Le geste libre, une approche minimaliste, sans fioritures, ses lettres sont abstraites et ne sont pas là pour ornementer ni pour être lues. Composantes picturales, sujets et matériaux de construction, prétexte de création, elles n’obéissent qu’à leur engagement esthétique.

Hosni Hertelli, aka Shoof, est un artiste visuel tunisien connu surtout dans la sphère du street art. Son credo c’est les lettres arabes qu’il fait voyager partout dans le monde en en faisant les matériaux de son œuvre. Répétitions, saturation, mouvements vifs et rythmés, stylisation des lettres, c’est ainsi que Shoof opère en déconstruisant l’alphabet arabe pour s’interroger sur son identité mais aussi sur la place du langage dans nos sociétés contemporaines.

Enfant de la Médina de Tunis, Hosni Hertelli est né dans une famille « modeste mais lettrée », élevé par sa mère et la famille de cette dernière alors que son père était parti en France pour y travailler. Adolescent, l’artiste s’improvisait rappeur avec ses potes et taguait les murs clandestinement. En 2004, il part à Paris et s’inscrit en droit à l’université Paris-Nanterre. Après un double DEA (en histoire et anthropologie juridique et en sociologie politique comparée). Entretemps, pour se changer les idées, il peignait, s’initiait à la calligraphie et entretenait un cahier d’artiste dans lequel il griffonnait de manière répétitive.

Et c’est une rencontre qui confirmera sa carrière d’artiste , celle qu’il a faite avec le Franco-Tunisien Mehdi Ben Cheilkh. Ce dernier dirige, depuis 2004, une galerie de street art dans le 13e arrondissement de Paris et organise des projets hors les murs. Il découvre ses dessins et autres peintures et l’encourage à travailler ses brouillons avec la promesse de l’exposer. Le travail abouti de Hosni finit par séduire le galeriste et il est sélectionné, en 2013, avec 108 artistes internationaux pour participer à un grand projet de la «Tour Paris 13». Les street-artistes investiront par leurs œuvres un immeuble de neuf étages avant qu’il soit rasé. L’événement fut fortement médiatisé et Shoof commence à gagner en visibilité.

La collaboration entre le galeriste et l’artiste se poursuivra avec d’autres projets à l’instar de Djerbahood en 2014 qui a fait du village d’Eriadh un musée à ciel ouvert avec la participation de street artistes de différentes nationalités. C’est d’ailleurs grâce à ce projet que Shoof s’est fait connaître sous nos cieux.

Depuis, il ne cessera de développer son art et de le décliner dans différents lieux et à travers différents projets à l’instar du spectacle de danse sacrée «White Spirit» initié en 2016 et dans lequel il a présenté une installation calligraphique marquante en France au théâtre de Lévi-Strauss du Quai Branly et en Australie au théâtre de Perth en mars 2018.

Le geste libre, une approche minimaliste, sans fioritures, ses lettres sont abstraites et ne sont pas là pour ornementer ni pour être lues. Composantes picturales, sujets et matériaux de construction, prétexte de création, elles n’obéissent qu’à l’engagement esthétique de Shoof, elles sont libres et émancipées à son image. Bonne continuation!

Charger plus d'articles
Charger plus par Meysem MARROUKI
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire