La problématique est loin d’être spécifique à la Tunisie. La mobilité internationale, ou fuite des cerveaux, est un problème constaté dans le monde entier. Certains pays, qui sont en voie de développement, sont toutefois plus touchés que d’autres, alors que ces compétences sont vitales pour leur économie.


La Tunisie n’est pas non plus épargnée par cette tendance dont les effets se répercutent sur le PIB, mais aussi à plus long terme sur le capital immatériel du pays et son développement humain.
Si les motivations qui poussent ces profils hautement qualifiés à quitter leur pays sont très variées, certains critères tels que la recherche d’un meilleur environnement de travail ou tout simplement la possibilité d’accéder à la carrière que l’on a choisie font partie des raisons les plus fréquemment invoquées.

Plusieurs professions ont du mal à s’épanouir dans un marché qui n’est pas encore arrivé à maturité. Autre facteur déterminant, les freins à l’amélioration du climat des affaires font que certains entrepreneurs jettent l’éponge et s’envolent vers des cieux plus cléments.
Avec la globalisation, les carrières se construisent désormais par-delà les frontières et les jeunes talents ne limitent ni leur horizon ni leur ambition. D’après les indicateurs de 2018 fournis par l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), environ 8.200 cadres supérieurs, 2.300 ingénieurs, 2.300 enseignants-chercheurs, 1.000 médecins et pharmaciens et 450 informaticiens quittent le pays. Une tendance qui ne cesse d’évoluer vers la hausse. Quelles sont les raisons et motivations qui amènent nos talents à s’expatrier?

D’après l’Atuge, les motifs de départ des compétences recensés sont multiples: 34% quittent le pays à la recherche d’une meilleure opportunité professionnelle, 32% pour une raison autre liée à la situation du pays qui ne leur convient pas, 28% ont envie de vivre une nouvelle expérience, 13% souffrent de l’absence de postes correspondant à leurs qualifications et 48% partent pour poursuivre leurs études supérieures.
Certes, la fuite des cerveaux est une tendance mondiale, mais, en Tunisie, cette pratique est encouragée par la révolution et la conjoncture économique actuelle. L’accélération de cet exode de cerveaux ainsi que ses causes et ses conséquences ont eu des impacts néfastes sur l’économie nationale.

Constat alarmant
L’émigration des diplômés tunisiens de haut niveau (médecins, enseignants universitaires et informaticiens) s’aggrave depuis ces dernières années. Ces cerveaux, jeunes ou expérimentés, ambitionnent de voir de nouveaux horizons afin de toucher des rémunérations plus conséquentes. Leurs compétences sont aussi valorisées à l’étranger alors que dans le pays, ils ont du mal à trouver des conditions de travail plus favorables. Ainsi, selon le chiffre fourni par l’Ugtt, due à l’absence de recrutement de médecins au cours des années 2017-2018, on recense un départ de 630 médecins pour l’année 2018. Ce chiffre peut atteindre 2.700 en 2022.

Depuis la révolution de 2011, environ 95.000 Tunisiens ont décidé de partir, dont la majorité en Europe pour des motifs financiers. Avant 2012, le taux des médecins émigrés a atteint 9% des effectifs des médecins. Les ingénieurs et techniciens font également partie des matières grises tunisiennes qui émigrent à l’étranger. Ils sont constitués notamment par les ingénieurs en informatique et les enseignants universitaires. L’Ordre des ingénieurs tunisiens a ainsi indiqué un départ de 10.000 ingénieurs depuis 2016. L’Association des Tunisiens des grandes écoles a, de son côté, déclaré que le tiers de départs des sortants des grandes écoles est motivé par la quête d’une meilleure perspective d’avenir. L’OTE, quant à lui, précise que les PME tunisiennes préfèrent délocaliser au Maroc depuis la révolution tandis que les graphistes et les spécialistes en communication sont accueillis par l’Algérie.

Source de perte
Les 95.000 compétences qui s’expatrient depuis 2011 ne sont pas uniquement composées par les ingénieurs, les médecins et les enseignants à l’université. Des juges, des chercheurs scientifiques, des hommes d’affaires et d’autres profils variés décident aussi de résider à l’étranger pour avoir des perspectives d’avenir plus intéressantes.
Pour atténuer l’aggravation de ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur, le gouvernement devrait mettre en place des stratégies permettant d’améliorer les conditions salariales tout en alignant le système éducatif avec les besoins du marché.

Autant dire que la fuite des compétences est source de perte conséquente en matière de budget pour le financement consacré par la Tunisie à chaque étudiant. En effet, le pays dépense environ 5 à 10.000 dinars par étudiant selon la discipline. D’autre part, même si les Tunisiens sont attachés à leur pays et pensent y revenir si les conditions économiques seront plus prometteuses, peu sont encore hésitants pour y retourner effectivement.

Pour attirer cette diaspora tunisienne, «le gouvernement actuel envisage la mise en place d’une stratégie pour attirer les talents tunisiens à l’étranger à contribuer au développement du pays en leur garantissant plus d’avantages lors de la création d’une entreprise. Concernant la possibilité des transferts de fonds, même s’ils contribuent à la croissance économique, il faut que les fonds transférés soient importants pour qu’ils profitent au pays d’origine».
A l’évidence, seule l’amélioration du système économique, éducatif et social du pays permettra de contrecarrer le phénomène de la fuite de compétences à l’étranger.

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