Plus d’un tiers de l’humanité est sommé de rester à la maison mercredi après la décision de l’Inde de confiner ses 1,3 milliard d’habitants face au coronavirus qui sème le chaos à travers le monde, une crise qui a poussé les États-Unis à trouver un accord « historique » sur un gigantesque plan de relance.

Dans la foulée de cet accord entre la Maison Blanche et le Sénat destiné à mobiliser 2.000 milliards de dollars, la Bourse de Tokyo a flambé et les places européennes ont repris des couleurs.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a salué « le plus vaste plan de sauvetage de l’Histoire américaine ».

Quelques heures auparavant, le président américain Donald Trump avait dit miser sur une levée « rapide » des restrictions, d’ici mi-avril pour une partie du pays.

Cet optimisme est loin d’être partagé par les autres leaders de la planète.

L’Inde, le deuxième pays le plus peuplé du monde derrière la Chine, a justement ordonné à son tour le confinement de ses 1,3 milliard d’habitants à partir de mercredi.

« Souvenez-vous que même un seul pas hors de chez vous peut ramener la grave maladie du coronavirus dans votre foyer », a averti le Premier ministre, Narendra Modi, dont le pays recense 519 cas de Covid-19, dont 10 morts.

Dans les rues vides de New Delhi, le pépiement des oiseaux a remplacé l’habituelle cacophonie de klaxons et de cris. À Bombay, un marchand de légumes, Rafiq Ansari, s’inquiète en expliquant qu’il est « de plus en plus difficile de s’approvisionner ». « Nous allons être confrontés à des pénuries ».

Mardi, après des semaines de tergiversations, les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ont finalement été reportés à 2021.

« Bombe sanitaire »

Dans le camp de migrants de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, le plus important d’Europe, la pandémie fait craindre une « bombe sanitaire ».

« On nous a dit de ne pas sortir de nos tentes et de ne pas nous rassembler en groupes, mais c’est impossible à Moria », explique un migrant Somalien, Ibrahim Mohament Hussein.

Aux États-Unis, les ventes d’armes s’envolent, beaucoup craignant que la maladie ne provoque des émeutes. Mais au Kenya les exportations de roses vers l’Europe s’effondrent, menaçant de ruiner un secteur prometteur.

« C’est tellement triste. C’est comme jeter de l’argent au sol », se lamente Sarah, une employée horticole kényane devant des brassées de fleurs splendides envoyées à la décharge.

Dans les pays européens les plus touchés comme l’Italie, l’Espagne ou la France, des hôpitaux sont au bord de l’effondrement, les personnels de santé exténués et exposés à la contagion par manque de masques et de matériel adapté.

« Beaucoup de collègues pleurent parce que des gens meurent seuls sans avoir revu leur famille et nous avons à peine le temps de leur tenir compagnie », raconte Guillen del Barrio, infirmier dans un hôpital de Madrid saturé de malades.

Dans la capitale espagnole, une patinoire a été transformée en morgue géante. Les halls d’exposition de la Foire de Madrid ont été reconvertis en hôpital de campagne de 1.500 lits.

En Italie, le bilan quotidien reste cauchemardesque : encore 743 morts mardi. Mais une décrue du nombre de contaminations suscite de timides espoirs chez les scientifiques.

Avec le confinement de l’Inde, ce sont 2,6 milliards de personnes désormais appelées à se cloîtrer chez elles, selon un comptage réalisé à partir d’une base de données de l’AFP, soit environ le tiers de la population mondiale, évaluée par l’ONU à 7,8 milliards de personnes en 2020.

D’après un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles, plus de 18.000 personnes ont perdu la vie à cause de ce virus et plus de 400.000 cas d’infection ont été diagnostiqués dans 175 pays et territoires.

Ce nombre de cas diagnostiqués ne reflète toutefois qu’une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant plus que les cas nécessitant une hospitalisation.

En Afrique, en Amérique latine et en Europe, couvre-feux, confinements, fermetures de commerces et restrictions de déplacements se généralisent pour tenter d’endiguer une maladie contre laquelle aucun vaccin ni aucun traitement avéré n’existent à ce jour.

« Grave récession »

Donald Trump et son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, ne sont toutefois toujours pas convaincus.

« On peut détruire un pays en le fermant de cette façon », a critiqué le président américain, en évoquant le risque d’une « grave récession ».

Les États-Unis ont recensé mardi plus de 700 morts et 53.000 cas officiellement déclarés de Covid-19, selon le comptage de l’université Johns Hopkins, qui fait référence. Environ 40 % de la population américaine est confinée chez elle ou sur le point de l’être, les restrictions variant d’un État à l’autre.

Au Brésil, où l’on recense 2.201 cas de Covid-19 et 46 décès, les déficiences du système de soins, la pauvreté et l’insalubrité dans lesquelles vit une grande partie de la population menacent d’aggraver l’épidémie dans la première économie d’Amérique latine.

Mais le président d’extrême droite Jair Bolsonaro a comparé les mesures de confinement à une politique de terre « brûlée ».

En Chine, les restrictions drastiques imposées depuis plusieurs mois dans la province du Hubei, épicentre de la pandémie, ont été levées mercredi -sauf dans la capitale régionale Wuhan- provoquant des embouteillages et une ruée sur les trains et autocars.

Aucun cas de contamination locale n’a été détecté en 24 heures dans le pays, mais 47 cas « importés » de l’étranger ont été identifiés sur cette période, selon les autorités sanitaires nationales.

Dans un aéroport de Moscou, des dizaines de personnes originaires d’Asie centrale privées de vols en raison de la fermeture des frontières dorment par terre en attendant désespérément de pouvoir revenir chez eux.

« On attend que le cauchemar se termine », soupire Sakhib Narzoullaev, 21 ans, un étudiant tadjik.

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Un commentaire

  1. Liberte

    25/03/2020 à 10:16

    Barra! Barra! (Dégage! Dégage!)»: le cri est virulent et laisse entrevoir la peur, alors que la file d’attente pour accéder au «hanout» (petite épicerie de quartier) était certes dense, mais calme jusqu’ici. En cause, un mendiant, qui s’approche un peu trop des clients. À Tunis, on respecte les distances sanitaires. Mais un peu moins le confinement total instauré depuis dimanche.

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