Mounira Chapoutot Remadi, professeure émérite d’histoire  à l’université de Tunis et membre du jury pour le Comar d’or en langue française, nous a parlé du palmarès 2019, des délibérations et des choix du jury.
“Cette année est une cuvée exceptionnelle», et les 15 romans retenus sont tous, différemment, des œuvres abouties. Nous avons convenu unanimement que les deux romans lauréats seraient les Comar d’or ex aequo car ils correspondaient parfaitement aux critères de sélection : un style qui se distingue, un sujet original et certainement l’émotion que l’on attend d’une œuvre littéraire. Même s’il est difficile de définir un bon livre et que les  jugements les mieux  argumentés restent personnels et  subjectifs, nous avons eu la chance de tomber unanimement d’accord sur ces deux romans qui portent les qualités d’ouverture étant l’œuvre d’écrivains dont le talent s’est forgé à l’endurance du métier d’écrire. Le prix de la découverte, également, a récompensé une talentueuse jeune romancière Alyssa Belghith pour un premier roman et dont l’écriture est très prometteuse. En cela, le Comar est un vrai défricheur de talents qui donne de l’élan et une notoriété à ces jeunes auteurs. Nous avons retenu le Prix spécial du jury car nous avons estimé qu’aucun des romans présentés n’en portait les qualifications.

On discerne une thématique commun aux deux romans primés et plus généralement dans la sélection de cette année. Comment expliquez-vous cet intérêt pour l’histoire et la mémoire?

Les deux romans ont en  commun une relecture de notre histoire à deux époques distinctes et c’est symptomatique au vu des temps troubles que nous vivons. Il y a des moments dans la vie d’un peuple où il est nécessaire de se raccrocher à des personnages fondateurs. C‘est le cas pour Bourguiba par exemple, qui est totalement réhabilité depuis 2011, comme peut l’être Jugurtha ou Hannibal…Les romans donnent un sens et une symbolique aux faits et ceci est bénéfique dans des périodes d ‘instabilité.

Comment se porte le roman tunisien aujourd’hui?

Il lutte, et il survit. Le Comar comme d’autres mécènes culturels sont d’une grande aide pour les écrivains, mais ce qui est primordial est que les Tunisiens lisent, et que les livres soient médiatisés, et présentés dans les revues ou journaux spécialisés avec des critiques rigoureuses et accessibles pour instaurer une familiarité entre le public et le livre. C’est un des chaînons encore manquants à ce jour.”

Lauréate du prix ”découverte”, il y a quelques ans de la distinction de la meilleure découverte, Alyssa Belghith  a présenté un premier roman,”L’Amant de la mer’’  qui a subjugué le jury par la qualité de son style, poétique, érudit et par une construction narrative aboutie. Le roman est le premier d’une trilogie qui s’annonce intéressante.

Rafik Darragi a été primé  d’un Comar d’or  pour « Jugurtha. Un contre-portrait » qui est un roman épique qui rend justice à Jugurtha malmené dans l’historiographie romaine et latine.

Le Prix Comar d’or ex aequo décerné à ‘‘La princesse de Bizerte’’ de Mohamed Bouamoud traite d’un pan douloureux de l’histoire nationale, celui de la bataille de Bizerte. L’auteur Mohamed Bouamoud y livre sa vision d’une «guerre inutile, celle des amours-propres de Chefs d’Etat et d’armées qui a causé un massacre dont la trace est encore vive aujourd’hui». Une histoire d’amour tragique qui rejoint fatalement la grande Histoire et s’y broie fatalement.

Il s’agit, donc, d’une cuvée très riche, qui augure un meilleur pour la 24e édition des Comars d’or. Celle-ci  débute dès aujourd’hui pour une année de sélection, de défrichement et de découverte de nouvelles plumes

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