Le mot d’ordre était donné, les journalistes de La Presse et d’Essahafa réunis ont convenu que le journal du lendemain, samedi 18 janvier, n’allait pas paraître.

Vendredi 17 janvier, les journalistes de La Presse et d’Essahafa, techniciens et agents de l’imprimerie ont observé une journée de grève. Une grève légale, avec préavis, soutenue par les structures syndicales internes du journal et par l’Ugtt. Les procédures ont été respectées. Une grève légitime : la quasi-totalité du personnel y a pris part, pour réclamer un dialogue, des droits, l’application des promesses données et non appliquées et un projet pour ce groupe de presse historique. Bon à savoir, le rappel promis n’a pas été versé, ni les indemnisations dues aux signataires du Carep, les laissant sans ressources.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres éléments encore que nous n’étalerons pas sur la place publique, tout le monde s’est donné rendez- vous devant le journal vendredi matin. Le mot d’ordre était donné, les journalistes de La Presse et d’Essahafa

réunis ont convenu que le journal du lendemain, samedi 18 janvier, n’allait pas paraître. Il faudra ajouter cette information importante que le rédacteur en chef de La Presse, Jalel Mestiri, a été dernièrement élu presque à l’unanimité avec 32 voix sur 33. Les décrets 115 et 116 mentionnent la séparation entre administration, direction et rédaction. De ce fait, un journal ne peut être publié sans l’aval du rédacteur en chef qui bénéficie de la confiance des journalistes et d’une légitimité électorale incontestable. Or le pseudo-journal publié le 18 janvier a été confectionné sans l’accord de ce dernier, d’ailleurs son nom ne figure pas sur la Une comme il est d’usage.

Nous prenons l’opinion publique à témoin

Un petit groupe a décidé de briser une grève soutenue par l’ensemble de la rédaction, c’est-à-dire plus de 200 personnes. La grève est un droit constitutionnel. Or, ce droit n’a pas été respecté. Non seulement, “on“ a tout fait pour briser la grève et faire paraître un numéro du journal truffé de dépêches de la TAP et quelques papiers tous non signés. De plus, ce numéro comportait un édito qui excommunie les grévistes, qui les traite de « forces du mal»,qui les met au bande la « famille » de La Presse. Un édito dominé par l’émotion, qui accuse les grévistes (presque la totalité du personnel) de refuser le dialogue, de fomenter un complot pour faire couler le journal. Ce qui est totalement faux.

Dans cet édito, les grévistes ont été désignés sur un ton accusateur, insultant. Des hommes et des femmes, des journalistes dont la plupart ont plus de 30 ans de métier, des techniciens qui veillent au grain pour publier le journal, malgré les conditions difficiles, des agents de l’imprimerie qui travaillent avec des équipements désuets au péril de leur santé.
Effectivement, l’édito le précise, cela rappelle les années 70, et même les années Ben Ali où le droit de grève n’était pas respecté, où les grévistes étaient considérés comme des traîtres.
Oui, le groupe La Presse se porte mal. Mais pas seule- ment sur le plan financier.
Le journalisme est un métier noble. Il est indispensable au vivre-ensemble. Pour nous, il s’agit de cela et plus encore : dans ce groupe, nous considérons ce travail comme un service public. Nous l’avons

encore prouvé pendant le marathon électoral que vient de connaître le pays et nous le prouvons tous les jours avec une abnégation totale et un amour du journal et du métier sans limites.

Les finances publiques se portent mal. L’Etat n’a pas les moyens. Mais pour La Presse, l’approche ne peut en aucun cas être purement comptable. L’approche comptable réduit les problèmes à des additions et des soustractions. Elle détruit le cœur du métier qui est le journalisme. Les solutions sont complexes mais sont connues : redonner confiance aux équipes, respecter leurs droits, tout en investissant pour l’émergence d’un nouveau modèle économique.

Le reste, le flot d’accusations indignes déversé sur les journalistes, spécialement, ne sont pas dignes de recevoir une réponse.

 

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