Les conditions socio-économiques doivent être améliorées dans certaines cités populaires qui servent de réservoir à de nouveaux types de délinquants agressifs et très violents

Selon de récentes statistiques, une trentaine de braquages se produisent tous les jours dans nos murs. Certes, ce chiffre pourrait manquer de crédibilité en l’absence d’un recensement établi par le département de l’Intérieur. N’empêche que tout le monde est d’accord sur un point, à savoir que ce phénomène, qui a les dents longues, gagne du terrain et ne semble donc pas près de s’essouffler.

Le plus grave est qu’il frappe partout, de jour comme de nuit : sur le voie publique, dans les bus, les trains et le métro, dans les cités huppées et, dans certains cas, à deux pas des commissariats de police ! Mais ce n’est pas fini, car ledit phénomène a gagné en violence et dangerosité. En ce sens qu’il a totalement rompu avec une époque où un braqueur se contentait d’administrer un simple coup de poing à sa victime avant de lui arracher ses biens dont il ne prenait que l’argent, après s’être débarrassé des pièces d’identité et autres carnet de chèques et passeport, tous généralement récupérables plus tard.

Aujourd’hui, la victime est non seulement violemment agressée mais aussi tous ses documents et papiers d’identité disparaissent afin de ne laisser aucune trace pour les enquêteurs de la police. Aujourd’hui encore, plus personne n’est épargné par les braqueurs qui visent des cibles potentielles, tous âges et sexes confondus, ne craignant même pas les militaires, les agents de l’ordre, les douaniers et le personnel de la Protection civile !

Un environnement propice au banditisme

L’on sait depuis un certain temps qu’un braqueur n’a presque jamais été issu d’une famille aisée. C’est des quartiers populaires que viennent ces malfrats, parce que, justement, c’est là qu’ils trouvent chaussure à leurs pieds. En y naissant et grandissant, ils tournent mal et empruntent tôt les chemins de la délinquance, avec pour toile de fond des conditions socio-économiques très difficiles marquées par la pauvreté, la marginalité, le chômage, l’insécurité…, Psychologiquement, il n’y a pas photo : quand un enfant de ces quartiers dangereux ouvre les yeux dans un environnement pareil, il grandit dans le voisinage de malfaiteurs de tout acabit, de repris de justice et de jeunes épris d’aventures. Soit une population de délinquants pour qui nuire à autrui fait partie de leur gagne-pain et aller en prison est un honneur qui n’échoit qu’aux hommes et non aux lâches.

Au point qu’on se vante d’avoir passé le plus long séjour derrière les barreaux, d’avoir réussi le plus grand nombre de délits qui constituent, dans leur logique sauvage, des «exploits».
Des exploits que les générations montantes, l’enthousiasme et l’ambition aidant, évoqueront avec autant d’admiration que de ferveur! Dès lors,il faut avoir le courage de parler d’«écoles de formation de malfrats» dans nos cités populaires.

Mais comment parvenir à torpiller ces établissements fourmillant ça et là, en toute impunité ? Ce n’est en tout cas pas avec les méthodes actuelles de combat qu’on pourra espérer grand-chose. En effet, l’Etat se contente, jusqu’à présent, d’interventions policières (souvent tardives) en cas de graves délits dans ces «zones minées».

Et cela doit changer d’urgence, en optant plutôt pour le modus opérandi anticipatif, avec l’augmentation du nombre de postes de police, l’intensification des campagnes «coup-de-poing» et l’implantation d’une armée d’indicateurs qui sont considérés, dans les traditions policières, comme une des forces de frappe des enquêteurs. En parallèle, on ne le dira jamais assez : ces cités populaires doivent être sauvées des griffes de la misère, et cela par la création de nouveaux postes d’emploi, le lancement de projets de développement et l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants. Faute de quoi, le fléau des braquages continuera de faire des malheurs.

Mohsen ZRIBI

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