Certains estiment que l’Intelligence artificielle est un vrai enjeu économique et politique…, pouvez-vous développer davantage ce point ?

Le père de l’Intelligence artificielle (IA), l’Américain John McCarthy, la définit en tant que ‘’la science et l’ingénierie de la fabrication de machines intelligentes, en particulier de programmes informatiques intelligents’’. Pour moi, ce concept, qui n’est pas aussi vieux mais qui n’est pas usuel non plus en Tunisie, peut se définir comme un ensemble de techniques et de méthodes qui permettent de simuler le raisonnement humain qui est le cerveau biologique. C’est la manière de raisonner la pensée humaine.

La crise du coronavirus a un impact considérable sur la population. L’Intelligence artificielle pourrait-elle trouver des remèdes au coronavirus?

L’IA a réalisé des prouesses dans plusieurs domaines. En médecine, la célèbre application Watson (un système à base d’IA développé par IBM 2006) a montré des résultats très satisfaisants voire plus précis qu’un médecin pour analyser et diagnostiquer une maladie chez un patient. Aujourd’hui, les applications de l’IA en santé sont multiples et se sont bien développées. Une intelligence artificielle est capable de nos jours d’analyser une tumeur au cerveau presque en temps réel. La puissance de cette discipline pousse les chercheurs scientifiques dans le monde à utiliser des algorithmes en DeepLearning pour tenter de trouver un remède ou un vaccin pour cette pandémie.

En utilisant son système AlphaFold (un algorithme d’apprentissage automatique), Google, via sa filiale britannique DeepMind (spécialisée en IA), a pu générer pour la première fois des modélisations de la protéine du virus de la maladie. Ces modélisations sont censées aider à comprendre le fonctionnement du coronavirus et mener vers  la voie d’un vaccin. En Chine et plus précisément du coté Alibaba, le géant du commerce électronique, une application a été développée à base d’intelligence artificielle capable de détecter les infections au Covid-19 plus rapidement que le corps médical. Donc, à l’échelle internationale, nous remarquons un recours excessif à l’IA pour trouver un remède face à cette pandémie.

Vous dites, donc, que l’IA pourrait relever le défi pour combattre le Covid-19 ?

Notre monde est sur le point de connaître un changement capital sous l’effet de cette pandémie. Le nombre des morts est très important, surtout en Italie malgré un nombre de population qui est plus faible par rapport à la Chine. Pourquoi cette dernière a pu freiner la propagation vertigineuse de cette épidémie ? En effet, à part ses moyens sanitaires et humains, la Chine a mis toute sa puissance technologique pour combattre l’épidémie : BigData, Intelligence artificielle, drones, Cloud Analytics, robots… Des algorithmes à base d’intelligence artificielle ont été utilisés en Chine pour identifier les malades et élaborer un traitement ou circonscrire la propagation. On peut citer aussi que cette épidémie a été même détectée avant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ceci grâce à une intelligence artificielle développée par une start-up canadienne appelée BlueDot. Sa technologie scanne en permanence des rapports officiels, des forums de professionnels, des articles et des mots-clés tapés dans les moteurs de recherche pour déceler, dans 65 langues, les termes laissant suspecter la diffusion d’un virus. Il n’y a plus de doute. Aujourd’hui et dans les années à venir, les programmes intelligents vont se développer fortement et vont transformer tous les domaines. Alors, « Do or Die » si nous voulons que le fossé technologique ne se creuse pas davantage entre la Tunisie et les pays développés.

La Tunisie suit-elle ce chemin là ?

On ne peut pas parler des prouesses que peut amener l’IA dans le développement du pays sans parler d’une stratégie IA du pays. Le Canada était le premier pays qui a mis en place sa propre stratégie nationale IA en 2017. Aujourd’hui, on en compte 16 pays qui ont mis leur stratégie. Donc, la question d’une stratégie est récente, et si nous voulions que la Tunisie ait sa propre stratégie, il faut qu’elle se lance le plus tôt possible pour que, au bout de deux ans, elle sera achevée et prête pour le déploiement. Cela veut dire, si cette stratégie est prête fin 2021, la Tunisie est en mesure de rattraper son retard au niveau de sa transformation numérique.

Malgré cette situation, il faut voir la moitié pleine du verre. Nous constatons, aujourd’hui, qu’il y a beaucoup d’initiatives et efforts de la part des universités et des associations civiles professionnelles pour promouvoir l’IA, que ce soit à l’échelle académique ou à l’échelle de l’entreprise. Mais, ceci est insuffisant si on veut rattraper les pays qui sont bien en avance sur ce sujet…Nous pensons qu’il est primordial d’avoir un engagement de l’Etat et ce, par l’élaboration d’une stratégie nationale et la création d’une entité dédiée à la fois au suivi de la mise en œuvre de cette stratégie et au développement de l’IA dans le pays.

Quelles sont, selon vous, les pistes à explorer pour s’adapter aux exigences de cette nouvelle révolution?

Il faut le dire, aujourd’hui, l’IA a envahi plusieurs domaines tels que la santé, l’industrie, le transport…Beaucoup de pays ont développé des stratégies en IA afin de créer des licornes et devenir des références mondiales dans un secteur particulier. La Chine est reconnue comme leader dans la reconnaissance faciale, le Canada dans le Deep Laarning (l’Apprentissage Profond), le Japon dans la Robotique…Et pour mettre en place cette stratégie, il a fallu une forte impulsion du gouvernement, de grandes entreprises technologiques du pays et un partenariat Public-Privé.

Pareillement en Tunisie, une stratégie nationale en IA est essentielle si nous voulons l’explorer pour innover et développer des domaines vitaux, tels que la santé ou l’éducation. Par ailleurs, l’Etat devra travailler sur plusieurs pistes : favoriser au maximum l’expérimentation à grande échelle des technologies liées à l’IA sur le territoire en fédérant un maximum d’acteurs (laboratoires de recherche, start-up, grands groupes, acteurs publics…), des formations spécialisées dans les domaines technologiques concernés par l’IA (data scientists, coach d’IA…), appuyer financièrement les start-up dans l’innovation et dans les domaines concernés par l’IA, mettre en œuvre une économie de la data avec la création de bases de données publics, définir des normes et des réglementations de manière à faciliter l’inclusion…

C’est pourquoi votre association ne cesse de multiplier les actions pour communiquer davantage sur l’IA. Quels sont vos principaux chantiers?

Au sein de l’Atia, nous visons à développer l’IA en Tunisie en l’intégrant dans la chaine de valeur des différents secteurs d’activités dans les domaines publics et privés. Pour atteindre cet objectif, nous avons mis en place un programme qui s’articule autour de cinq axes majeurs, à savoir : ‘’ATIA Talks’’ qui est un ensemble des événements nationaux où on invitera des acteurs publics et privés d’un domaine précis pour discuter les enjeux et les perspectives de l’IA dans ce domaine, ‘’ATIA Training’’ qui représente des sessions de formation sur différentes thématiques en IA qui seront assurées par  des formateurs membres de l’Atia ou des experts tunisiens en IA, ‘’ATIA International Meeting’’ qui est un événement qui sera organisé annuellement regroupant l’écosystème IA tunisien avec des acteurs étrangers pour débattre les tendances et les opportunités de l’IA dans le monde, ‘’ATIA Ecosystem AI’’ qui vise à développer, par une équipe projet Atia, une plateforme qui contiendra tous les acteurs tunisiens (académique, professionnel, chercheur, laboratoire, institution, experts…) agissant dans le domaine de l’IA. Cette plateforme, accessible via le site web de l’association, aidera tout entrepreneur souhaitant s’investir dans le domaine de l’IA. Et finalement ‘’ATIA Project’’ pour identifier des entreprises potentielles pour mettre en place des projets en IA qui seront financés par des bailleurs de fonds mondiaux.

Par ailleurs, à court terme, notre plan d’action se résume en deux actions majeures. Tout d’abord, nous allons démarrer notre première session ‘’ATIA Traininig’’, qui se déroulera du 06 au 08 avril 2020, en partenariat avec l’Ensi et le Technoparc Manouba. Nous comptons, également, organiser notre deuxième ‘’ATIA Talks’’ autour du sujet « IA & secteurs bancaire et financier », qui aura lieu le 11 juin 2020 à l’occasion de la 5è  édition du Sitic Africa (salon international des TIC).

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