Au plus fort de la dépression économique et du collapsus financier, la sphère politique est obsédée par le feuilleton politique tuniso-tunisien, joué à huis clos entre les partis politiques, toutes tendances confondues, qui occulte l’instabilité économique et financière et, partant l’instabilité sociale latente.

Dernière saison en plusieurs épisodes, les dernières élections, où il est question de vendre aux électeurs et aux investisseurs (tunisiens et étrangers) l’image d’une «Tunisie sereine», avec plus de transparence et de visibilité qu’auparavant.
Une Tunisie sociale-solidaire, une Tunisie aussi rentable pour leurs investissements.

Plusieurs semaines plus loin (ou plus tard), les mêmes ex-électeurs et investisseurs sont perplexes quant à la tournure éclectique de neuf ans d’une transition pour le moins bigarrée, et où ils ne voient rien venir.

Tout n’est pas rose…
Les fondamentaux économiques et financiers se sont dégradés à vue d’œil, le mal-être social progresse.
Les différents plans de relance-rigueur alternatifs, les budgets successifs et autres lois de finances afférentes ne finissent pas de surprendre (y compris la LF2020) aussi bien les économistes, que les milieux d’affaires tunisiens et étrangers.
Tous les investisseurs tunisiens, tous les partenaires de la Tunisie attendent encore ( ?) que le « énième » gouvernement d’une transition légitime clarifie les objectifs de sa politique économique et sociale, dans un contexte économiquement toujours dépressif, financièrement désespéré et socialement explosif.

L’indice d’ensemble de la production industrielle ne cesse de se replier.
Et l’on sait que l’essentiel des politiques de l’emploi et des revenus, en Tunisie comme ailleurs, est sous-tendu pas le niveau d’activité du secteur industriel, notamment manufacturier, dont le poids en termes de croissance économique est déterminant à moyen terme.
L’emploi : le marché du travail voit grossir le flot des sans-emploi par le déversement de nouveaux demandeurs d’emplois, auxquels se sont adjoints chaque mois les nouveaux chômeurs ayant perdu leur job, par la grâce d’une politique monétaire et financière excessivement restrictive, d’une hausse des taux de l’intérêt et de la dérive du dinar qui ne laisse à l’entreprise aucune marge de manœuvre autre qu’une fuite en avant vers la compression du personnel (et la hausse du chômage) et/ou la hausse de ses prix de vente… et l’inflation. La dépression de l’activité industrielle s’accompagne d’un accroissement des tensions sur les prix de vente des produits industriels.

Nous n’allons pas passer en revue les autres faits stylisés d’une transition où tout le monde, des gouvernements aux partenaires sociaux, s’est laborieusement consacré à tout, sauf à l’essentiel : l’emploi et le pouvoir d’achat, et où l’investissement productif constitue le facteur déterminant.
Dans une économie en transition qui se retrouve dans le mur, investisseurs tunisiens et étrangers, ainsi que les partenaires sociaux, attendent d’un énième gouvernement de transition légitimé par les urnes, moins de lenteurs, plus de cohérence, plus de visibilité et plus de transparence.

En d’autres termes, il s’agit de mettre en place les bases d’un environnement des affaires pour une nette amélioration du climat de l’activité économique et des investissements.
Ce qui présuppose une plus grande stabilité politique, une plus grande stabilité sociale, et surtout, une feuille de route audacieuse qui relance l’activité économique par de grands projets d’infrastructure qui doperaient l’emploi, les revenus et la demande, qui relancerait l’investissement local et étranger, créateurs de richesses réelles et d’emplois effectivement productifs et stables.

C’est le principal axe du protocole de sortie de crise transitionnelle défendu par les adeptes de la normalisation de l’activité économique.
Le second axe du protocole de sortie de la crise consiste en la mise en place d’une politique sociale convenue entre les partenaires sociaux (les syndicats de travailleurs, les syndicats d’employeurs privés et l’Etat), sur la base d’une politique des revenus durable flexible.
Le troisième axe du protocole de sortie de crise consiste d’une politique Social-Solidaire de l’emploi via la mise en place d’un Tiers Secteur dont l’objectif serait l’intégration de l’emploi informel (agricole, commerce, services…).
Le véritable débat ne concernait-il pas la cohésion sociale ? Avec en filigrane, la question  lancinante : quelles classes sociales ou sous-fractions majeures des classes sociales en profiteraient; avec quels résultats pour l’ensemble de l’économie et de la société?

Dr Tahar El Almi :
Economiste- universitaire
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