A un moment où il n’y a pas de discours qui rassure, ni un espoir de trouver un vaccin rapidement, la fiction demeure une sorte de refuge. Le film «Contagion» de Steven Soderbergh a enregistré un énorme regain d’intérêt en ces temps de panique. Le parfait exemple du cinéma d’anticipation.


A la une ces jours-ci, les films sur les épidémies qui cartonnent en streaming ou en DVD en ces temps de confinement. Les plateformes proposent le meilleur des films catastrophes. Chez nous, le film le plus demandé auprès des vendeurs de DVD, selon le témoignage de certains d’entre eux, c’est le film «Contagion» de Steven Soderbergh sorti en novembre 2011. En voici le synopsis «Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on “cache la vérité” à la population. Pourquoi ce film (entre autres) est-il si couru aujourd’hui ?

Force est de croire que son scénariste Scott Z. Burns était visionnaire et que ses déclarations au magazine «Variety» en plein coronavirus y sont pour quelque chose. Pour que le scénario de Contagion soit cohérent, Scott Z. Burns a fait de nombreuses recherches pendant trois ans : «J’ai rencontré le Dr Larry Brilliant, épidémiologiste, explique-t-il, qui a participé à l’éradication de la variole dans les années 1960. Et Larry m’a présenté Ian Lipkin, un virologue de l’université de Columbia. J’ai passé beaucoup de temps avec ce dernier à parler du fonctionnement des virus et de la probabilité d’émergence des prochains virus dans le monde. Il a alors promis de m’aider si je mettais un point d’honneur à rendre le film scientifiquement substantiel. Ce que nous avons fait avec les scientifiques impliqués et Steven, c’est la meilleure estimation de ce qui se passerait en cas de pandémie. Nous aurions probablement emprunté la même voie si le Sars, qui est également un coronavirus, avait suivi le même chemin. Je fais confiance aux scientifiques et je ne suis pas surpris qu’ils aient eu raison». Du reste, l’intrigue et la construction narrative sont très pertinentes. «Contagion» est aussi un film d’anticipation Qu’appelle-t-on cinéma ou roman d’anticipation? «Une œuvre d’anticipation décrit le monde tel qu’il pourrait être dans un futur proche (quelques années ou dizaines d’années) ou plus lointain (des siècles ou des milliers d’années)». A titre d’exemple nous citerons «Le meilleur des mondes» de Aldous Huxley, «Vingt mille lieues sous la mer» de Jules Vernes ou «Le fils de l’homme» de P.D James pour les romans et «Terminator» de James Cameron, «2001, l’odyssée de l’espace» de Stanley Kubrickh, «Blade runner» de Ridley Scott.  Mais ce n’est pas la seule raison à notre sens qui fait que ce film enregistre aujourd’hui tout ce regain d’intérêt. En fait on le regarde pour deux raisons : la première pour être rassuré et la deuxième c’est pour découvrir comment cette pandémie a pu être vaincue à un moment où il n’y a pas de discours qui rassure. Un film qui peut nous recentrer sur la réalité du confinement mais qui introduit également l’idée des enjeux politiques et financiers des laboratoires pharmaceutiques. Comme il soulève les peurs profondes des citoyens à travers un blogueur militant qui crie au complot. Nous sommes en plein Covid-19 dans ce film, sorti en 2011. C’est pour cela qu’on peut dire que regarder un film d’anticipation peut conjurer l’angoisse de la mort. «Je suis encore vivant et je regarde ce film comme un cauchemar par lequel je suis passé», devrait se dire le spectateur dans l’antichambre de sa conscience… «On fait des montagnes avec ce qu’on peut», disait Jacques Brel.

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