La première édition du Baromètre de l’entreprise publiée en 2011 a montré que 100% des dirigeants interrogés ont estimé que le retour à la normale se ferait en moins de deux années, 70% ont même anticipé un rétablissement en seulement une année. Le bureau d’audit et de conseil en management EY Tunisie vient de publier la 6e édition du baromètre 2019 des entreprises tunisiennes. Ce baromètre donne un éclairage objectif et professionnel sur le moral, les préoccupations et les perspectives des entreprises implantées en Tunisie.

D’après M.Noureddine Hajji, Associé directeur général EY Tunisie, cette sixième édition du Baromètre 2019 révèle deux nouvelles alarmantes: «un fléchissement net de la croissance des entreprises, d’un côté, et la capacité de leur résilience qui a pris un sacré coup, de l’autre, le tout en l’espace d’une seule année. Nos entreprises, après avoir résisté pendant plusieurs années aux effets pervers d’une conjoncture résolument défavorable, commencent visiblement à lâcher».

Feuille de route
Il affirme, par ailleurs, que seules les entreprises à forte vocation exportatrice, les entreprises des TIC et les équipements automobiles, tirent leur épingle du jeu. Ces deux signaux d’alerte sérieux impliquent, plus que jamais, «des actions conséquentes de la part des pouvoirs publics: simplification effective de la vie aux entreprises, incitations fortes à l’investissement et «amortissement» du choc des surcoûts de financement tant de l’investissement que de l’exploitation».

M.Hajji propose ainsi une feuille de route pour les entreprises gagnantes de la prochaine décennie focalisée sur quatre axes prioritaires, à savoir l’innovation technologique, l’internationalisation, la réingénierie des politiques et la gouvernance/ transmission. De son côté, M.Sami Zaoui, Associé consulting EY Tunisie, précise que «l’environnement d’affaires mondial est trop difficile, trop concurrentiel, trop hostile pour que nos entreprises tunisiennes puissent connaître croissance et pérennité tout en évoluant dans un cadre de lenteur administrative, de tensions sociales, d’instabilité de change, de pression fiscale…».

Signal d’alarme
Selon la même source, la première édition du Baromètre de l’entreprise publié en 2011 a montré que 100% des dirigeants interrogés ont estimé que le retour à la normale se ferait en moins de deux années , 70% ont même anticipé un rétablissement en seulement une année. Sept ans plus tard, l’édition 2019 montre à quel point les entreprises tunisiennes se sont installées dans une situation de précarité généralisée avec 58% des répondants qui estiment que leurs activités seront menacées dans les deux ans qui suivent alors qu’ils n’étaient que 25% en 2015. Ce chiffre est de 68% pour les petites entreprises.

«C’est un véritable signal d’alarme qui est lancé et le message est clair: après une longue période d’instabilité politique et sociale d’un côté et de conjoncture économique défavorable de l’autre, la capacité de résilience de l’entreprise tunisienne est sérieusement entamée. Ceci se reflète dans le moral et les anticipations des chefs d’entreprise dont 51% s’attendent à une détérioration de la situation politique et 56% à une détérioration de la situation économique en 2019».

Ces anticipations négatives de la conjoncture impactent les stratégies d’investissement et de développement avec seulement 35% des répondants qui déclarent une intention d’augmenter leurs investissements en 2019, alors qu’ils étaient 48% l’année précédente. Par ailleurs, les secteurs des TIC  et de l’industrie automobile affichent une dynamique positive. 59% des chefs d’entreprise  du secteur TIC et 48% des dirigeants d’entreprise  de l’industrie automobile prévoient l’amélioration de leurs chiffres d’affaires et ils sont aussi 48% à prévoir d’augmenter leurs investissements en 2019 pour les deux secteurs.

Situation économique en dégradation
Concernant l’évolution de la situation économique et sociale en Tunisie au cours de l’année 2019, 56% des dirigeants d’entreprise pensent qu’elle va se dégrader. En outre, «les projections économiques des institutions financières internationales pour l’année 2019  montrent une légère amélioration sans changement majeur de la situation: le FMI prévoit une croissance à 2,7% du PIB pour 2019 contre 2,6% en 2018».

S’agissant de l’évolution du climat des investissements, et malgré la progression de 8 places réalisée dans le classement Doing Business 2019 permettant à la Tunisie de passer de la 88e à la 80e place, uniquement 20% des chefs d’entreprise  envisagent une amélioration du climat d’investissement en Tunisie au cours de cette année.

Selon M.Hajji, «ce qui a changé dans les préoccupations majeures des chefs d’entreprise, c’est l’intensité de la problématique du glissement du dinar et l’entrée de l’inflation dans le Top 5. En revanche, la problématique de la pression fiscale quitte pour la première fois le Top 5 des préoccupations majeures».

Parmi les Top 5 des préoccupations majeures des chefs d’entreprise, on retrouve 4 parmi celles identifiées l’année dernière: la dégradation de la situation économique en Tunisie, la dévaluation du dinar, la qualité des services des administrations tunisiennes et la pression des organisations syndicales.

«Ces préoccupations sont expliquées par le contexte difficile par lequel passe la Tunisie post-révolution. En effet, le dinar a perdu 15% de sa valeur face à l’euro durant les 12 derniers mois, le déficit de la balance commerciale continue à augmenter pour atteindre, fin 2018, 194 MD, à ceci s’ajoute la dette publique qui a grimpé à des niveaux élevés pour s’établir à 73% du PIB».

Notons que la tendance inflationniste entre pour la première fois dans le Top 5 des préoccupations des chefs d’entreprise, sachant que le taux d’inflation a atteint 7,5% en 2018. Les prévisions des dirigeants d’entreprise concernant l’évolution de leur activité sont assez optimistes. Ainsi, 43% prévoient une amélioration de leur chiffre d’affaires et 43% prévoient sa stabilité. 93% des grandes entreprises estiment que l’évolution du cadre d’investissement est parmi les éléments les plus influents contre seulement 32% pour les petites et moyennes entreprises.

Volet investissement, les chefs d’entreprise  persistent  quant aux projections futures de leurs activités  et montrent une attitude vigilante : 35% seulement des dirigeants déclarent une intention d’augmenter leurs investissements en 2019 contre 48%  en 2018. Tenant compte du contexte actuel, «le partenariat avec d’autres entreprises ou institutions est la plus retenue par les chefs d’entreprise en termes d’évolution. Une grande aversion au risque est constatée. Ainsi, 29% des dirigeants n’envisagent aucune évolution pour 2019».

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