Les Tunisiens ont commémoré hier sur les réseaux sociaux le martyre de Mohamed Daghbeji, l’un des premiers à prendre les armes contre l’occupation française et qui fut exécuté le 1er mars 1924 sur la place de Souk «El Belda», dans son village natal d’El-Hamma. Avant son exécution devant sa mère, il a refusé qu’on lui mette un bandeau sur les yeux, et quand il a vu que sa mère pleurait, il lui a dit : «Maman, n’aie pas peur pour moi, je ne crains pas les balles des ennemis, je le fais pour l’honneur de mon pays». 

Ce héros de la lutte armée pour l’indépendance du pays, comme Ali Jarjar et Chedly Ben Amor Gtari, qui ont été exécutés par l’occupant français à Bab Saâdoun, à Tunis, à la suite des événements du Jellaz en 1912 ou encore Omar El-Ghoul et Béchir Ben Sedira sont des résistants de la première heure qui sont tombés dans l’oubli.

Ni les institutions suprêmes de l’Etat, ni les partis politiques n’ont rendu hommage à la mémoire de ces héros oubliés. Ils ont pourtant écrit en lettres de sang des pages de la lutte pour la décolonisation imbibées de courage, teintées de bravoure et faites de sacrifices.

Il n’empêche, ce qui réchauffe le cœur, c’est qu’à cette indifférence glacée qu’opposent les institutionnels à l’histoire de ces symboles, la mémoire populaire leur a consacré plusieurs œuvres qui les font entrer dans la postérité. Hier, les chansons populaires dédiées en souvenir aux hauts faits de ces militants ont envahi les réseaux sociaux.

Ainsi, des vidéos du défunt Ismaïl Hattab, star de la chanson bédouine, déclamant de sa voix les vers qui restituent l’épopée de Daghbeji, ont été largement partagées sur Facebook.

En effet, face au déni et à l’oubli, les Tunisiens se chargent désormais eux-mêmes de célébrer leurs héros, leurs symboles et leurs martyrs.

La mémoire sélective dans les commémorations de nos martyrs, en glorifiant tel militant et en rabaissant tel autre, est régie depuis des décennies par la politique et l’idéologie. Il est grand temps de réhabiliter la mémoire des martyrs de la lutte contre l’occupation française. C’est un devoir de mémoire.

Charger plus d'articles
Charger plus par Chokri Ben Nessir
  • Les doutes dissipés

    L’incertitude sur l’organisation du Sommet de la francophonie, en novembre prochain, à Dje…
  • Les réseaux sociaux, amis ou ennemis ?

    Le recours à des méthodes controversées et illicites compromet de plus en plus la crédibil…
  • Nos aînés, une richesse

    La Tunisie célèbre aujourd’hui la Journée internationale des personnes âgées sur le thème …
Charger plus dans Editorial

2 Commentaires

  1. Dr. Ezzeddine Moudoud

    02/03/2020 à 21:10

    Bravo et Grand Merci. Ce rappel, nous enseigne « brutalement

    Répondre

  2. Dr. Ezzeddine Moudoud

    02/03/2020 à 22:02

    (…) la grandeur de notre peuple et de son histoire. Il est temps que ces « charlatans » de tous les plateaux de télé avec leurs « buzz » words, à l’exception de Taoufik Ben Brik et Safi Said, de se la fermer . Qu’ils passent quelques jours dans nos villages et petites villes de l’Intérieur, surtout en Tunisie Centrale… et nous dire comment « concrètement » ils vont aider nos pauvres veilles mères, (en zones rurales surtout…) à avoir de l’eau potable…(rien à voir avec toute l’eau puante consommé par leurs piscines et « jaccuzi »…). Dire que nos martyrs, Daghbeji, Trad, Hached, et bien d’autres (j’en oublie qu’ils me pardonnent…) se sont sacrifiés pour ça…Enfin…Merci à Si Youssef et Si Elyes d’avoir fait honneur à la mémoire de Si Lahbib, et à « Bajbouj », fils d’Hammam-lif et patron spiritual du CSHL… »Modernization, The State,…. », ce ne sont pas pas des « conneries » à laisser aux amateurs.

    Répondre

Laisser un commentaire