La note stratégique de l’étude réalisée par l’Ites détaille les principaux axes d’une stratégie globale, cohérente et efficace pouvant faire face à la crise du Covid-19. Cette dernière met à plat les tenants et les aboutissants d’une crise multidimensionnelle. Elle révèle, également, les enjeux sanitaires, économiques, sociaux et géopolitiques auxquels le pays doit faire face sur le court et le moyen terme, tout en proposant les éléments d’un plan urgent  de sortie de crise. 

L’auteur de la note stratégique, Mehdi Tej, directeur du département des études et des recherches à l’Ites, a commencé tout d’abord par dépeindre le contexte actuel de la crise du coronavirus à l’échelle mondiale et nationale, tout en s’appuyant sur une analyse des expériences de lutte contre la pandémie menées par divers pays à travers le monde. Ainsi il a conclu que “ la Tunisie a déployé une stratégie certes perfectible, mais conforme, sinon supérieure, à ses moyens”, étant donné que le pays doit arbitrer entre “impératifs sanitaires et souci de préserver le tissu économique”. 

Les trois phases de la stratégie

Ainsi, tout en tirant la sonnette d’alarme, l’auteur a fait savoir que le pays est “confronté à une crise systémique (sanitaire, économique, sociale, sécuritaire, etc.) d’une ampleur inédite susceptible de porter atteinte aux fondamentaux du pays, voire à sa survie, et de remettre en cause le processus de transition démocratique”, qui nécessite la mise en place d’une stratégie nationale globale, cohérente et efficace conciliant l’urgence du court terme et les impératifs du moyen terme. 

Afin d’éviter de basculer dans l’inconnu en gérant les conséquences au jour le jour dans l’urgence, l’Ites propose une étude qui met en exergue  des axes stratégiques sur lesquels doivent se pencher toutes les parties prenantes impliquées dans la lutte contre le coronavirus. Elle s’articule autour de trois principales phases, en l’occurrence une première phase qui consiste à adopter l’économie de guerre dans l’objectif de préserver  les secteurs vitaux du pays qui sont le cœur du système ou “réacteur Tunisie”, une deuxième phase d’anticipation qui s’étale de l’été à la fin de l’année 2020 où il est question d’anticiper la fin de la crise sanitaire et d’assurer le redémarrage de l’économie nationale. Les trois actions “évaluer-débattre-relancer” sont le pivot de cette phase; et enfin une troisième phase qui consiste à penser l’après-Covid-19 et à identifier les horizons stratégiques qui s’offrent au pays à l’horizon 2025. 

L’économie de guerre

S’agissant de la première phase qui consiste à adopter l’économie de guerre, son principal enjeu est d’identifier et de préserver les secteurs vitaux qui sont les activités économiques indispensables et vitales pour  la survie de la nation. L’objectif primordial de cette phase “vise à assurer la survie de la nation, d’éviter un effondrement de l’Etat, du système politique, et de jeter les bases d’une relance de l’économie afin que celle-ci redémarre ultérieurement dans les meilleures conditions”, explique la note de l’étude. “Afin de préserver ces secteurs vitaux, le Président de la République pourrait faire appel, outre à l’armée, aux valeurs portées par cette même armée et à ses principes mêmes qui ont favorisé son plébiscite : la discipline, la fraternité face à l’adversité, la combativité, l’altruisme, etc.”, révèle le document. 

Durant cette phase, il est crucial de contenir tous les risques et les menaces qui peuvent surgir comme l’effondrement de l’Etat ou de l’économie nationale, une implosion sociale difficilement maîtrisable, outre les  risques sécuritaires et géopolitiques, essentiellement le terrorisme, la criminalité, la spéculation, le crime organisé, les cyberattaques, etc. Ainsi, pour se prémunir contre les risques de dysfonctionnement des secteurs vitaux et pour assurer la coordination et la cohérence des politiques publiques engagées, l’Ites recommande de mettre en oeuvre les trois  actions suivantes. Premièrement, la mise en place de plans de continuité d’activité (PCA) efficaces, adaptés en permanence à l’évolution de la situation sanitaire et dotés d’une veille stratégique et d’un tableau de bord avec indicateurs d’alerte. Deuxièmement, le suivi et la mise en œuvre de ces plans de manière rigoureuse et prospective pour ne tolérer aucun dysfonctionnement, et ce,  en les calibrant à 200%. Une stratégie de communication de crise intégrant le rôle fondamental des médias devra également être établie. Troisièmement, le Conseil national de sécurité, sous la présidence du Chef de l’Etat, pourrait être le garant suprême de la bonne mise en œuvre de ces plans stratégiques destinés à assurer la sauvegarde des secteurs vitaux. Les plans d’action  avec indicateurs de suivis et tableau de bord devront lui être présentés de manière régulière afin de contrôler leur bonne mise en œuvre.

Une stratégie pour le redémarrage de l’économie

En ce qui concerne la deuxième phase qui consiste à préparer le redémarrage de l’économie, l’étude recommande  l’élaboration d’une stratégie à l’horizon fin 2020. Elle doit préparer le retour du fonctionnement normal de l’économie nationale sur fond de réforme de l’Etat en visant le « mieux d’Etat ». Comment ? En exploitant la crise du Covid-19 pour accélérer la transformation de l’Etat vers ce qu’on a appelé le  « mieux d’Etat ». Ainsi, durant cette phase il est crucial de mettre en place une stratégie permettant de se prémunir contre tout effondrement du tissu économique et industriel du pays, de la filière agricole et des industries agroalimentaires mais aussi contre des crises ou des révoltes sociales. L’étude recommande, pour cette phase, de se doter des moyens et des compétences octroyant à la Tunisie une autonomie stratégique dans des secteurs jugés vitaux. Par ailleurs, il faut redéfinir la place de la Tunisie dans un monde  profondément “bouleversé et reconfiguré”. Le recalibrage de notre diplomatie sur les plans sécuritaire et économique devra, alors, s’effectuer. 

L’après-Covid-19 à l’horizon 2025

S’agissant enfin de la troisième phase, l’étude proposée par l’Institut met l’accent sur l’impératif de penser l’après-Covid-19 à l’horizon 2025 et d’anticiper la nouvelle grammaire stratégique ainsi que les déterminants géoéconomiques dans le nouveau contexte mondial où  “les cartes de la puissance et du pouvoir à l’échelle de la planète vont être rebattues sur fond d’une reconfiguration des rapports de force et de puissance”. A ce stade, il s’agit de se focaliser sur plusieurs problématiques d’ordre économique, social, politique et géopolitique qui incitent à conceptualiser les transformations que le pays devrait réaliser sur le moyen terme. Parmi les problématiques auxquelles il faut réfléchir,  l’étude cite: le système sanitaire post-Covid-19 à l’horizon 2025, le modèle numérique et digital pour la Tunisie post-Covid-19 à l’horizon 2025, la démarche en matière de réforme de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’agriculture à l’horizon 2025, le contrat social à l’horizon 2025 et le repositionnement diplomatique international de la Tunisie. 

Suite à des séances de brainstorming menées par les équipes de l’Ites, l’on a identifié 10 secteurs vitaux jugés indispensables à la survie de la nation et qui tiennent lieu de composantes de l’économie de guerre. Ils sont les suivants:  1- La filière hospitalière et plus globalement sanitaire incluant l’industrie pharmaceutique (matériel, médicaments, etc.) : elle constitue la première ligne de défense du pays face au Covid-19.

2- La sécurité des personnes, des biens et des infrastructures critiques du pays (à titre illustratif : centrales électriques, hôpitaux, minoteries, centres de distribution, etc.) : stratégie mobilisant les forces de sécurité intérieure et l’armée nationale.

3- Les services publics vitaux à l’attention des citoyens : l’eau, l’électricité et le gaz, les services municipaux de collecte et de gestion des déchets, les télécommunications et l’internet

4- Les hydrocarbures

5- Assurer le paiement des salaires et retraites en temps voulu et limiter au maximum les licenciements et fermetures d’entreprises

6- La filière agricole et agroalimentaire avec un accent particulier sur la filière céréalière

7- L’approvisionnement de la population en denrées de base vitales afin de se nourrir sans aucune discontinuité

8- Veiller à entraver toute dérive non contrôlée des acteurs relevant de l’économie informelle. Une attention particulière devra être accordée aux régions frontalières vivant des trafics aujourd’hui entravés du fait de la fermeture des frontières

9- Sécuriser et assurer le transport et la logistique des matières et produits vitaux : circuits d’approvisionnement

10- Mobiliser l’ensemble des capacités et acteurs du pays en termes d’innovation, de développement d’outils fondés sur l’intelligence artificielle, le Big Data, etc. Oeuvrer très rapidement à la digitalisation de l’administration tunisienne

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