Fortement impacté par la pandémie de coronavirus, le secteur des restaurants touristiques a connu un arrêt total de ses activités depuis mi-mars. Mohamed Haouas, directeur exécutif de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques (Ftrt),  nous donne dans un entretien les contours d’une reprise prévue pour la fin du mois de mai. 

Quel est l’état actuel du secteur des restaurants touristiques face à la crise engendrée par la pandémie de coronavirus ?

Le secteur, comme toutes les composantes du secteur touristique, a été frappé de plein fouet par cette crise qui en a fait un secteur sinistré.

Depuis la seconde quinzaine de mars dernier, notre secteur est totalement à l’arrêt et confronté aujourd’hui à plusieurs difficultés.

Les restaurateurs, qui sont soucieux de préserver leurs entreprises et surtout de sauvegarder les intérêts de leurs employés, font face à des difficultés de trésorerie, d’accès aux sources de financement auprès des banques et aux multiples charges d’ordre social et fiscal. Plus encore, la coupure par la Steg de l’électricité aux restaurants  est une mesure inappropriée et inopportune dans la mesure où nous avons demandé des facilités de payement comme toutes les entreprises touristiques.

Les adhérents de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques sont très inquiets pour l’avenir et la pérennité de leur métier qui constitue un maillon très important dans la chaîne du tourisme tunisien.

Croyez-vous que les mesures prises par le gouvernement au profit du tourisme soient à même de sauver le secteur des restaurants touristiques ?

A l’annonce de ces mesures, les professionnels de notre secteur ont été confiants et optimistes. Mais avec le temps et en l’absence d’une concrétisation effective de ces mesures, le doute commence à s’installer chez les professionnels de notre secteur, déçus par la lenteur de l’exécution des mesures, alors que ces mêmes professionnels font face à des urgences de premier ordre se rapportant tout particulièrement aux salaires des employés.

Je pense que les mesures du gouvernement gagneraient en efficacité si la réactivité et la rapidité de concrétisation étaient au rendez-vous. Je voudrais insister à ce propos que les mesures prises par l’Etat au profit de notre secteur ne doivent pas être perçues comme un coût mais plutôt comme un investissement dans les compétences et le savoir-faire du personnel opérant dans le secteur. Car ce secteur risque de perdre ses compétences avec en plus le spectre des faillites qui menace nos entreprises. Or le secteur touristique dans son ensemble a tant besoin de ses entreprises pour sa reprise une fois l’urgence sanitaire traitée. C’est l’après-corona qui doit guider notre action future. Je ne peux à ce titre m’empêcher de rendre hommage, au nom de tous les adhérents de notre fédération, au ministre du Tourisme et de l’Artisanat qui a adopté toutes nos demandes et qui a été constamment à l’écoute de nos doléances et de nos inquiétudes. 

Commet se profilent la reprise d’activité et la réouverture des restaurants touristiques ?

Je tiens à préciser d’abord que nous sommes en face d’une absence de visibilité quant à la durée de la crise et de la période de confinement et la levée des restrictions de déplacements.

Nous avons aujourd’hui tant besoin de nouvelles ressources financières pour pouvoir assurer une reprise dans les meilleures conditions.

La reprise a un coût, celui de former davantage notre personnel afin qu’il puisse s’adapter au mieux aux nouvelles exigences sanitaires et à la nouvelle situation de l’après-corona. 

La reprise a un coût, celui de former davantage notre personnel afin qu’il puisse s’adapter au mieux aux nouvelles exigences sanitaires et à la nouvelle situation de l’après-corona. Le nouveau protocole sanitaire élaboré par l’administration en concertation avec la profession comporte plusieurs exigences auxquelles il faudrait se conformer afin de rassurer nos clients et les protéger mais aussi protéger nos employés. Cela suppose l’installation de nouveaux équipements sanitaires et l’adoption de nouveaux réflexes de travail et d’action au sein même de nos restaurants.

C’est pourquoi nous avons demandé avec beaucoup d’insistance à ce que nos entreprises accèdent aux facilités d’accès aux crédits bancaires avec des taux minimums d’intérêts.

Le nouveau protocole sanitaire nous impose dans une première étape de la réouverture un fonctionnement à hauteur de 50% des capacités réelles des restaurants. Ce qui impacte le chiffres d’affaires et réduit les recettes de nos établissements alors qu’ils sont obligés de garder l’ensemble du personnel avec la moitié des recettes. Ce qui oblige les restaurateurs à faire travailler leur personnel par rotation.

Quel est le positionnement du secteur des restaurants touristiques dans l’échiquier touristique national et comment se profile sa prochaine étape après le coronavirus ?

Notre secteur compte aujourd’hui plus de 370 restaurants touristiques et fournit plus de 25 000 emplois. Il a pour vocation de valoriser le riche patrimoine culinaire tunisien pour en faire un excellent vecteur d’attractivité touristique pour le pays. Cette vocation est d’une grande importance pour toutes les destinations touristiques dans le monde.

L’Organisation mondiale du tourisme n’a cessé d’accorder de l’intérêt  au tourisme de la gastronomie et lui a même dédié un forum international qui se tient tous les deux ans dans un pays membre de cette organisation.

En Tunisie, le secteur se doit d’être davantage restructuré et organisé après plusieurs années de marginalisation. C’est pourquoi nous tenons à exploiter cette période d’activité réduite pour approfondir la réflexion sur les grands dossiers qui interpellent l’avenir et le développement de notre métier, dont notamment la révision du système de classement des restaurants touristiques, la refonte du cadre législatif, la formation et le perfectionnement du personnel et la coopération internationale.

Ce sont des dossiers déjà ouverts et qui sont dans l’attente d’un coup d’accélérateur pour les concrétiser dans les meilleurs délais.

Propos recueillis par Mohamed BEN BECHIR

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