L’année 2020 est un annus horribilis pour le tourisme mondial et le tourisme tunisien particulièrement. Dans cette situation tristement inédite, c’est la première fois que le secteur est sinistré avec une telle ampleur. Si le secteur avait fait preuve de résilience durant les sombres heures du terrorisme et des troubles sociaux de 2011, il ne serait pas capable de relever la tête avant l’année prochaine, selon les experts.

Aujourd’hui, le secteur broie du noir, à l’instar de plusieurs autres secteurs, et il est difficile de dépasser les trous d’air sans  casse. Le tableau est peu reluisant avec des hôtels fermés, des chantiers à l’arrêt, des compagnies aériennes au bord de la faillite, des ports et des aéroports sans passagers et des souks aux rideaux baissés.

En effet, la chute  de l’activité touristique est vertigineuse. Les bilans parlent d’un déficit drastique des recettes touristiques, d’une chute vertigineuse des nuitées et d’un effondrement des entrées des étrangers. Les dommages collatéraux se sont fait très vite ressentir dans l’artisanat, un autre secteur à fort contenu économique et social qui emploie plus de 350.000 personnes. Les faits sont là et ils sont têtus. Maintenant qu’on sait où on en est, il faut savoir où l’on veut aller. Continuer sur le chemin de la baisse ou rallumer les moteurs et retrouver le feu sacré de la relance après la fin de la pandémie ?

Comment renverser la vapeur et entrer dans un cycle plus vertueux, telles sont les questions à poser avec courage afin de faire sauter les derniers verrous qui plombent encore l’activité touristique. Car la pandémie, le terrorisme et l’insécurité ne sont pas les seuls maux qui rongent le secteur. La vérité que l’on cherche à dissimuler depuis des années est que ces évènements sont intervenus à un moment où la destination n’avait plus aucune résilience.

De ce fait, la chute était inévitable. Pour rectifier le tir, il ne suffit pas de mener des campagnes publicitaires et de communication, au contraire il faut placer le combat au registre du business et du partenariat public-privé afin de relever plusieurs défis.  En effet, rien ne sert de se voiler la face et de se servir de la crise du coronavirus pour crier à l’aide.  Il faut le dire avec courage, la Tunisie n’a pas su réinventer son offre. Son produit balnéaire classique n’emballe plus les visiteurs.

Elle a raté le rendez-vous de la diversification, celui de la digitalisation, et n’a pas su se positionner sur le haut de gamme. Notre destination n’étonne plus, n’interpelle plus et n’évoque rien malgré ses atouts. Des atouts impossibles à mettre à profit tant que les responsables ont les mains liées à cause du conservatisme administratif.

La question  que devraient se poser tous les acteurs du secteur après la crise serait la suivante : pourquoi et pour quelles raisons les touristes reviendraient-ils en Tunisie ? Une question qui trace déjà les contours des réponses à apporter pour qu’après la pandémie, la reprise soit assimilée à la relance.

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Un commentaire

  1. Francois Skripnikoff

    13/04/2020 à 13:31

    Il est temps que la Tunisie se rende compte que le tourisme bas de gamme des hôtels « all inclusive  » n’apporte rien…. sinon des devises étrangères accaparées par des grands groupes qui conservent les bénéfices sur des comptes à l’étranger via les agences de voyages européennes. Arrêtons de détruire le pays, concentrons nous sur un tourisme ecolo, naturel et éducatif. Renforçons l’offre d habitation chez l habitant (airbnb) qui amène de l’argent au particulier, à l’épicerie du coin et au restaurateur. Proposons des circuits de randonnées, de cyclisme, de découverte de l’artisanat ,de la nature etc….

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