En automne et en hiver, les régions touristiques passent par des périodes d’hibernation : le taux des touristes chute, cédant la place à un mouvement de visite intérieur ou régional: les gens viennent pour des raisons professionnelles, participent à l’organisation d’événements précis, rendent visite à des proches et repartent. Les vacances sans les plages, le soleil et une vie nocturne animée ne drainent pas autant qu’en été. Même si pendant les vacances de fin d’année, un certain dynamisme se crée, la période hivernale reste globalement rude pour les commerçants, propriétaires d’hôtels, salons de thé et restaurants…


Plus de 9 millions de touristes ont répondu présent pendant l’été 2019 en Tunisie. Grâce à René Trabelsi, ministre du Tourisme, et de son équipe, la pente a bien été remontée et ça continue… Mais pendant l’automne et les mois hivernaux, résister économiquement et pouvoir garder la cadence n’est pas évident. Les plages sont désertées, la mer gronde la plupart du temps, les bases nautiques et les centres de plongée sont fermés : point de jeux aquatiques, de bateaux «pirates», les ports sont figés dans le temps… les intempéries font effet. Mais hélas, l’ambiance des vacances a toujours une fin comme chaque année.

A Hammamet, le vide ou le trop-plein
Hammamet, station balnéaire par excellence en Tunisie. Extrêmement pleine pendant l’été et complètement désertée pendant l’hiver, elle est truffée de résidences, et de secondes propriétés de vacances. La ville connue pour ses complexes hôteliers de renom sombre dans la quiétude à partir d’octobre, revit en décembre pour les vacances de fin d’année et rechute… jusqu’à la haute saison.

Il est à noter que pour les hôtels de renom, les visiteurs ne disparaissent pas totalement : vacanciers plus âgés, retraités étrangers, couples, «business people» répondent présent pour piquer une tête ou pour bien travailler : colloques, formations, congrès, événements professionnels s’organisent fréquemment dans de nombreux hôtels. Mariages locaux, noces et activités «Thalasso & Spa» se font aussi très souvent. Hammamet est à proximité de Nabeul et de ses régions, de Tunis et aussi de Sousse et son emplacement ne dissuade guère cette clientèle de s’y ruer. Grâce aux professionnels du secteur, les palaces 4 à 5 étoiles parviennent à garder un certain niveau, et nourrissent cette capacité à travailler constamment avec une clientèle forcément exigeante.

A l’extérieur des hôtels, c’est une autre paire de manches : les propriétaires de maisons, appartements et villas qui, pendant l’été, sont injoignables, baissent drastiquement le prix des locations de maisons, louent pour des périodes courtes (d’un jour à plus) et baissent le prix de la location jusqu’à 30 ou 40dt la nuitée. «On est libre de louer pour des visiteurs passagers tunisiens ou autres à des prix relativement à la portée pendant la basse saison. On peut également louer à des étudiants de Nabeul ou des locataires en permanence pendant les 9 mois de l’année au maximum : de septembre jusqu’à mai. L’été, par contre, on se doit de reprendre nos biens immobiliers pour les louer aux vacanciers…». A des prix forcément très élevés. D’après Ahmed, quadragènaire, propriétaire d’une résidence avec une expérience de plus de 20 ans dans l’artisanat et l’immobilier à Hammamet : «Cette formule marche et devient même indispensable à notre survie pendant l’hiver».

Il est 20h00, et comme chaque soir en hiver, tous les cafés/salons de thé ferment pour céder la place à des bars/clubs/cabarets/lounge et quelques restaurants occupés par une clientèle plus noctambule. Mais ceci ne veut pas dire que ces lieux cités ne subissent pas les aléas de la basse saison : une poignée de clients fidèles répondent toujours présent au quotidien en fin d’après-midi jusqu’à 22h00. Pour les soirées, qui s’étendent jusqu’à eu moins 2h00 dans la semaine, elles ne sont pas toutes réussies ou plaisantes : soit elles ne connaissent pas ou peu de clients, soit elles sont prisées pas des visiteurs curieux de passage.

Chaque soir, pendant la semaine hivernale, les clients se font rares au «Club» : quand une douzaine visite cet endroit cosy plutôt fréquenté par les jeunes en milieu de semaine, c’est que clairement la zone touristique de la ville connaît une baisse de fréquentation partout ailleurs. L’endroit jouit heureusement d’une clientèle restreinte mais fidèle. Les vendredis et samedis, grâce à des soirées à thèmes, des live bands ou des DJ locaux, le lieu peut faire le plein. Autre lieu phare de la ville, «L’Opéra» est un bar-restaurant fréquenté par une clientèle diverse tous âges confondus : il s’est forgé une réputation de longue date après avoir longtemps résisté aux affres subies par l’économie nationale.

Pendant des années, les propriétaires, les frères Ali et Rami Hassouna, ont investi, perdu, changé de cartes, de formules de boissons et de plats, de décoration, de programmations musicales maintes fois. Depuis 2011, ils ont tenu bon avant de trouver un équilibre durable, et à se forger une réputation dans la région.

Auparavant, pendant la période post-attentats de 2015, les caisses étaient vides des semaines et des mois durant, pendant l’hiver : cette crise nationale aiguë a été durement vécue par la plupart et pour rien au monde ils ne voudraient la revivre. Des endroits entiers naissent et disparaissent aussitôt faute d’argent ou pour cause de mauvaise gestion… et s’il y a d’autres commerçants, qui continuent à broyer du noir, c’est bien le secteur de l’artisanat. «Plusieurs locaux ont fermé : ceux qui résistent encore sont à la médina. Mais, ceux qui sont situés dans les zones touristiques connaissent des difficultés énormes». Constat amer d’Omar M. «On vit une dure période. Il est juste de dire que pendant l’été dernier et même celui d’avant, il y a eu une légère amélioration grâce à ces touristes qui viennent réellement visiter le pays et ne s’enferment pas dans des hôtels de luxe, mais il y a clairement encore beaucoup de travail à faire», déclare le cinquantenaire.

Pour les salons de thé et les cafés les plus prisés de la ville, ils sont tout le temps pleins pendant l’été : quelques-uns ne ferment pas et alternent équipe de jour et équipe de nuit, alors que pendant l’hiver, la fréquentation baisse clairement mais les gens ne les boudent pas pour autant : ce sont juste deux rythmes différents, deux périodes différentes. La plupart s’accordent à dire qu’il faut s’adapter et survivre grâce aux moyens du bord, au savoir-faire et à la persévérance. La ténacité, c’est bien la clé. Trouver un équilibre n’est pas chose facile à effectuer et ne l’a jamais été, mais l’espoir de vivre des jours meilleurs est toujours vivace.

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