L’évaluation périodique des acquis de l’élève ou de l’étudiant est l’un des piliers du système éducatif. Notre pays avait opté, depuis des années, pour des évaluations multiples tout le long du cursus scolaire. Il y avait, alors, la «sixième», le brevet et le bac. Mais, malheureusement, une décision inexpliquée et inexplicable a été prise de supprimer la fameuse «sixième»

Cela fait près d’une vingtaine d’années que nos élèves ne sont plus évalués. C’est, uniquement, au niveau du bac que l’on peut parler d’une évaluation sérieuse et méthodique. Entretemps, on avait introduit, en 1998, le Diplôme de fin d’études de l’enseignement de base (Dfeeb). C’est au terme de 9 ans qu’on avait instauré une étape obligatoire permettant de passer dans le secondaire. Mais là, aussi, on avait abandonné le caractère obligatoire de cet examen. Du coup, on s’est trouvé devant deux étapes évaluatives (6ème et 9ème) facultatives.

La dégringolade

Toutefois, l’obligation est restée valable, uniquement, pour ceux qui veulent accéder aux collèges pilotes ou aux lycées pilotes. De la sorte, ce sont plus d’un quart de million d’élèves qui sont privés d’évaluation crédible.

Un débat s’est ouvert sur le rétablissement, d’abord, de la « sixième » vu son impact certain sur la consolidation des acquis et la capacité à assimiler les connaissances. Ces hésitations sur les orientations à suivre n’ont fait que détruire l’édifice construit dès le début de l’indépendance. Les indicateurs sont, de plus en plus, négatifs en ce qui concerne les performances de nos élèves. La Tunisie n’est que 65ème sur 70 pays de l’Ocde, selon le dernier classement Pisa.

Les résultats réalisés par la Tunisie sont, le moins que l’on puisse dire, faibles. Elle n’aurait recueilli que 388 points en mathématiques, en lecture nos élèves ont dépassé à peine les 404 points alors que la moyenne des pays de l’Ocde est de 496 points. Pour la culture scientifique, la Tunisie récolte un score de 398 points loin de la moyenne de l’Ocde (501 points).

Et la dégringolade continue venant, cette fois-ci, de l’intérieur avec des mouvements incalculables de grèves, de boycotts et toutes sortes de blocages du système éducatif. Ce qui est plus grave, c’est qu’aucune partie n’est capable de trouver la parade et d’adopter les décisions qu’il faut pour sortir de l’impasse. Toute réforme est devenue impossible à cause des ingérences insupportables d’organisations et de parties qui n’ont rien à voir avec un aggiornamento du système éducatif.

Aucun gouvernement n’a pu mettre en œuvre les dispositions susceptibles de remettre notre école sur les rails, notamment après 2011.

Une seule évaluation en 13 ans !

Toujours est-il qu’on tarde à apporter les réponses nécessaires à une situation qui ne peut plus attendre. Toutes les familles, pourtant, aimeraient revenir à l’ancienne formule de la « sixième » en tant qu’examen revêtant un intérêt national et comptant dans le parcours scolaire à côté du bac. En effet, il est étrange qu’un pays comme le nôtre n’effectue qu’une seule étape d’évaluation pendant 13 ans ! Il n’est pas normal qu’un élève ne soit pas évalué de la première année primaire jusqu’à la 4ème année secondaire.

Le retour à la «sixième» et, pourquoi pas, le rétablissement du caractère obligatoire de l’étape évaluative de la 9è sont autant de moyens pour permettre à l’apprenant de disposer d’un tableau de bord fiable de son niveau scolaire durant ces trois étapes.

Actuellement, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les 170.000 élèves inscrits en 6è, seuls 55.000 se sont portés candidats au concours d’admission dans les collèges pilotes. Pour la 9è, il y a près de 130.000 dont 26.000 seulement se présenteront pour passer le Dfeeb.

Cette dispersion des effectifs est, aussi, une dispersion des efforts et des idées. L’élève n’accorde plus cet intérêt qu’on avait, avant, pour ces moments décisifs de la vie scolaire.

L’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives a réalisé, en 2015, une étude dans laquelle il recommande, entre autres, la réinstauration de l’examen de «sixième» et du Dfeeb sous leurs formes obligatoires. Pour lui, « ces deux étapes d’évaluation supplémentaires sont de nature à renforcer les moyens de mesure et de suivi du niveau et de la qualité du système éducatif national». C’est pourquoi il serait temps que l’on rétablisse, au plus vite, l’examen de « sixième » en attendant de voir ce qu’il en sera de la «neuvième». Pour l’heure, c’est d’une autre étape évaluative que nos élèves ont besoin. Il faut trancher sans attendre les discussions oiseuses dont certains intrus sont devenus les champions. Et, sur ce point, c’est le ministère de l’Education, ses pédagogues et ses spécialistes qui ont toutes les prérogatives pour décider.

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