Aussi bien au sujet des agricultrices qui viennent de périr qu’à propos de l’approvisionnement durant le mois de Ramadan ou des négociations avec le gouvernement, Abdelamajid Zar, président de l’Utap, a exprimé, lors de la conférence de presse tenue, hier, l’appréhension des agriculteurs qui se sentent exclus du processus de prise de décision ce qui risque de peser lourd sur l’avenir de l’agriculture.

«Le drame des travailleuses agricoles qui viennent de périr dans un accident, que Dieu les accueille dans Sa Miséricorde, n’est pas seulement un sujet sur la femme rurale et les travailleuses dans l’agriculture. Nous sommes face au drame d’agricultrices authentiques obligées de travailler à la journée pour pouvoir joindre les deux bouts», regrette Abdelmajid Zar.

Mobilisation pour les petites exploitantes

«Elles ont de petites exploitations et ce qui leur est arrivé est la preuve de l’échec de l’Etat alors que l’agriculteur en est à vendre à perte. C’est le cas pour l’élevage, le lait… Ces dames sont victimes de politiques et de choix erronés qui ont conduit à ce qu’elles vendent la seule vache qu’elles possèdent pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants. Nous avons voulu affirmer notre solidarité avec ces agricultrices. Ce n’est pas seulement une question de transport mais de vie décente et nous sommes aujourd’hui en train de préparer un projet qui permet à ces petites exploitantes de posséder une dizaine de brebis pour vivre. Le gouvernement doit également s’y impliquer. Le chef du gouvernement a annoncé qu’il va organiser un débat national sur la question et nous espérons que nous allons travailler de concert afin que ce drame ne se reproduise plus à l’avenir», ajoute Zar.

Pourquoi importer quand il y a du surplus ?

C’est sur le même ton désabusé que le président de l’Utap aborde le second point de la conférence de presse ; le Ramadan. Il dit clairement qu’il existe une dichotomie entre la réalité des stocks et la propension du gouvernement à encourager les importations. «Nous disposons actuellement de stocks suffisants pour satisfaire les besoins à l’échelle nationale, nous n’avons pas besoin par conséquent d’importer. Nous avons 270 mille tonnes de pommes de terre et il y a une réserve de 2.000 tonnes mais le gouvernement a décidé d’en importer alors que nous sommes en train de programmer leur emmagasinement. Cette importation est une atteinte à notre balance commerciale et aux efforts de nos propres agriculteurs. Est-ce que des lobbies sont derrière cette décision du gouvernement ?», s’interroge-t-il.

Selon lui, il existe un précédent où 5000 tonnes de pommes de terre ont été importées et sont restées dans les entrepôts, en quarantaine, de l’aveu même du ministère de l’Agriculture, pour finir par être vendues à 200 millimes le kilo alors qu’elles ont coûté 1.200 millimes à l’origine.

Il souligne que nos besoins en volaille sont de l’ordre de 10.500 tonnes alors que notre production est de 12.000 tonnes (en plus de 1.075 tonnes en dépôt) ; nous avons donc un surplus. «Alors pourquoi sommes-nous en train de parler d’importation ? Nous avons 6.000 tonnes de dindons (en plus de 1.322 tonnes en dépôt) alors que la consommation n’est que de 5.500 tonnes. Alors pourquoi le ministère du commerce importe-t-il ?», se demande-t-il encore.

Quant aux œufs nous avons une production de 153 millions d’unités et nous avons encouragé les producteurs à travailler pour dégager des stocks de réserve. (Nos réserves atteignent 193 millions d’œufs pour le Ramadan alors que notre consommation ne dépasse pas 190 millions).

«En matière de lait, nous avons une réserve de 29.343 mille litres en plus de notre production et nous n’avons donc pas besoin d’importation. Le plus beau est que le prix à l’importation est de 2 dinars le litre !», poursuit Zar qui souligne que s’agissant des viandes rouges, la production s’élève à 9,5 mille tonnes permettant de couvrir les besoins de 9 mille tonnes au cours du mois de Ramadan mais le ministère du Commerce a commencé à importer sans dévoiler les prix (Ils sont de 10 euros le kilo sur les marchés mondiaux, donc 34 dinars le kilo et cela va faire 12 dinars de compensation. Les viandes rouges tunisiennes oscillent entre 25 à 26 dinars le kilo). «Vous avez entendu parler d’importation des USA de viandes qui sont nourries de farines animales ? Dans les pays de l’Union Européenne, ces viandes sont interdites. Alors comment acceptons-nous d’en importer ? Il semble que nous sommes à la recherche de la viande la moins chère sans accorder la moindre importance à la santé du consommateur. Qui va en bénéficier ? C’est bien la question. Nous estimons que tout cela est loin d’être innocent alors que l’Utap a été systématiquement exclue des décisions d’importation !», regrette-t-il.

Le dernier point évoqué par Abdelmajid Zar concerne les négociations avec le gouvernement et là aussi, il a semblé perplexe : «Nous avons déposé 4 dossiers : pêche, céréales, volailles et lait. Les négociations ont été difficiles d’autant plus que nous avons insisté sur la dynamique des prix qui doivent être indexés sur les coûts.

Nous sommes face aux dangers qui guettent le cheptel, la filiale laitière et les cultures céréalières alors que les terres qui leur sont dévolues sont orientées vers les cultures fruitières. C’est une perte sèche pour les agriculteurs. Il reste encore beaucoup de points de divergence».

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