Plus de trente ans après, ils sont toujours là, imperturbables et immuables, se souciant peu de leur déconfiture, refusant de croire au commencement de la fin. Eux, ce sont ces vieux routiers de la politique qui se dédisent, se contredisent et changent d’avis et de camp au gré des fluctuations politiques


Leur cote  de popularité est en nette régression depuis la chute de l’ancien régime. Ils n’offrent plus l’image de ces cèdres ornant  les cimes altières. Affichant un air de confiance, de victoire mais aussi de dédain à l’égard d’une grande partie du peuple qui a fait son choix aux élections et qui a dû déchanter après neuf ans de pouvoir  marquées par les tergiversations et les immixtions étrangères. Plus les années passent, moins ils sont crédibles. Leur discours politique sonne comme une fausse note qui ne fait que les éloigner des jeunes d’aujourd’hui.

On s’accroche au pouvoir malgré l’échec

Ni Hamma Hammami, symbole du militantisme de l’extrême gauche dans les années de braise, ni Ahmed Nejib Chebbi, figure de proue de l’opposition qui a parrainé les islamistes et qui préside actuellement le Mouvement démocratique, ni Rached Ghannouchi, fondateur du Mouvement de la tendance islamique qui s’accroche sempiternellement à la présidence  et refuse de léguer le pouvoir aux jeunes de son parti, n’auront leur place sur la scène politique dans un avenir bien proche. Ils perpétuent aujourd’hui une tradition ancrée chez les politiques et traduisent cette ambition d’être toujours à la tête de leur parti quoique Chebbi n’ait pas hésité à céder sa place à la grande militante Maya Jeribi en 2006.

Le premier, Hamma Hammami, candidat malheureux à la présidentielle de 2014  avec 7,82% n’a pas su tirer les leçons de cet échec et a subi un sérieux revers en 2019 avec un score de 0,69% qui en dit long sur la déliquescence de la gauche, alors que Nejib Chebbi, fondateur au début des années 80 du Rassemblement socialiste progressiste qui devient le parti démocrate progressiste (PDP) n’a pu se classer qu’à la 7e place avec 1,024%.

De son côté, Rached Ghannouchi n’a pu se libérer du syndrome autoritaire  en dépit  du camouflet subi suite à son échec de  faire passer le gouvernement de Habib Jemli avec 134 voix contre. J’y suis j’y reste semble-t-il répondre aux jeunes et même aux moins jeunes qui ont demandé sa démission de la présidence du parti.

Les piètres résultats obtenus par les partis politiques lors des législatives et leurs candidats à la présidentielle en 2019 témoignent d’une chute vertigineuse pour nos politiques qui ont puisé leur légitimité et leur popularité durant les années d’oppression de l’ancien régime.

Le foulard a changé de camp, les femmes dévoilées aussi !

Le Mouvement de la tendance islamique (MTI) fut créé le 06 juin 1981 par Rached Ghannouchi et le Parti des communistes des ouvriers de Tunisie (Poct) en janvier 1986 par Hamma Hammami. Les deux partis ont depuis changé d’appellation mais pas d’idéologie. Le foulard a changé de camp, avec ces femmes voilées s’affichant aux côtés de Hamma lors des campagnes électorales et ces jeunes filles branchées se prenant en photo avec Ghannouchi. Des selfies trompeurs  pour une campagne sonnant le glas pour ces partis classiques plus présents  dans les plateaux de télévision et les médias que dans les cités populaires et les régions marginalisées. Plus de trente ans après, ils sont toujours là, imperturbables et immuables, persévérant dans les mêmes politiques, se souciant peu de leur déconfiture, refusant de croire au commencement de la fin.

Les partis politiques sont en perte de vitesse, agonisent au temps de la mondialisation et la montée  du populisme comme le traduisent les résultats des législatives de 2019  avec ses 21 sièges octroyés à la coalition Al Karama, présidée par Seifeddine Makhlouf et qui s’oriente à se constituer en parti politique. Le ton est donné avec ce nouveau parti au diapason de la révolution et qui  a mené sa campagne sur les réseaux sociaux et par le biais de certains relais dans les quartiers populaires.

«Le peuple veut». Un slogan post-révolution qui a déstabilisé  les partis politiques classiques et certains dirigeants tentent vainement de se replacer dans cette phase de transition, mais leur discours n’est plus de ce temps et n’exerce aucun attrait sur les jeunes décidés à rompre le cordon ombilical  avec ceux qui ont fissuré leurs rêves et tenté de récupérer,  à leur profit, la révolution. 

Samir DRIDI    

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Un commentaire

  1. Liberte

    29/01/2020 à 10:37

    Pourquoi toute ce retard pour former ce gouvernement ?

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