Hichem Snoussi, membre de la Haica, regrette l’attitude des institutions de l’Etat face à ces dépassements, et notamment du ministère des Technologies de la communication qui a laissé certaines radios pirates diffuser avec des émetteurs provenant de la contrebande


Non seulement il ne détient pas une autorisation légale  délivrée par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), il s’obstine aussi dans la diffusion de ses programmes sur les ondes d’une radio supposée répandre un discours de tolérance et n’incitant pas à la haine. Révolté et refusant de se soumettre aux décisions d’une instance indépendante constitutionnelle, comme d’ailleurs tant d’autres chaînes de télévision, l’élu  de l’ARP, Ridha Jaouadi, persévère dans un comportement  incitant à la haine à l’égard de la Haica  et des représentants de la presse sans exception. L’immunité parlementaire lui a donné, sans nul doute, des ailes pour s’attaquer à la Haica et ses membres dans ses textes pamphlétaires sur sa page facebook.

Graves menaces ciblant la Haica et ses membres
Ainsi l’application de la loi par la Haica est perçue comme une forme de «persécutions idéologique» et d’intimidation. Hichem Snoussi, qui se trouve depuis un bon bout de temps dans le collimateur de l’élu  en question, est stigmatisé et qualifié d’extrémiste de gauche.
Une claire incitation à la haine et à l’extrémisme violent et une accusation qui pourrait se révéler lourde de conséquences sur la sécurité du membre de la Haica. Le texte publié par l’élu Jaouadi à cet effet ne souffre aucune ambiguïté.
La campagne visant la Haica est relayée sur les ondes de la Radio non autorisée  «Al Quran Al Karim» dont le propriétaire est le secrétaire général du parti Errahma, le député Said Jaziri.

Elle survient suite à l’annonce de la décision de la Haica relative à l’amende de 50 mille dinars infligée ce mois-ci à cette radio et lui interdisant  la rediffusion d’un extrait de l’une de ses émissions portant clairement ombrage à  l’instance.
En l’absence de mesures concrètes tendant à mettre fin à cette  violence verbale et aux manœuvres de ses protagonistes dont le but est de  faire croire qu’il s’agit de sanctions à connotation idéologique dirigées contre l’Islam, la Haica  a condamné fermement, dans un communiqué publié le 27 janvier les discours incendiaires émanant de certains députés et notamment de Ridha Jaouadi, dénonçant une manœuvre dilatoire visant à occulter les infractions à la loi organisant le média audiovisuel.

Plus d’une vingtaine d’organisations, dont l’Ugtt, la Ltdh, les Femmes démocrates, la Fédération des directeurs de journaux, EuroMed, l’AMT, ont apporté leur soutien à la Haica suite à cette campagne de dénigrement, ont dénoncé les propos de Ridha Jaouadi et appelé le ministère public à ouvrir une enquête. Elles ont aussi appelé à  garantir une protection à Hichem Snoussi et aux membres de l’instance  en raison des menaces proférées à leur encontre.

Institutions officielles, un silence complice ?
Au-delà du soutien de la société civile, c’est le silence des autorités officielles qui inquiète. Cette fuite en avant et cette impunité à l’égard  d’un discours qui cache la grande partie submergée de l’ice berg.
Contacté par le journal La presse, Hichem Snoussi regrette l’attitude des institutions  de l’Etat face à ces dépassements et notamment du ministère des Technologies de la communication qui a laissé certaines radios pirates diffuser avec des émetteurs provenant de la contrebande.
Il a précisé que ces menaces ne sont pas nouvelles et ne concernent pas seulement  sa personne mais tous les membres de la Haica.

«Nos rapports, nos communiqués et nos décisions relatifs à ces radios pirates, à ces religieux qui veulent parler de questions politiques dans les médias, ainsi que la mise en cause par la Haica de l’intégrité des élections de 2019 en raison des campagnes menées en faveur des candidats dans certaines chaînes de télévision, gênent beaucoup des parties qui se reconnaîtront, ce qui explique ces menaces qui ne sont pas de nature à décourager notre instance», ajoute-t-il.
Hichem Snoussi a expliqué qu’il n’a pas sollicité une protection après ces menaces et qu’il ne le fera jamais, se félicitant de l’élan de solidarité de la société civile qui confirme que le discours populiste tendant à faire taire les gens ne passe plus. Il a  espéré à la fin l’ouverture d’une enquête autour de ces menaces par le ministère public.

La liberté de presse est un exercice bien difficile et c’est à cette Haute autorité indépendante qu’incombe le rôle de la régulation de l’audiovisuel conformément aux dispositions du décret-loi 2011-116.
Les décisions prises par la Haica n’ont épargné ni les radios ni les télévisions publiques et privées.
Elle les a traitées sur un pied d’égalité mais quand les rappels à l’ordre et les sanctions touchent des radios ou des télévisions visiblement manipulées et qui veulent s’imposer comme les porte-drapeaux de l’Islam, c’est un discours autour d’une guerre opposant deux camps antagonistes qui sert d’alibi à ces derniers.

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