Dans cet ouvrage, un recueil de photos d’Aicha Filali, l’artiste nous invite à ouvrir l’œil pour voir surgir l’exubérance du quotidien de nos villes ordinaires


Aicha Filali nous avait abonnés depuis un bon bout de temps à ses photos facétieuses publiées sur sa page Facebook et qui ont fait tant d’émules. Prises au gré de ses déambulations dans les souks, fripes, marchés hebdomadaires, quartiers populaires, jardins de la ville, ses clichés disent l’émergence du curieux, du bizarre, du surprenant, de l’inédit, de l’exubérant dans les coins et recoins de rues. Avec une sélection de ses photos, elle vient de faire paraitre un recueil intitulé « Captures » (Contraste Editions, 120 pages) introduit par un texte de sa sœur, la romancière  Azza Filali.

Aicha Filali est une artiste contemporaine, confirmée, connue sur la place pour ses  installations où elle s’ingénie à détourner les objets. Artiste prolifique, elle  se distingue  par son esprit critique, son humour caustique et son penchant pour la provocation. Dans le Landerneau des arts actuels,  elle est une star. Dans cet ouvrage, on la découvre photographe, non pas une professionnelle avec ses appareils lourds de marque, des boitiers et des zooms puissants, visibles à des kilomètres, mais banalement avec son téléphone.

Les clichés de son livre sont captés simplement par son portable «  plus commode,  dit-elle,  moins encombrant et surtout plus discret ».

Aïcha Filali, photographe, amateur ou professionnelle ?  Oui, elle est tout ça à la fois, photographe amateur, comme tout le monde pourrait l’être, dans une certaine mesure. La différence, toute la différence réside dans l’œil, lequel est avisé ou non, critique ou pas. Elle affirmait dans la séance de présentation de son livre le mois de janvier dernier qu’elle n’est pas dans la position du photographe professionnel qui prend son temps pour régler la mise au point, qui choisit l’angle, s’attarde pour cadrer… une pratique, dit-elle, qu’elle avait exercée dans le passé, lorsqu’elle sillonnait la ville, assistant à des événement ou des manifs, avec un appareil de marque. Les images du livre se situent dans un autre registre. Dans la postface, elle indique :

«  Je fais des photos depuis l’adolescence, argentique, numérique, et enfin smartphone… tout ce qui meuble mon trajet fait signe. »

Azza Filali,  sœur de l’artiste, écrivaine au long cours ; son dernier opus «  Le Rideau » éd. Nirvana,  est paru au mois de décembre, complice dans la réalisation de «  Captures », écrit en prologue un texte utile et « romancé » intitulé   «  Arrêt sur images » qui ajoute avec force détails des éclaircissements  aux clichés.  Elle dit en substance «Au hasard des déambulations, les photos de cet ouvrage accrochent le regard. La plupart facétieuses, extorquent un sourire amusé. ; Leur mérite est de nous rappeler que le quotidien…tout cela est une occasion, sans cesse renouvelée, de rire de la vie. ».

Il faut ouvrir le livre, à n’importe quelle page, pour découvrir l’image et la légende qui l’accompagne pour sourire et rire même. En fait, tout l’art de Aicha réside dans le génie de ses légendes : sur des pierres jetée une paire d’escarpins oranges inspire à l’artiste le titre de « Cendrillon ». Sur la page 24, la peluche d’un singe bien poilu côtoie la silhouette d’un homme à la barbe abondante, un salafiste au long kamis, et à l’auteure de titrer : « Gorilles ».

Plus loin,   un terrain vague au bord d’une route, une maison propre sur fond de ciel bleu, un poteau signalant un sens giratoire au premier plan, en dessous deux pancartes, l’une noire où est écrit en blanc avec flèche «  ici, famille délaissée », l’autre blanche, écriture noire (de la même main) qui dit la même chose. La légende dit « Ayla (doublement) mansya  (famille doublement délaissée).

Humour et tendresse pour ce monde dominé par le kitsch mais également par le spontané émaillent les captures d’Aicha Filali. Un ouvrage édité avec l’aide de la Fondation Habib Bourguiba.

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