Le système électoral en Tunisie nous a légué un assemblage hétéroclite où chacun cherche à trouver sa vraie place. Car avec un pays à trois têtes où chaque président regarde dans une direction, il n’est évidemment pas aisé d’arriver tous à bon port. Pourtant, ce qui manque dramatiquement à notre pays, ce qui est la source de la désespérance, c’est l’absence de cap vers lequel se diriger. Tel un bateau ivre, la Tunisie surfe de crise en crise. Chaque jour apporte une nouvelle noirceur qui ne fait que faire voler en éclats le peu d’espoir qui reste.     

Cette situation n’est pas nouvelle, on assiste sans broncher aux actes d’une pièce tragicomique où les acteurs sont des militants du vide aux sourires satisfaits, depuis des années.  Et c’est pourquoi certaines régions se mettent à bouger. Et même les localités qui prennent leur mal en patience et ne rejoignent pas la rue, c’est le Chef de l’Etat en personne qui se charge de réveiller leurs ardeurs. C’est aussi devant les militaires, les plus haut gradés d’une armée censée être mise à l’écart des tiraillements politiques, que Saïed ira exercer son magnétisme d’orateur et de crier aux comploteurs, ces malades qui ne savent pas faire la différence entre la légitimé et la légalité.

Il fait croire par ses propos que si le peuple le veut, il sera capable de s’octroyer lui-même le destin qu’il a tant attendu. Mais Saïed n’est pas le seul à exhiber ses idées les plus hardies pour ensuite faire marche arrière et souligner qu’il a été mal compris et qu’il n’est pas de ceux qui plaident pour le chaos. Des hommes politiques, des députés et des syndicalistes aussi se pavanent de plateau en plateau et sacrifient sur l’autel de la démocratie les valeurs républicaines censées nous unir.

On sait par ailleurs que Fakhfakh est pris en tenailles entre Carthage et Le Bardo. Fidélité politique oblige, il ne peut que se ranger du côté du Président tout en essayant de maintenir l’osmose entre les partis constituant la coalition au pouvoir. Certes, ce n’est pas facile de jouer aux trapézistes sans filet, et d’essayer de revivifier la vie politique avec des opportunistes de tous bords, de la moraliser avec des transfuges ou de la renouveler avec des personnalités usées.  Mais face à ces milliers de jeunes malheureux qui ont perdu l’estime de soi et qui sont prêts à tout, illuminés d’un bonheur nouveau, celui d’avoir enfin trouvé le mystérieux mouvement de contestation au bout duquel réside la vérité, il endosse une grande responsabilité. Celle d’empêcher le temple de s’écrouler.

Celui qui a su surmonter la crise de la Covid-19 trouvera certainement le feu sacré pour extirper le mal qui nous ronge et sauver non seulement un pays mais aussi un modèle de transition démocratique.

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