La Fédération nationale du numérique a lancé, récemment, un questionnaire, dont le but est de mesurer l’impact du Covid-19 et des mesures de confinement sur les entreprises du secteur numérique en Tunisie. Cette enquête a permis de mieux connaître l’impact réel de la pandémie sur le secteur et de disposer d’éléments d’informations tangibles permettant de concevoir et d’engager les solutions de soutien et de développement concrètes pour le secteur.

La Fédération nationale du numérique, relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), vient d’interroger les entreprises du secteur du numérique (PME, TPE, grandes entreprises, start-up) sur l’impact de la crise sanitaire sur leurs performances économiques et organisationnelles.

Les résultats de cette enquête montrent que le secteur du numérique est loin d’être épargné par la crise sanitaire. Il est impacté par la crise, comme tous les autres secteurs de l’économie tunisienne, et s’organise de manière à maintenir son activité. Ainsi, les entreprises sont déjà organisées pour assurer la continuité de service de tout l’écosystème. Les dirigeants du secteur envisagent progressivement une reprise de leurs activités à partir du 4 mai, 75% ont mis en place les mesures d’hygiène nécessaires pour le déconfinement. Selon 62 personnes sondées, 84% ont continué leur activité en télétravail d’une façon normale ou partielle.

Le télétravail s’est avéré efficace

Pour de nombreuses entreprises, il existait une sorte de barrière psychologique à laisser leurs employés travailler à la maison, notamment par crainte d’une baisse de productivité, mais lors de la crise et selon les 84% des entreprises qui ont opté pour le télétravail, cette solution montre ses avantages.

En termes d’impact sur l’entreprise, 53% des répondants l’ont qualifié comme un impact fort, 35.5% comme modéré. Dans la durée, 48.5% pensent que leur activité serait affectée par la crise temporairement et le même taux de 48.5% pense que l’affectation serait durable.

La profession s’est adaptée du mieux qu’elle a pu à cette période compliquée, mais les difficultés rencontrées étaient très importantes. Ainsi, 83 % des entreprises ont constaté une baisse de leur chiffre d’affaires, dont au moins 30% seraient impactés à plus de 50% de leur CA. Il y aurait aussi environ 29% des entreprises qui seraient impactées entre 10 et 30% de leur CA. Autres chiffres dévoilés par cette enquête : 63% des entreprises rencontrent des problèmes de trésorerie, 68% d’entre eux ont constaté une diminution de contrats, projet ou commerce, 39% annulation de contrats ou de ventes, et 24% report de projets. Aussi, 29% des entreprises interrogées auraient définitivement fermé leurs entreprises et 24% ont souffert de l’absence de certains de leurs collaborateurs.

Quel impact sur le capital humain

Comme de nombreux secteurs de l’économie tunisienne, le recrutement s’est retrouvé impacté par l’épidémie. Les entreprises ont été obligées de définir de nouvelles stratégies, à revoir leurs priorités, à repenser leurs recrutements, à fonctionner selon l’évolution de leur trésorerie et de l’impact direct du Covid-19 sur leurs forces de production. Les entreprises du secteur numérique ont ainsi  été interrogées sur leurs plans de recrutement et l’organisation des ressources humaines. Pour 54%, la question de recrutement n’est, pour le moment, pas du tout envisageable. 18% des entreprises prévoient une baisse des recrutements, alors que 16% continueront les recrutements. Néanmoins, 38% des entreprises opteraient pour la réduction de leurs effectifs.

Aides aux entreprises

Face à l’épidémie du Covid-19, le gouvernement a mis en place des mesures de soutien immédiates aux entreprises. 21% des sondés ne connaissent pas ces mesures et 79% semblent être informés, dont 33% ont fait des demandes pour profiter de ces aides. Par contre, 73% des répondants trouvent que ces mesures ne sont pas pertinentes, contre 25% qui les trouvent en partie pertinents.

Les entreprises du secteur sont même allées formuler au gouvernement des  propositions afin de les aider à surmonter cette crise dans de meilleures conditions. Parmi ces mesures : l’exonération du paiement de la retenue à la source (du moment qu’une entreprise procède aux paiements des salaires), la baisse d’impôts pour l’aide à la relance et des crédits à taux faible pour l’investissement. Sur le moyen terme, les entreprises proposent des réflexions pour d’autres types de dispositifs, dont la redynamisation de l’économie d’une façon générale. D’une manière plus générale, les interviewés suggèrent  de revoir des projets futurs de l’État pour toucher le plus grand nombre de PME et voir dans quelles mesures les opérateurs Télécom peuvent redynamiser le secteur… Il a été aussi, proposé de revoir les dispositifs d’achat par le gouvernement auprès des Sociétés de services et d’ingénierie informatique (Ssii), faire confiance aux entreprises locales tunisiennes, mettre en place des partenariats avec des Ssii sur le moyen et le long termes.

Par ailleurs, il faut instaurer une stratégie nationale pour encourager les sociétés locales à prendre en charge les grands projets et créer un marché d’emploi qui permet de mieux rémunérer les compétences tunisiennes afin de les retenir sur le marché tunisien de l’emploi au lieu de  les perdre et exporter avec eux nos solutions numériques. Et puisque les salaires dans le secteur du numérique sont assez élevés par rapport aux autres secteurs, et afin de permettre aux entreprises tunisiennes du secteur de garder leurs salariés, les entreprises contactées dans le cadre de l’enquête proposent le report  du paiement des charges patronales jusqu’à la fin de l’année.

Ces mêmes entreprises demandent aussi à bénéficier de crédit immédiat qui ne doit pas prendre plus de deux semaines auprès des banques publiques. Cette garantie de l’Etat correspondrait, selon eux, au quart du chiffre d’affaires de l’année précédente, soit un crédit de trésorerie auprès d’une banque publique qui aiderait à réduire les problèmes liés à la trésorerie et aux retards sur les marchés publics… Il est également nécessaire de mettre en place un  plan de soutien pour le maintien de l’emploi et faire face au chômage partiel des cadres, de prendre en charge des formations pour le personnel…

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