Les Tunisiens évoquent le Ramadan avec des trémolos dans la voix. Et pour cause, voilà un mois saint qui risque de marquer au fer rouge la mémoire des Tunisiens. D’abord, on aborde le mois saint avec un mal de crâne généralisé à cause du confinement imposé comme moyen de lutte contre la pandémie de coronavirus. Ensuite, la hantise de serrer davantage la ceinture à cause d’une économie paralysée avec cette peur de se retrouver au chômage technique.

Et pour mieux noircir le tableau, en plus de l’annulation de la Omra, les fidèles ne savent plus à quel saint se vouer pour savoir comment ils vont pouvoir s’adonner aux rites habituels en ce mois. S’ajoute un couvre-feu qui, en plus du confinement du jour, va les cloîtrer intra-muros, sans visites familiales et probablement sans feuilletons.

Fini le temps où il était impossible de se retenir et lutter contre les pulsions de la fête et de la joie et de ne pas passer une grande partie de la nuit dans une symphonie où se mêlent les mélodies musicales aux sons des cuillères et des fourchettes, attablés parmi les convives des salons de thé ou des terrasses des cafés de la capitale. On ne peut pas non plus passer sous silence la grogne des fans des clubs sportifs qui n’ont pas encore gobé que toutes les compétitions soient annulées.

Conscient de l’importance de ce mois saint et sa place de choix dans la vie des Tunisiens, Elyes Falkhfakh a appelé à la rescousse la fine fleur des savants tunisiens. En effet, le Chef du gouvernement a convié hier à Dar Dhiafa à Carthage le Mufti de la République, les ulémas et les enseignants de théologie à une réunion à laquelle a assisté le ministre des Affaires religieuses,  et ce, en vue de recueillir leurs avis sur l’impact du coronavirus sur le volet spirituel et religieux à l’approche du mois saint du Ramadan.

La réunion a porté sur les meilleures intentions du mois sacré du Ramadan et son rôle dans le renforcement des valeurs de tolérance, de solidarité et d’unité dans la lutte contre cette pandémie, en plus de l’exploration des moyens à même d’assurer une meilleure adhésion aux mesures de prévention dans la pratique des rituels et traditions du mois sacré pour limiter la propagation du virus.

Pour le moment, rien n’a filtré de leurs recommandations mais on s’attend à ce que dans les prochains jours, les langues se délient et que les Tunisiens soient fixés sur les choix à faire pour protéger leur vie et celle de leurs proches tout en s’accommodant des préceptes que recommande la religion.

Mais l’on sait déjà que Ramadan rappelle aux plus démunis leur précarité sociale et que cette fois, le mois saint sera placé sous le signe de la solidarité, de la piété, de la parcimonie et de la patience.

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