Pour sauver  des moments importants et marquants dans sa vie, Fellous use parfaitement de sa mémoire pour les raviver, les fixer dans le temps. Elle  use d’une écriture dynamique pour faire renaître des souvenirs qui lui permettent de se retrouver et retrouver  sa place dans une véritable quête identitaire…  Elle raconte, détaille, revit et fait revivre des êtres, des objets, des lieux et des histoires personnelles dans un roman vivant, animé, poétique, marqué par une touche mélancolique.    

Une écriture animée et dynamique qui fait appel à la mémoire  évoquant les souvenirs, la nostalgie,  la  joie et la  souffrance… Cette auteure à double culture  nous mène avec elle là où ses souvenirs la conduisent  aléatoirement… tel un témoin de l’époque des années 60, de l’année  2007(date de la parution de son livre),  l’écrivaine part à la recherche d’une partie d’elle-même « perdue » dans un pays qu’elle aime tant… 

« Plein été » de la romancière de naissance tunisienne, Colette Fellous, est un récit autobiographique qui raconte des faits réels dans un style poétique ponctué par une description détaillée de tout un chapitre de sa vie passé en Tunisie. De La Marsa, en passant par La Goulette, Lafayette, le centre-ville de Tunis…  Fellous ne rate aucun détail pour nous plonger et nous impliquer dans son histoire personnelle, en nous décrivant l’ambiance familiale et en nous racontant son enfance et les débuts de sa jeunesse avant de partir poursuivre ses études en France.

Pour tous ceux qui ne connaissent pas Colette Fellous, c’est une écrivaine d’expression française. Née en Tunisie en 1950, elle part à 17 ans à Paris  pour continuer ses études en Lettres modernes à la Sorbonne. Auteure de nombreux ouvrages dont l’un lui a valu le prix Marguerite Duras, elle est aussi productrice sur France Culture. Elle a commencé sa carrière de romancière depuis les années 80 en publiant son premier livre « Roma », paru en 1982 qui a succédé à d’autres, notamment « Calypso », « Amor» … . « Kyoto Song » est son tout dernier livre paru en 2020. Dans ses romans, elle évoque souvent la Tunisie et ses souvenirs passés dans ce pays. 

Son œuvre « Plein été », un roman autobiographique composé de 185 pages, fait partie, en effet, d’une trilogie, avec ses deux autres romans intitulés « Avenue de France » et «Aujourd’hui». Dans cet ouvrage, l’auteure s’arrête sur des images, use de sa mémoire, revoit  les endroits et les lieux qui lui rappellent son enfance, sa famille, dans un subtil  va-et-vient entre le passé et le présent. Chaque détail lui rappelle  une scène passée ou un souvenir : scrutant les façades, les endroits, la maison où elle a grandi, elle nous entraîne dans une véritable transe avec elle, capte notre attention, suscite notre curiosité pour en connaître au mieux cette femme, son histoire personnelle, ses relations avec ses parents, ses frères, sa famille, les personnes qui l’ont marquée… 

Souvenirs et nostalgie

En parcourant le livre, qui s’achève pourtant sur une note triste  (la perte de sa mère), Colette invite son lecteur à effectuer un voyage rétrospectif avec elle pour s’approcher petit à petit au secret de l’été 1958.Une date marquante pour l’auteure et qui a manifestement influencé son enfance et celle de sa mère. La narratrice a huit ans, le même âge que celui de sa mère lorsque cette dernière a perdu sa maman et devenue orpheline.  L’été 1958 a changé beaucoup de choses dans la vie de la romancière : sa maman sombre dans la dépression. Décrivant tous ces détails, dévoilant les différentes facettes d’une enfance  à la fois heureuse et mélancolique, Colette invite son lecteur dans cette promenade estivale. Tel un document historique, Colette Fellous  nous fait découvrir la Tunisie des années 70  à travers sa mémoire et  ce qui a changé depuis.

L’auteure de «Plein été», emportée par l’amour à sa patrie, son quartier, son domicile et sa vie de famille, retrace toute une histoire, collecte des photos, des morceaux de sa mémoire, de ses souvenirs pour se retrouver et retrouver son identité. Son œuvre, « Plein été » dérape à toute classification du genre ! S’agit-il d’un roman  poétique, un document historique ou tout simplement  une autobiographie. Tout y existe à la fois. En nous décrivant  son cocon familial, la vie à la tunisienne à cette époque,  et  les changements que  le pays a connus  dans les années 2000, ce  va-et-vient entre la Tunisie d’hier et celle d’aujourd’hui, Colette ne s’arrête pas à se chercher…  chercher les traces de son identité, dans les rues, les ruelles, les enseignes, les maisons… Celle qui écrit «Marcher en plein été, c’est continuer à écrire. Et écrire c’est toujours revenir et revoir. Revisiter nos premières fois,  nos premiers étonnements, nos premières découvertes… », use de l’acte de l’écriture pour se remémorer de chaque détail qui la lie à son histoire personnelle pour se retrouver. Tel un photographe, elle zoome sur des détails  pour se remémorer des  souvenirs qui lui permettent de trouver ses racines. 

Une écriture mouvementée, tourmentée 

Parce que tout a  changé depuis,  la narratrice compose à partir de ses souvenirs son identité. Son écriture mouvementée dans certains chapitres de l’œuvre  traduit bel et bien les tourments qui hantent l’esprit de notre écrivaine. Elle se cherche encore et toujours et cherche sa place continuellement… Ce qu’elle a écrit dans l’une des pages de son roman en est la preuve. Cette auteure, qui a écrit «Oui, je suis devenue invisible , mon histoire a été définitivement effacée de ce pays, je viens rendre visite à sa disparition », se défend bec et ongles pour marquer son histoire, son appartenance et retrouver son identité  par le biais des souvenirs, faisant appel à la mémoire, à l’histoire, en créant cette ambiance, en mélangeant dans son livre l’histoire personnelle à celle commune, en décrivant les rues, les ruelles et les couleurs locales du pays, en se remémorant des parfums, en invitant des personnages proches d’elle (ses voisines, ses amies, sa famille, sa grand-mère, son oncle…) et en partant aussi à la recherche de son amour d’enfance « Amor » en parcourant les quartiers et les maisons pour chercher sa nouvelle adresse, en nouant de nouvelles amitiés qui peuvent l’aider à retrouver les traces de ce « Amor » 

Pour sauver  des moments importants et marquants dans sa vie, Fellous use parfaitement de sa mémoire pour les raviver, les fixer dans le temps. Elle  use d’une écriture dynamique pour faire renaître des souvenirs qui lui permettent de se retrouver et retrouver  sa place dans une véritable quête identitaire…  Elle raconte, détaille, revit et fait revivre des êtres, des objets, des lieux et des histoires personnelles dans un roman vivant, animé, poétique, marqué par une touche mélancolique.

Partagée entre deux cultures, entre deux pays, Colette Fellous se sert bien de l’art de l’écriture pour trouver son équilibre et retrouver sa paix intérieure. Ses ouvrages  sont marqués par cette richesse, par  cette double appartenance incitant ainsi  à l’ouverture, au brassage de civilisation et de culture.

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