Au lieu de porter collectivement les valeurs d’une République qui se distingue et s’affirme par sa présence et par son unité lors de cette crise sanitaire, les deux présidents, à savoir Kaïes Saïed et Rached Ghannouchi, s’affrontent dans une querelle à demi-mot certes, mais à visage découvert.

En effet, ces deux élus auxquels incombent les plus hautes charges de l’Etat affichent un appétit immodéré pour le pouvoir qui les pousse à se tirer dans les pattes. Avec leurs positions aux contours flous et leurs déclarations vacillantes, ils ne font qu’entretenir la division, alors que les trous d’air sont partout et que les menaces s’abattent de plus en plus sur les frêles épaules de notre pays. Il faut se rendre à l’évidence que le bras de fer engagé entre Carthage et Le Bardo est non seulement une baffe pour les gourous de la politique mais aussi un avant-goût de ce qui se mijote pour l’avenir du pays. Sans tomber dans une allégorie du malheur, le châtiment touchera non seulement les acteurs politiques mais étendra ses tentacules ravageurs à l’ensemble des citoyens. Alors, les citoyens vont-ils rester de marbre pendant que leurs rêves volent en éclats chaque jour ? Eux qui espéraient que la donne allait  changer lors des dernières élections présidentielle et législatives durant lesquelles ils ont donné une claque aux figures politiques traditionnelles qui ont dominé la scène pendant huit ans en ressassant des discours vagues et creux sans pouvoir changer le quotidien des Tunisiens. Mais ce cri de détresse qui a porté au pouvoir les acteurs de l’antisystème n’a pas trouvé écho auprès de cette nouvelle classe politique non plus. En effet, embourbés depuis leur prise de fonctions à l’ARP dans des duels sans fin, leur indifférence pendant des mois vis-à-vis des pans entiers de la société a démoralisé plus d’un, surtout ceux qui revendiquent le droit à la vie, au respect et à la dignité.

Peut-être que le coup de gueule du président de la République illustre de façon éloquente la grogne des citoyens, le ras-le-bol de voir notre si beau pays plonger dans une immense tristesse pendant plus de huit ans où chacun de ses citoyens a partagé un sentiment d’injustice et d’abandon. Mais il n’apporte pas de l’espoir non plus. Il ne fait qu’inscrire un combat de plus dans le registre des malheurs que ne cesse de vivre le pays. Mais le fait est là, et il faut s’accommoder de ce que les urnes nous ont donné comme gouvernants à la ligne d’arrivée. Mais il ne faut pas désarmer et se rappeler que c’est aussi au peuple de maintenir tel ou tel homme politique encore dans la course. N’empêche, il ne faut pas que cette nouvelle rixe politique sape le moral des Tunisiens car au-delà de la peur que provoque ce saut dans l’inconnu, c’est un grand tournant pour un pays qui fait ses premiers pas dans l’exercice de la démocratie. Même si le glaive entre Carthage et Bardo est tiré !

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