démarche qui a fait ses preuves. La volonté politique de concrétiser cette orientation stratégique existe et il ne reste que la concrétisation sur le terrain. L’un des points forts de ce partenariat est qu’il fait travailler un nombre important de main-d’œuvre de tous les niveaux.

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