Un petit derby pour un CA qui n’a pas cru en ses moyens. Mais justement, l’appréciation raisonnable de la valeur des joueurs dit que ce qui a été fait jusqu’ici est «miraculeux». Le CA ne peut plus compter uniquement sur l’envie et le cœur.


Des circonstances atténuantes, les Clubistes peuvent en trouver plusieurs pour justifier la défaite. De l’infériorité numérique (jouer à 10 contre cette EST déchaînée n’est pas évident) à la qualité moyenne de l’effectif et l’absence de bonnes solutions, tout cela est défendable. Mais avouons quand même que le CA a été dominé, trop dominé même quand il jouait à 11. Toutefois les Clubistes ont été servis par une chance inouïe pour ne pas essuyer une humiliante défaite. Jamais le CA de Dridi n’a pu jouer sur le rythme et le tempo infernal des «Sang et Or». Du côté clubiste, c’est un peu frustrant de voir ce sentiment du devoir accompli pour une équipe qui s’est offert deux occasions durant le match, et qui n’a remporté que peu de duels à l’entrejeu.

Dridi a raté son match
Nous sommes un peu étonnés de cette «admiration» exagérée pour Lassaâd Dridi après ce derby. A-t-il gagné? A-t-il ramassé un point à 10 contre 11? A-t-il, au moins, bien joué et inquiété la défense de l’EST? Non pour les trois cas. Ce jeune entraîneur a bien fait depuis le début de la saison, réussissant même l’exploit de mener au classement et d’enchaîner les victoires malgré les gros problèmes d’argent et d’effectif. Mais ce même Dridi a complètement raté son derby. Un match spécial, pénible et qui demande des entraîneurs avertis et surtout «sobres». Lui, il était nerveux, stressé, demandant à ses joueurs d’aller presser, avec des courses effrénées, les défenseurs de l’EST.

Lui qui a usé ses joueurs avec ce pressing mal conçu. Il n’a pas fait attention aux qualités de Benghith et de Coulibaly en relance, et du coup, il n’a pas compris que changer de rythme et tenir la balle pouvaient freiner l’élan de l’EST. Mais Dridi, avec ses joueurs «moyens», a favorisé le jeu long, les passes «directes», et a perdu la possession pour courir, courir et finir par céder. Avec un jeune joueur de 18 ans qui a récolté un carton jaune dès la 11’, un autre entraîneur aurait changé ce joueur (Salhi était sur le banc). Mais Dridi n’a pas bien lu. Cette fois, il n’a pas bien vu!

Ayadi, ou les «petits» joueurs surestimés
Ce petit derby joué et perdu sans jouer sa chance n’est pas uniquement le fruit d’une supériorité technique évidente de Houni et ses coéquipiers. Il y a aussi la qualité des joueurs du CA. Pour ces joueurs très moyens, et pour certains d’entre eux «petits» pour endosser le maillot clubiste, le nombre de points ramassés, malgré les pénibles problèmes au quotidien et en l’absence de dirigeants compétents et disponibles, est un vrai miracle sportif. Au derby, le CA était repoussé derrière, non pas parce qu’il évoluait à 10 (d’autres équipes à 10 font nettement mieux), mais parce qu’il a été trahi par ses joueurs-clés.

Ces joueurs se sont comportés en «petits», c’est-à-dire qu’ils avaient manqué de personnalité et de cran pour jouer un derby. L’un d’entre eux n’est que Ghazi Ayadi qui a livré une fâcheuse prestation. La tête ailleurs, peu combatif, c’est lui qui s’est fait subtiliser le ballon par Benghith lors de l’action du penalty. C’est lui qui assure la grande partie de ce qui s’est passé. Pour un joueur qui évolue au CA depuis plus de 4 saisons, c’est indéfendable. Il incarne ces joueurs portés par le destin et qui n’ont rien de grand pour jouer au CA. Ayadi a tout raté : duels, passes et placement. A l’image d’au moins 5 ou 6 joueurs clubistes (dont Agrebi, Jaziri, Haddad, Taoues, Khefifi…) qui sont devenus, vide oblige, des pièces maîtresses.
On les a surestimés pendant longtemps. Ils ne pouvaient pas donner plus, c’est tout ce qu’ils peuvent faire !

Voir grand, voir loin
Le derby tunisois, où le CA s’estime heureux de ne pas avoir une «claque» historique, est venu au bon moment pour ramener les Clubistes sur terre. Le CA, avec le vécu triste et la succession des litiges, a été sauvé par son public qui a permis à ses joueurs et à son bureau directeur d’éviter le pire. Dridi et ses joueurs ont alors réussi à ramasser un nombre important de points, avec des moyens si étroits.

Ce qui s’est passé jusque’ici est très honorable. Les Clubistes ont pu tenir le coup pour la phase aller, sautant les écueils et glanant des points même face à des équipes plus aguerries. Mais vers la fin, et face à l’ESS et surtout à l’EST, les choses sont revenues à la normale. Il faudra regarder la réalité en face, le CA d’aujourd’hui traîne d’énormes problèmes et un casse-tête chinois qui l’empêche d’évoluer selon son prestige. Cette phase aller s’est soldée avec le minimum de dégâts.
Maintenant que l’équipe a presque donné le maximum, est-elle en mesure avec ce même effectif de rester debout et de jouer en haut du classement ? Voir grand, voir loin, c’est essayer de renforcer l’équipe et de jouer sans calculs. A Dridi de trouver la bonne recette.

Du neuf avec de l’ancien?
Le retour de Oueslati, et avant lui de Khelifa et Zemzemi est-il la bonne solution ? Faute d’argent et de dirigeants prêts à ramener les fonds nécessaires, le CA ne peut pas s’attendre à faire des miracles sur le mercato. Mais empressons-nous de dire que le CA d’aujourd’hui a besoin de quelques nouveaux joueurs qui sauront apporter le plus, qui donneront à Dridi une plus réconfortante marge de choix. Du neuf avec de l’ancien ?

C’est une recette pas tout à fait garantie. Mais les choses sont un peu différentes au CA. Le raisonnement est simple : ces joueurs connaissent bien les rouages du club, ont déjà fait leurs preuves et ont une popularité auprès du public. Ils peuvent apporter rapidement le plus, à condition d’être prêts physiquement. C’est toute la délicatesse de la mission de récupérer des joueurs qui n’ont pas joué depuis longtemps.
Le derby, ça fait partie du passé, mais il y a beaucoup à lire et à dire du côté clubiste. Ce n’était pas le comportement d’une équipe ambitieuse et «sérieuse». La différence technique et tactique par rapport à l’EST, expliquée par un écart individuel, ne peut pas être la seule raison. Les dirigeants «rouge et blanc» doivent «se réveiller». Le retour sera beaucoup plus compliqué avec l’état d’esprit et les défaillances notées au derby. La réflexion va devoir s’accompagner d’actions. Et surtout d’une nouvelle approche pour sortir de l’ornière !

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Un commentaire

  1. Mah20

    22/01/2020 à 20:59

    Tres bon article,ou la lucidité le dispute à l objectivité et à la finesse de l analyse! Mais soyons rationnel jusqu au bout! Khelifa commence à supporter le poids de l âge; zemzemi a vu sa progression freinée nette; je ne sais trop pour Ouslati,qu on annonce avec beaucoup de réserve et précaution!le CAfricain devrait être bien plus entreprenant sur le marché des transferts,en restant raisonnable! Il manque un régisseur après le retrait contraint de darragi,mis à l écart sans solution viable de rechange!il manque aussi un bon ailier de métier après la desilusion de khefifi et la baisse de niveau de dhaouadi! Compaoré étant trop brouillon et instable,le rôle de pointe devrait être dévolu à chamakhi ,épaule par d autre équipier comme sahli a qui plus de chance devrait être accordée en attaque ainsi que moussilou au milieu pour leur permettre d éclore,; de même pour ayoub mcharek; Quant au latéral gauche,ce poste est mal pourvu depuis le départ d abid,et devrait être occupé par abderazak peut être! donc peu de recrutement à effectuer mais de qualité,un par compartiment !et dissuader surtout dridi à verser dans l autosatisfaction! bientôt il récupérera Khalil et belkhiter et devra perfectionner son effectif par petites touches et n avoir pas peur d oser….peut être aussi nourrir des ambitions plus modestes en championnat et en coupe et tester des options diverses pour bâtir une équipe d avenir ou du moins un embryon d équipe compétitive..

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