La note publiée fin 2019 par l’intermédiaire en bourse Tunisie Valeurs montre que  les banques ont connu un retournement de tendance brutal depuis le mois de septembre 2018 dernier qui s’est déclenché suite à l’annonce par la BCT de deux nouvelles mesures, régulant le risque de transformation et limitant l’accès au refinancement.

Une deuxième décision a secoué le secteur  au mois de décembre 2018 en réaction à la décision inattendue de l’ARP d’instituer une nouvelle taxe «exceptionnelle » sur les revenus du secteur (1% du chiffre d’affaires) en marge de la Loi de Finances 2019. « Mais la panique a été de courte durée. Les banques sont reparties du bon pied le lendemain avec l’annonce du gouvernement de reporter la nouvelle imposition à l’année 2020».

Défis

Selon la même source, la «surréaction» du marché aux deux événements précités  traduit un sentiment d’inquiétude de la part des investisseurs sur les perspectives du secteur.

En effet, la dégradation brusque de la perception des banques sur le marché met sur le devant de la scène la question des évolutions réglementaires en vue et leurs implications possibles sur les réalisations du secteur à l’aune de la conjoncture actuelle, conjoncture caractérisée par un assèchement des liquidités, l’érosion du taux d’épargne, l’atonie du climat des affaires et la situation inquiétante des déficits jumeaux. Autant de défis auxquels doivent faire face les banques tunisiennes de nos jours.

Excepté la taxe exceptionnelle dont les effets sont négligeables sur le plan fondamental, les mesures annoncées en 2018 s’inscrivent, dans un contexte spécifique d’une politique monétaire non conventionnelle et d’une convergence graduelle vers les standards de Bâle III. Elles sont le prolongement d’une série de réformes qui a soufflé sur le secteur bancaire depuis 2016, avec la refonte des statuts de la BCT consacrant le principe d’indépendance et la  primauté de l’objectif de stabilité des prix, l’institution d’une nouvelle Loi Bancaire renforçant les mécanismes de transparence et d’équité concurrentielle et  l’élaboration par la BCT d’un plan d’action quinquennal 2016- 2020 visant la convergence à l’horizon 2020 du cadre prudentiel tunisien vers les standards de Bâle III.

La note indique, par ailleurs, que les prochaines évolutions réglementaires imposeront de nouvelles contraintes aux banques : régulation de la liquidité bancaire, renforcement des exigences des fonds propres, une supervision prudentielle plus rapprochée et une politique de placement plus encadrée. Mais elles ajouteront certes  de nouveaux défis sur le court et moyen termes dans un contexte d’une croissance molle et d’une liquidité sous pression.

Cependant, «nous pensons que grâce à leur capacité de résilience prouvée par le passé, les banques sauront gérer les nouveaux défis réglementaires. Des enjeux auxquels le secteur a déjà commencé à se préparer grâce aux injections de fonds propres opérées depuis 2014, aux efforts importants d’assainissement des bilans et à l’attention portée à l’optimisation de la productivité ».

C’est dire que les banques seront les premières à subir les effets de la transition réglementaire vers les normes de Bâle III. Mais elles seront aussi les premières à en récolter les fruits : ancrer une culture d’autoévaluation et d’autogestion des risques, développer une meilleure discipline prudentielle et renforcer la capacité de résilience face aux chocs externes.

Début de ralentissement

Selon les indicateurs fournis par l’intermédiaire en bourse Tunisie Valeurs, la deuxième moitié de 2018 et du premier trimestre de 2019 «pourraient indiquer un début de ralentissement de l’activité des banques dans les prochaines années : relâchement de la collecte, tassement de la croissance des crédits et décélération du PNB suite au resserrement des conditions monétaires et à une activité de placement en bons du Trésor plus encadrée». Ces évolutions sont annonciatrices d’une «nouvelle normalité»: celle d’un ralentissement sans rupture de croissance.

Les valeurs bancaires ont commencé mal en 2019 (un repli de 2,2% pour l’indice bancaire depuis le début de l’année). Malgré des indicateurs au vert (croissance à deux chiffres du PNB sur le premier trimestre 2019) pour la plupart des banques, les investisseurs continuent à délaisser le secteur. Un désintérêt qui a ramené les valorisations à des niveaux attractifs.

D’autres réformes structurelles sont à un stade avancé pour moderniser l’infrastructure du marché, améliorer l’accès des banques à la liquidité et augmenter l’efficacité de la politique monétaire. Il s’agit notamment de : la réforme du marché interbancaire : la nouvelle circulaire de la BCT de novembre 2018 qui est entrée en vigueur en 2019 visant à dynamiser le marché interbancaire. Elle révise les modalités d’échange de la liquidité en dinars.

Ceci, outre  la réforme du marché des titres de créances négociables en vue d’améliorer la profondeur du marché des Certificats de Dépôts et de limiter la surenchère tarifaire et la création des Opcvm monétaires. Ces Opcvm monétaires, qui constituent un cadre législatif instauré en septembre 2018,  ouvriront de nouvelles fenêtres de liquidité aux banques et réduiront par conséquent le recours au refinancement de la Banque centrale.

Parmi les réformes figure, également, la prévalence de facteurs inflationnistes d’origine non monétaire, entre autres l’envolée des prix des matières premières sur les marchés internationaux, la résurgence de l’inflation dans les pays partenaires de la Tunisie, le gonflement de la masse salariale sans amélioration de la productivité et la poursuite des perturbations dans les circuits de distribution, qui  constituent des sources structurelles pour l’inflation. Ces facteurs qui restent en dehors du champ d’action de la BCT.

Taux de change sous pression

Malgré la résistance «exceptionnelle» dont fait preuve le dinar depuis le début de 2019, «nous pensons que la pénurie de devises devrait se poursuivre avec la léthargie des exportations et elle continuerait, de ce fait, à mettre le taux de change de la monnaie locale sous pression».

Outre l’inflation importée, le glissement du dinar a provoqué un changement au niveau du comportement des acteurs économiques au cours de ces dernières années. En effet, pour se protéger contre le risque de change, les importateurs (principalement les entreprises) se sont détournés des financements directs en devises.

En contrepartie, «ils se sont rués sur les financements en dinars en procédant ensuite à des achats au comptant de monnaies étrangères. En somme, le tarissement des réserves de change a un effet ricochet sur la liquidité bancaire».

La problématique du «cash»

L’étude fait savoir que les billets et monnaies en circulation en dehors du système bancaire ont plus que doublé à 12 milliards de dinars (en décembre 2018) depuis la Révolution.

«Cette préférence pour l’argent liquide est due à l’expansion du secteur informel et au retard accusé dans le développement de moyens de paiement modernes. Ces phénomènes génèrent un important manque à gagner pour la trésorerie des banques et expliquent l’atteinte du volume du refinancement de montants records (montant oscillant entre 11 et 16,9 milliards de dinars sur les deux dernières années)».

Pour lutter contre la circulation fiduciaire, la BCT compte lancer un programme national de «Decashing» qui vise à promouvoir les paiements électroniques et qui ciblera dans un premier lieu les entreprises publiques.

Notons par ailleurs que l’Association des banques compte développer une solution nationale de paiement mobile. «Ces initiatives faisant encore leurs premiers pas devraient porter leurs fruits sur le moyen terme».

En somme, une plus grande coordination entre les autorités publiques semble plus que jamais nécessaire pour contenir les difficultés de liquidité.

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