Les rafles ponctuelles et conjoncturelles ont eu un effet dissuasif passager.


Samedi dernier, on a eu l’impression que la Tunisie a renoué avec son régime policier d’antan avec cette époque de la peur où un simple agent de sécurité pouvait, à lui seul, mater et neutraliser tout un quartier, voire toute une cité. Samedi dernier, on dirait que le passé a été ressuscité, tellement le décor s’y prêtait : des rafles partout (axes routiers, villes, rues commerçantes, moyens de transport public…), une omniprésence policière imposante et d’interminables opérations de contrôle d’identité et de fouille des véhicules. Et cela, mine de rien, s’est prolongé jusqu’à l’aube, comme si le pays était en proie à une guerre civile! Au final, et comme il fallait s’y attendre, cette impressionnante campagne coup de poing a fait mouche : pas moins de 872 interpellations, une centaine d’arrestations pour différents délits avérés et la saisie d’importantes quantités de «zatla» et de cocaïne. Quelle belle moisson ! Si belle qu’elle a fait un tabac sur la Toile et les réseaux sociaux où on ne tarissait pas d’éloges sur «la bravoure et le professionnalisme de nos unités sécuritaires qui ont porté un coup dur aux milieux de la délinquance et du banditisme, tout en mettant du baume au cœur des citoyens».

Ne pas lâcher prise
Or, le bonheur des Tunisiens a été de courte durée. Plus aucune rafle depuis. Et ma foi, ce n’est pas rassurant du tout. Car, on a constaté, ces jours-ci, non sans stupéfaction, un come-bak tonitruant du phénomène de l’insécurité : réapparition des bandits et autres intrus sur la voie publique, reprise des vols et des braquages, «réhabilitation» du trafic de drogue, nouvelle flambée de violence dans les quartiers populaires et les bars et… retour en fanfare de la prostitution comme si de rien n’était! Fatalité? Impuissance? Non, nous ne souhaitons adhérer ni à la première thèse, ni à la seconde la seconde. Ce qu’il faut plutôt, c’est tâcher de ne pas abdiquer. Le vœu s’adresse évidemment à nos vaillantes unités sécuritaires en tant que dépositaires de la stabilité du pays et protecteur incontournables des droits des citoyens à la paix et à la quiétude. La solution est, vous l’avez sans doute deviné, simple : renforcer et poursuivre les opérations coup de poing qui doivent s’inscrire dans la durée au lieu d’être ponctuelles. C’est-à-dire en privilégiant leur intensification, avec pourquoi pas une fréquence de trois rafles musclées par semaine, tout en marquant une présence régulière à bord des bus, trains et métros, à l’instar de ce qui se passe en Europe. Car faut-il le souligner, les campagnes de sécurité conjoncturelles, quelle que soit leur ampleur, n’ont qu’un effet dissuasif , provisoire et éphémère.

Mohsen ZRIBI

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